Le 13 septembre 2024, Nader et Bellanith récupèrent leur fils de 2 ans dans une crèche privée avec plusieurs marques sur le visage et le corps. Une plainte a été déposée. Deux ans après, les parents attendent toujours des réponses.
Nader avait choisi cette crèche parce qu’il pensait y mettre son fils à l’abri. Jardin, initiation à l’anglais, établissement privé : tout lui semblait rassurant. « Je voulais le meilleur pour lui », dit-il aujourd’hui, les yeux humides. Le 13 septembre 2024, quinze jours après la rentrée de son enfant de 2 ans, cette confiance s’est brutalement effondrée.
Ce matin-là, Nader et Bellanith, sa femme, déposent N. vers 10 heures. Lorsqu’ils reviennent le chercher, à 16 heures, le garçon est pâle. Sa mère remarque des traces sur ses joues. Elle interpelle alors la directrice de la crèche, que nous n’avons pas pu joindre malgré nos sollicitations. « Elle n’a pas su quoi me répondre. Elle m’a dit que ça devait être un virus », raconte Bellanith, assistante maternelle en ajoutant qu’elle « ne trouvait pas ça normal ».
La mère de famille décide d’examiner tout le corps de son enfant. Elle remarque d’autres marques : des griffures et ce qu’elle décrit comme l’empreinte d’une main. Un médecin les constate. Des photographies sont prises.
Nader retourne immédiatement dans l’établissement. « On pense que l’école est l’endroit le plus sécurisé », lâche-t-il. Il confronte la directrice, qui lui assure qu’aucun incident ne s’est produit. Il ne lui montre d’abord pas les clichés. Puis il annonce qu’il dispose de preuves médicales et exige que la personne susceptible d’avoir maltraité son fils soit identifiée. Nader perd patience. Il rappelle le prix de la crèche, 621 euros par mois, et demande des explications. Avant son départ, affirme-t-il, la direction lui propose de rembourser le mois.
Le 13 septembre 2024, les parents déposent plainte. L’enfant est examiné par un médecin légiste. Trois jours plus tard, la directrice de l’établissement transmet à son tour une information préoccupante concernant la famille. Les parents y voient une réaction à leur plainte. Cette procédure n’aurait, selon eux, pas eu de suite.
« Le mal est fait… »
N. ne retournera plus dans cette crèche. Pendant près d’un an, il reste à la maison avec sa mère. Le couple envisage même un temps l’instruction à domicile. Aujourd’hui âgé de 4 ans, le garçon est de nouveau scolarisé et suivi psychologiquement, expliquent ses parents. La méfiance s’est installée durablement. « Aujourd’hui encore, quand on le change, on regarde s’il n’a pas de traces », confie Bellanith. À 4 ans, assurent ses parents, il évoque encore cet épisode.
La procédure judiciaire, elle, s’est enlisée. Une première plainte a été classée sans suite en juin 2025. En octobre de la même année, la famille a contesté cette décision auprès du procureur général. Son avocate, Me Léna Baro, dénonce une enquête qu’elle juge lacunaire. « Rien n’a été fait. Personne n’a été auditionné, personne n’a demandé l’organigramme », affirme-t-elle. Plusieurs relances auraient depuis été adressées à la justice.
« Ils sont face à un mur », poursuit l’avocate, qui dénonce « une absence totale de réponse ». Les parents réclament désormais un procès. « Le mal sur notre fils est fait. Maintenant, on veut savoir qui l’a maltraité et pourquoi. Et surtout éviter que cela arrive à un autre enfant », disent-ils.
Depuis, la famille a quitté Toulouse pour s’installer à la campagne, à près d’une heure de la ville. Nader dit ne plus vouloir confier son fils à un établissement privé. Surtout, il reste habité par une question simple, devenue obsédante : « On avait le choix entre deux écoles. Tous les jours, je culpabilise d’avoir choisi celle-là. »















