Dans les Pyrénées ariégeoises (09), l’apparition d’un jeune ours, debout et bouche ouverte, face à un éleveur et son chien, début août, à 1900 mètres, réveille la peur de l’animal chez certains habitants et certains vacanciers. Entre envie de cohabitation et crainte du pire, reportage.
Dans le Couserans (09), l’apparition d’un jeune ours, debout et bouche ouverte, face à un éleveur et son chien, le 7 août, sur une estive, sur les hauteurs de la commune de Seix, à 1900 mètres d’altitude, réveille la peur de l’animal chez certains habitants et certains vacanciers. Entre envie de cohabiter avec l’ours, crainte du pire et exaspération, ICI Occitanie s’est rendue dans cette petite commune ariégeoise de 760 habitants – l’été ils sont trois fois plus nombreux – où l’animal s’est montré.
« On pense à sauver sa peau, on pense à ses enfants » témoigne l’éleveur
Douze jours après sa rencontre avec l’ours, Daniel Delteil est encore très ému. Il raconte :
« J’étais monté en estive pour rechercher un patou qui était porté disparu depuis trois jours. J’étais avec ma chienne, il n’y avait aucune brebis autour de moi, (il était 19h ndlr). » Quand soudainement rapporte l’éleveur : » L’ours était à quelques mètres de la chienne, il l’a suivie la bouche ouverte, elle est partie en roulant, elle est tombée de la falaise. » La suite ? : « L’ours est venu vers moi à vive allure, la bouche ouverte, en grognant, et il s’arrêtait à trois mètres. J’ai jeté le duvet, les jumelles, la boîte de pâté, je suis même allée vers lui pour le faire repartir. » Et d’ajouter : « Dans des moments comme ça, on est en mode survie, on pense à sa peau, on pense à ses enfants« . Enfin : « L’ours est parti au ralenti, confiant. Et je me suis enfui la peur au ventre. »
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« J’aime bien les nounours mais pas l’ours dans les Pyrénées » commente une touriste
« J’avoue, j’ai pas envie de le rencontrer« , témoigne Régine. Cette Lyonnaise originaire du Comminges (31) est en vacances, elle voyage à moto. L’ours vu sur les hauteurs de Seix, elle en a entendu parler et elle n’aimerait vraiment pas croiser son chemin : « J’aime bien les nounours, mais pas l’ours dans la paix dans mes Pyrénées » rigole-t-elle.
Un peu plus tôt et un peu plus en altitude, 1395 m, au col de la Core, elle a aperçu le panneau des consignes de l’Office français de la biodiversité (qui dans son rapport 2025 dénombre entre 109 à 143 ours dans les Pyrénées) et ça ne l’a pas rassurée : « Il y a toutes les consignes au cas où on croiserait un ours ou un ourson accompagné de sa mère, nous disant « ne prenez pas peur », mais je ne sais pas ce que je ferai, peut-être que je serai tétanisée. »
Le panneau est à terre, mais la conduite à tenir est on ne peut plus claire, David qui vient de garer sa moto à proximité, nous fait la lecture : » En cas de rencontre avec un ours brun, manifestez-vous calmement en parlant et en bougeant. Évitez les gestes brusques, éloignez vous progressivement sans courir en vous écartant du trajet qu’il pourrait emprunter dans sa fuite.«
« Ours ou pas ours, la montagne est plus forte que nous » rappelle une habitante de Seix
La peur de l’ours n’est pas partagée par tout le monde. Betty est née à Seix. L’Ours fait partie de l’histoire de sa famille : « À l’époque de mes arrière-grands-parents (fin XIXe, début XXe) ils allaient montrer les ours partout, aux États-Unis, en Chine. Il y a quelqu’un de la famille qui était allé à New York pour ça, parce qu’on a un collier d’ours à la maison. »
Cette trentenaire plaide pour un partage de l’espace nature : »La montagne, qu’il y ait l’ours ou pas, elle est plus forte que nous, il faut faire gaffe à chaque fois. Il y a les sangliers aussi, ça peut faire mal. Un sanglier qui vous fonce dessus, je vous garantis que vous n’allez pas faire le malin. »
« L’ours n’a plus peur de l’homme » s’alarme l’ancienne mairesse de Seix
Un discours qui ne passe pas auprès de l’ancienne mairesse de Seix. Hélène Nirascou garde en mémoire la rencontre il y a cinq ans, entre un chasseur, une ourse et ses deux petits. Mordus à la cuisse, le chasseur avait tué la femelle à coup de fusil. Il a été jugé et condamné pour cela, à six mois de prison avec sursis. Aujourd’hui, l’ancienne élue redoute le pire : « Parce que ce sont des animaux sauvages qui n’ont plus peur de l’homme. L’accident peut toujours arriver et il en arrivera malheureusement de très graves. »
Pour l’heure, la préfecture autorise des tirs des farouchement avec des balles en caoutchouc ainsi que des tirs en l’air pour effrayer l’animal.
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Héléne Nirascou, défend la cause des éleveurs :« Ce n’est pas un ours à problème que nous avons, ce sont tous les ours qui sont un problème. Ils ne peuvent plus vivre là haut. L’Ours n’a plus peur du chien de protection et il n’a plus peur de l’homme.«
L’ancienne première magistrate de la petite commune de Seix précise : « Je peux vous dire que les bergers ont des suivis psychologiques. » Car, enchaîne t-elle : « Les ours sont quasiment là même la journée, on nous dit que sur la chaîne des Pyrénées, il y a 130 ours, ça ne fait pas beaucoup sur une chaîne qui va de la Méditerranée à l’Atlantique, mais la majorité des ours sont chez nous, dans le Haut Couserans. »
Et de s’interroger : « Est-ce-que la population peut accepter que ses bergers soient stressés, que nous, moi même, j’ai des petites filles et je ne vais plus en montagne, car j’ai peur pour elles ?«
Alarmiste, Hélène Nirascou conclut : « Le jour où il n’y aura plus d’éleveurs et bien les ours vont descendre plus bas, et on nous dira sortez de vos villages et descendez en ville. C’est ce jusqu’au-boutisme qui me dérange. »
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555












