Intégrer les faits scientifiques à la construction des politiques publiques pour mieux appréhender les défis environnementaux et climatiques, telle est l’ambition du Conseil départemental de Haute-Garonne en installant ce mardi 2 juin, son tout premier conseil scientifique.
« N’en déplaise aux climato-sceptiques, le dérèglement climatique est réel, c’est un fait scientifique ! » Partant de ce postulat, le Conseil départemental de Haute-Garonne, après avoir adopté sa première feuille de route pour assurer la bifurcation écologique en juin 2025, vient d’installer, ce mardi 2 juin, son conseil scientifique. Fruit d’un partenariat entre la collectivité, les universités et établissements d’enseignements supérieurs de Toulouse (COMUE), et l’Atécopol, communauté pluridisciplinaires de scientifiques travaillant sur les différends aspects des bouleversements écologiques, il aura pour mission d’éclairer les décisions politiques du Département sous le prisme écologique.
Ainsi, 23 scientifiques, issus de 15 disciplines différentes mais complémentaires, allant de la biologie, à la sociologie, en passant par l’économie, seront organisés en groupes de travail pour amener leur expertise et guider les actions du Conseil départemental. Sur saisine, ils produiront des avis et recommandations concernant les politiques publiques, passées au crible de la bifurcation écologique. Réflexions que Sébastien Vincini, président de la collectivité s’engage à suivre : « Je suis persuadé que c’est en croisant les regards et les disciplines, que nous apprécierons au mieux les défis à relever. »
Un dialogue constructif, des résultats concrets
Ce nouveau conseil scientifique aura ainsi deux vertus : « Par ce dispositif, le politique amène la contrainte du terrain au scientifique, qui doit prendre en compte la réalité technique et opérationnelle dans ses recherches », explique Philippe Terral, vice-président de l’observatoire “Sciences avec et pour la société” de la COMUE, immédiatement complété par Sébastien Vincini : « Et inversement, le politique doit affronter la vérité scientifique, l’intégrer à ses décisions. Elle est la seule base fiable pour agir efficacement. »
Un dialogue entre deux mondes, salué par les deux parties, même si les contours ne sont pas encore tout à fait définis. « Dans un contexte inédit de greenbacklash, nous devons concevoir un process qui nous permettent de travailler ensemble. Tout est à construire, une telle coopération étant inédite. Il s’agit d’un programme expérimental, mais positif », analyse Laure Teulières, maîtresse de conférences en histoire contemporaine et membre du conseil scientifique. « Les avis seront débattus, il faudra une appropriation des services techniques pour en éprouver la faisabilité, et qu’ils soient intégrés aux délibérations », précise toutefois le président du Département.
Conseiller, évaluer, éduquer
Le conseil scientifique se donne notamment le temps de répondre aux saisines, un délai de trois mois minimum est annoncé, à titre indicatif. Les premiers avis ne devraient donc pas être rendus avant le dernier trimestre 2026. Car, ce mardi 2 juin, deux saisines ont été retenues. La première, émise par l’Assemblée citoyenne, demande à l’instance de bâtir un corpus de connaissances et d’identifier des experts pour l’accompagner sur un thème dont a elle-même été saisie : l’aménagement du territoire conciliant bifurcation écologique et qualité de vie des habitants. Dans la seconde, le Conseil départemental demande aux membres de l’accompagner dans la réflexion relative à la désinformation (lutte contre le climato-sceptiscisme, les récits anti-scientifiques), l’éco-anxiété et l’engagement environnemental des jeunes.
Dans ces avis, l’entité devra ainsi amener son expertise, ses conseils pour « éclairer les politiques départementales », mais aussi suivre ces dernières et les évaluer, et participer à la diffusion de la culture scientifique. « Dans un pays où 5% des gens pensent encore que la Terre est plate, et où 5% de plus ont des doutes… La mission est urgente ! » conclue Sébastien Vincini.









