[ad_1]
Il a conservé l’allure impeccable du conseiller bancaire qu’il a été pendant vingt ans. Veste sombre, barbe nette, coiffure soignée et sourire franc. Rien ne trahit, au premier regard, son nouveau job. Franck, 45 ans, ressemble à « monsieur tout-le-monde ». C’est précisément ce qu’il recherche. « Il ne faut pas être discret, il faut être banal. Vous me croisez, vous m’oubliez aussitôt », glisse-t-il, malicieux. Depuis octobre dernier, cet ancien cadre de la finance a changé de camp : il est devenu détective privé à Toulouse.
Originaire de la région, il a passé une dizaine d’années à Paris avant le Covid, puis est revenu, attiré par ses origines. Il y a dix-huit mois, le déclic. « J’avais du mal à rester derrière un bureau. J’avais la fibre entrepreneuriale. J’ai pris du recul je me suis demandé ce que j’aimais vraiment faire », raconte ce quadragénaire. Un métier où la curiosité a toute sa place, où l’envie de comprendre, de vérifier, est décisive.
Fils et frère de gendarmes, il n’a pourtant jamais voulu marcher dans leurs pas. « Il y avait cette volonté de me différencier, d’embrasser une autre carrière », dit-il. Franck explore plusieurs écoles, deux universitaires, deux professionnelles. Son choix se porte sur l’IFAR, à Montpellier : 6 000 euros, un an de formation, des allers-retours constants avec Toulouse. « Pas toujours simple avec la vie de famille. » Il est diplômé en septembre. En octobre, il ouvre son cabinet : Occeri.
Une affaire marquante
Pas de bureau physique. Un choix assumé. « Quand vous remettez un rapport utilisé en justice, les conséquences peuvent être lourdes. Les réactions parfois disproportionnées. Je veux préserver ma famille, et l’intérêt du client. » Son cabinet intervient pour les particuliers, les entreprises, les collectivités et, plus récemment, les clubs sportifs professionnels. À Toulouse, ils sont une dizaine de détectives privés. La demande, elle, ne faiblit pas, sourit le détective.
Les dossiers les plus fréquents concernent les arrêts maladie abusifs, la fraude à l’assurance, les litiges familiaux. Peu d’adultères, contrairement aux clichés. « Beaucoup de gens organisent leur insolvabilité pour ne pas faire face à leurs obligations », analyse le Toulousain. Il évoque une affaire marquante : une personne se déclarant sans emploi, alors qu’elle cumulait deux activités non déclarées. Pendant ce temps, l’ancienne compagne enchaînait intérim et emploi fixe pour assumer les frais médicaux de leur enfant.
Des semaines à rallonge
Les journées n’ont pas de rythme fixe. Filatures, surveillances, travail en sources ouvertes. « Une mine d’informations. Les gens laissent des traces partout », glisse Franck. Certaines semaines s’étirent « huit jours sur sept ». Tant pis pour la fatigue, « il y a ce sentiment de se sentir utile ».
Avec son nouveau métier, Franck assume le déclassement financier : « Je gagne moins d’argent, mais je suis bien plus épanoui. » Aujourd’hui, il parvient déjà à vivre de son activité.
L’ancien banquier devenu chasseur de preuves, Franck passe d’affaires en affaires, loin des fantasmes et des trench-coats.