Créée en 2019, l’association Stop Bébé Secoué, fondée et présidée par le Toulousain Jérémy Quot, œuvre pour mieux informer les familles et les professionnels de la petite enfance. Alors que près de 500 bébés seraient concernés chaque année en France, Jérémy Quot alerte sur l’importance de la prévention, du repérage précoce et de l’accompagnement des victimes.
Pourquoi avoir créé cette association ?
L’association est née en 2019, à la suite d’une amitié fondatrice avec Marie, dont le petit garçon a été victime du syndrome du bébé secoué. Il a été secoué par une personne extérieure à la famille chargée de sa garde.
Lorsqu’on a cherché à s’informer, on s’est rendu compte qu’il y avait très peu d’acteurs associatifs en France, alors même que chaque année, des centaines de familles sont touchées, endeuillées ou confrontées à de lourds handicaps. C’est là qu’est venue l’idée de créer cette association.

Le petit garçon va-t-il bien aujourd’hui ?
En apparence, oui. Il a survécu, il n’a pas de séquelles motrices, mais on constate des troubles de la mémoire, des difficultés d’apprentissage. C’est typique du syndrome du bébé secoué : même sans handicap physique, il y a souvent des séquelles cognitives.
Combien d’enfants sont concernés chaque année en France ?
On estime à environ 500 bébés victimes par an, mais c’est probablement sous-évalué, car le diagnostic est difficile à poser. Souvent, les hôpitaux ne relient pas les traumatismes crâniens au syndrome du bébé secoué, d’où l’importance de mettre à jour les recommandations de bonnes pratiques, ce que l’association fait avec la Haute Autorité de santé depuis plus de deux ans.
La prévention se concentre-t-elle sur les maternités ?
Oui, on a envoyé en avril des kits de prévention à 445 maternités françaises. Ces kits contiennent des dépliants et des badges pour le personnel soignant. L’idée, c’est que la prévention doit naître à l’hôpital, là où les parents passent juste après la naissance de leur enfant. On doit aussi déconstruire le mythe du parent excédé qui secoue son bébé : dans 54 % des cas, l’auteur est une assistante maternelle, le père ou le beau-père, contre 11 % pour les mères.
Comment toucher davantage de parents ?
Distribuer à tous serait idéal, mais faute de moyens, on passe par les maternités pour relayer l’info dès le début. Malgré une campagne nationale et la diffusion d’un clip sur plusieurs plateformes de streaming, les actions de sensibilisation demeurent insuffisantes au regard de l’ampleur du phénomène. On veut aussi toucher les points relais : cabinets de santé, PMI… car les demandes affluent, bien au-delà des maternités. Mais à cause du manque de budget, on doit y aller petit à petit.
Comment aborder le sujet sans culpabiliser les parents ?
Les études montrent que ce n’est pas n’importe qui qui passe à l’acte. On sait aujourd’hui que ce n’est pas juste un adulte excédé qui perd patience, ça relève d’un rapport de force, de domination envers l’enfant, et l’acte est généralement répété. Aux parents épuisés, il faut rappeler qu’en cas de tension, il suffit de poser le bébé sur le dos, de sortir prendre l’air et d’appeler un proche ou un numéro d’aide.
Quels sont les signes qui doivent alerter ?
Un bombement de la fontanelle, des hémorragies rétiniennes (du sang dans les yeux), une perte de contact visuel, des pertes de connaissance, des vomissements en jet. Ces signes peuvent être confondus avec une gastro, mais il faut rester vigilant et consulter en urgence si plusieurs symptômes apparaissent.
Quelles séquelles ou conséquences ?
Entre 10 et 20 % décèdent et 75 % gardent des séquelles. Plus l’enfant est jeune, pire c’est. Le geste provoque des lésions cérébrales très graves.
Pourquoi n’existe-t-il pas de données régionales ?
En France, les diagnostics sont codés sous « traumatisme crânien non accidentel », ce qui rend impossible d’identifier précisément les cas de bébé secoué. Créer un code spécifique fait partie des actions réclamées pour mieux quantifier le phénomène.
Qu’encourent les auteurs ?
Les qualifications pénales varient : certains sont jugés pour délit (prison avec sursis, amendes), d’autres passent en cour d’assises, mais c’est rare. Les peines sont souvent jugées insuffisantes au regard des conséquences pour la victime et sa famille.
Sur quoi souhaitez-vous insister ?
La prévention reste le seul levier efficace. Il faut plus de formation pour les pères, les professionnels de la petite enfance et un accompagnement renforcé des assistantes maternelles, mal suivies par manque de moyens. Les actions doivent être nationales et toucher tout le territoire. La stabilisation du nombre de cas s’explique surtout par une meilleure détection, pas par une baisse réelle.











