Toulousain d’adoption, originaire d’Abidjan en Côte d’Ivoire, Kira Djoke, 26 ans, ancien étudiant diplômé de la Toulouse School of Economics devenu réalisateur et mannequin, présente son premier long-métrage, « 16 Mesures », un thriller psychologique tourné dans les quartiers les plus populaires de Toulouse avec un simple téléphone portable et un coût de production de 10 € seulement. L’avant-première aura lieu mardi 15 septembre à la Cinémathèque de Toulouse, avant une diffusion gratuite sur YouTube.
Casquette rouge floquée d’un signe « L.A. » vissée sur la tête, Timberland aux pieds, Kira Djoke pose devant l’objectif avec l’aisance d’un habitué des shootings. À 26 ans, ce Toulousain d’adoption est aussi mannequin. Mais c’est le cinéaste qui se raconte dans nos locaux. La voix est réservée, mais s’affirme par une expression langagière riche, sans jamais être prolixe. Son regard s’illumine dès qu’il est question d’images et de mots.
D’Abidjan à Toulouse, un détour par les mathématiques
Rien, sur le papier, ne le destinait au septième art. Arrivé de Côte d’Ivoire en 2018, Kira Djoke passe par une prépa du côté de Strasbourg avant de rejoindre Toulouse pour intégrer la Toulouse School of Economics, puis l’EPSI, l’école d’ingénierie informatique à Balma. Mathématiques, statistiques de probabilité, intelligence artificielle : un parcours qui n’a « pas grand-chose à voir avec le cinéma » comme il le reconnaît bien volontiers. « Je pense que ’16 Mesures’ est née de cette culture-là, d’une rencontre entre deux personnalités : le goût de l’analyse et celui de la fiction », confie-t-il.

Ce qui le fascine dans le cinéma, et ce pourquoi il s’est lancé dans ce « monde fermé » tel qu’il le qualifie, c’est sa capacité à « mentir pour mieux dire la vérité », à transformer une idée abstraite en expérience sensible et sensitive. Une conviction nourrie par Camus pour l’introspection, Dostoïevski pour la psychologie trouble, Agatha Christie pour le double regard sur les personnages. Plus intensément encore, il est inspiré par le YouTubeur Wil Aime, dont il a grandement apprécié le film « Who », décrié par la critique. Preuve d’une cinéphilie qui doit autant aux salles obscures qu’au format vidéo.
« La contrainte comme moteur »
« 16 Mesures », son premier long-métrage, a été tourné à Toulouse à la Maison des associations à Empalot, à Montaudran, avec des plans du Canal du Midi, la place Saint-Pierre et le téléphérique Téléo. Kira Djoke a tourné entièrement à l’iPhone et pour un budget quasi nul : 10 € de production. « Je ne fais pas de la pauvreté une esthétique, je fais de la contrainte un moteur », résume-t-il. Une équipe d’amis bénévoles l’a suivi dans son projet. « Le coût de production, ce n’est pas ce qu’il y a sur un ticket de caisse. Il y a beaucoup de réflexion, d’amour, de sacrifices », précise-t-il, avant d’annoncer une cagnotte qui sera lancée dès mi-août pour améliorer l’image et le son.
Pourquoi « 16 Mesures » ? Kira Djoke explique que seize mesures, c’est la durée classique d’un couplet, le moment où l’artiste a libéré toutes ses punchlines à la fin d’un couplet. Le rap irrigue tout le film : « Ce n’est pas le sujet, c’est le langage », insiste Kira Djoke qui a le sens de la formule percutante. Le rap est le langage poétique d’une écriture brute et sincère qui porte des thèmes plus vastes : la vérité, la mémoire, la transmission, les apparences, l’éducation.
Un thriller où le spectateur devient enquêteur
Construit comme un labyrinthe d’indices, « 16 Mesures » suit cinq jeunes rappeurs toulousains confrontés à un professeur énigmatique, dans une école où « le hasard est une insulte à Dieu », où tout est écrit d’avance et où les prises de vues sont transparentes en leur signification. Le principe du long-métrage : donner au spectateur les informations telles qu’elles arrivent aux personnages, pour qu’il enquête avec eux. « Le cinéma que j’affectionne est celui qui continue de vivre une fois le générique terminé », explique son réalisateur, revendiquant un goût pour les scènes qu’on revoit afin d’en saisir le sens véritable.
Après « Constellation », une précédente création, disponible sur YouTube, sur la dépression après une tromperie, Kira Djoke voit dans « 16 Mesures » un tremplin. Il écrit déjà une série plus ambitieuse, entre Abidjan et Toulouse, qui s’appellera « Les nouchi », en hommage à cet argot ivoirien longtemps stigmatisé pour désigner les brigands et à sa philosophie : ne jamais baisser les bras.
Un dress-code noir et or exigé
Rendez-vous le 15 septembre 2026, 19 heures, à la Cinémathèque de Toulouse, pour une projection à 19 h 30 suivie d’un débat avec l’équipe. Tenue exigée sous le thème : « Élégance : noir et or », aux couleurs de l’affiche. Le film « 16 Mesures » est assurément un pari toulousain, indépendant et audacieux, porté par un réalisateur qui refuse d’attendre que les portes s’ouvrent seules : « Il faut montrer que même si on n’a pas tout, il faut essayer de se casser les dents », affirme-t-il avec l’envie féroce de « mettre la lumière sur Toulouse ». Après l’avant-première, Kira Djoke ajoute qu’il devrait y avoir une tournée du film dans un environnement francophone : Sénégal, Belgique, Québec et Suisse.
Kira Djoke en quelques dates
7 mai 2000 : Naissance à Abidjan en Côte-d’Ivoire
22 août 2018 : Quitte Abidjan pour venir vivre en France
17 juillet 2020 : Arrive à Toulouse
16 avril 2026 : A trouvé le concept du film « 16 Mesures »
15 septembre 2026 : Sort son premier long-métrage « 16 Mesures ». Avant-première à la Cinémathèque de Toulouse le 15 septembre.












