Depuis le 26 mai 2026, la mairie de Toulouse mène une guerre sur plusieurs fronts contre le moustique tigre, puisqu’elle a lancé une expérimentation inédite à l’échelle française : le lâcher hebdomadaire de moustiques mâles rendus stériles en laboratoire. À cela s’ajoutent des bornes aspirantes et des poissons larvivores, si bien que l’arsenal déployé cet été dans la Ville Rose n’a guère de précédent en France. Bilan des opérations, alors que la saison bat son plein.
200 000 mâles stériles lâchés chaque semaine : comment ça marche
Le dispositif le plus spectaculaire est aussi le moins visible. La technique dite de l’insecte stérile (TIS), développée par la société montpelliéraine Terratis, repose sur un principe simple mais redoutablement efficace : des moustiques tigres mâles sont élevés par millions en laboratoire, puis stérilisés par exposition aux rayons X, sans aucune modification génétique. Une fois lâchés sur le terrain, ils s’accouplent normalement avec les femelles sauvages, qui ne s’accouplent qu’une seule fois dans leur vie, si bien qu’elles pondent ensuite uniquement des œufs vides. La population diminue alors progressivement, lâcher après lâcher.
C’est le cimetière de Terre-Cabade, avec ses 30 hectares et ses nombreux plans d’eau stagnante, qui a été choisi comme terrain d’expérimentation, puisqu’il constitue l’un des sites les plus propices à la prolifération de l’insecte dans la ville. 200 000 mâles stériles y sont déposés chaque semaine sur 31 points de lâcher, de mai à octobre, soit un total de près de 8 millions d’individus sur quarante semaines. La méthode a déjà prouvé son efficacité à Brive-la-Gaillarde et à Montpellier, où les populations de moustiques tigres ont reculé de plus de 50 %. Les mêmes résultats sont attendus à Toulouse dès 2027, et jusqu’à 90 % de réduction d’ici 2028.
Les bornes à CO2 et les poissons : deux autres lignes de défense
La TIS ne fait pas cavalier seul. En parallèle, la mairie déploie cet été 65 bornes antimoustiques sur l’espace public, réparties dans les cimetières, les parcs et d’autres espaces verts, dont 46 ont été financées par les budgets participatifs des Toulousains. Ces bornes fonctionnent en dégageant du CO2 pour imiter la respiration humaine, attirer les moustiques adultes et les aspirer dans un piège intérieur.
Troisième volet de l’arsenal : les poissons larvivores, placés dans des bacs remplis d’eau stagnante pour consommer les larves avant même qu’elles n’atteignent le stade adulte. Une solution entièrement naturelle, d’autant plus cohérente que Toulouse a pris la décision de refuser pesticides et insecticides depuis 2015, un engagement qui oriente l’ensemble de la politique de lutte antivectorielle de la ville.
Pourquoi Toulouse mise tout sur le biologique
Ce choix de la lutte biologique ne relève pas du hasard. Il traduit une ligne politique assumée depuis plus d’une décennie, portée notamment par Annamaria Tripicchio-Rogier, conseillère municipale déléguée à l’animal dans la ville, qui a rappelé que ces nouvelles techniques viennent « en complément » des dispositifs déjà existants, dans le cadre d’une approche intégrée et sans chimie.
Le contexte rend la démarche encore plus urgente, puisque le moustique tigre, originaire des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, est présent en France métropolitaine depuis 2004 et a progressivement colonisé l’ensemble du territoire. À Toulouse, comme dans toutes les grandes villes du Sud, les étés de plus en plus chauds favorisent sa prolifération, ce qui pèse sur la qualité de vie des riverains de nombreux quartiers.
Ce que chaque habitant peut faire dès maintenant
L’efficacité de l’expérimentation dépend aussi des comportements individuels, car le moustique tigre ne pond que dans des petites quantités d’eau stagnante que l’on trouve souvent dans les jardins et sur les terrasses. Vider régulièrement les coupelles sous les pots de fleurs, nettoyer les gouttières, couvrir les réservoirs et les bacs de récupération d’eau de pluie : des gestes simples, mais dont l’impact collectif sur la densité de population de l’insecte est loin d’être négligeable.
Pour les riverains du cimetière de Terre-Cabade et des quartiers alentour, les résultats de cette saison seront scrutés de près, car Toulouse fait figure de laboratoire grandeur nature pour une technique que d’autres villes françaises observent attentivement avant de décider, ou non, de franchir le pas.












