Beaucoup de Toulousains l’ignorent, mais chaque fois qu’ils consultent un mail en salle d’attente au CHU, ou qu’ils reçoivent un SMS dans le métro, le signal transite par un réseau qui n’appartient ni à Orange, ni à SFR, ni à Free. Il appartient à la collectivité. Toulouse est la seule métropole de France à s’être dotée d’une fibre optique et d’une 4G entièrement publiques, gérées par un opérateur local que neuf habitants sur dix ne connaissent pas.
Zefil, l’opérateur public que personne ne connaît
Son nom ne figure sur aucune publicité dans les arrêts de tram, et pourtant Zefil est l’épine dorsale numérique de Toulouse Métropole. Cette Société Publique Locale (SPL), créée il y a une vingtaine d’années, opère aujourd’hui plus de 1 700 kilomètres de fibre optique qui relient les hôpitaux, les écoles, les mairies de quartier, les entreprises installées sur le territoire métropolitain et les infrastructures de transport.
Ce qui distingue fondamentalement Zefil des opérateurs classiques, c’est son positionnement : la société ne vend pas d’abonnements aux particuliers. Elle se positionne comme un opérateur d’opérateurs, neutre et non discriminant, dont la mission est de fournir l’infrastructure sur laquelle d’autres acteurs peuvent s’appuyer pour déployer leurs services. Un modèle pensé dès l’origine pour garantir l’indépendance du territoire vis-à-vis des grands groupes privés de télécommunications, et qui n’a pas pris une ride.
Vingt-cinq ans de pari sur la souveraineté numérique
Tout remonte à 2004, année où une loi a ouvert aux collectivités locales la possibilité de construire et gérer leurs propres réseaux de communications électroniques. En vingt ans, très peu de communes françaises ont osé saisir cette opportunité, car le chantier est techniquement complexe et financièrement lourd. Toulouse Métropole a fait ce choix, et l’histoire lui a largement donné raison.
En mai 2026, Bertrand Serp a été élu président du conseil d’administration de Zefil pour un mandat de sept ans. Dans ses premières prises de parole, il a insisté sur un constat qui, aujourd’hui, semble une évidence : « Une collectivité ne peut plus se contenter d’être utilisatrice, elle doit aussi être maîtresse de ses réseaux. » En 2004, personne ne parlait encore de souveraineté numérique. En 2026, maîtriser ses données et ses infrastructures est devenu un enjeu stratégique de premier plan pour tout territoire qui entend peser.
Le CHU, le métro, les écoles : un réseau qui innerve toute la ville
Les réalisations concrètes de Zefil ne manquent pas. En 2015, l’opérateur a réalisé une boucle fibre reliant 20 sites du CHU de Toulouse, facilitant les échanges massifs de données médicales entre établissements, à une époque où la téléconsultation et l’imagerie numérique commençaient à représenter des volumes considérables. Deux ans plus tard, en 2017, Zefil a participé à l’équipement des lignes A et B du métro en fibre optique, rendant possible le déploiement de la 4G complète dans les tunnels : Toulouse est ainsi devenue la première ville française à offrir une couverture 4G intégrale dans son réseau souterrain.
Ce n’est pas anodin : chaque SMS envoyé depuis un quai de la station Jean Jaurès transite par ce réseau public, sans que l’usager ait jamais eu à s’en soucier.
Un modèle économique sans subventions, tourné vers l’avenir
Ce qui rend le cas Zefil particulièrement remarquable, c’est sa capacité à fonctionner sans subventions de fonctionnement. La société génère environ 5 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, dégage jusqu’à 1 million d’euros de marge, et réinvestit chaque année une part significative dans le développement de son réseau et l’innovation. Les coûts restent maîtrisés, puisque le réseau est un bien appartenant définitivement à la collectivité.
Les prochains chantiers sont déjà identifiés : déploiement d’un réseau 5G privé métropolitain et préparation des futurs data centers que la région entend accueillir pour accompagner la croissance numérique de ses entreprises. Des projets qui se feront, une fois encore, en dehors de toute dépendance à des acteurs privés extérieurs au territoire.
Pour les habitants de la métropole, c’est une garantie concrète : les infrastructures qui font tourner leur quotidien numérique n’appartiennent pas à un groupe coté en Bourse. Dans un contexte où la souveraineté technologique s’impose comme un enjeu central en Europe, Toulouse a tout d’une ville qui a eu raison trop tôt.














