À 25 ans, Oihana Bachelet publie un livre dans lequel elle raconte les huit années durant lesquelles elle a vécu sous l’emprise de l’anorexie mentale. La jeune toulousaine revient sur ce combat contre une maladie encore largement méconnue et souhaite aujourd’hui transmettre un message d’espoir aux personnes touchées ainsi qu’à leurs proches.
C’est un fléau encore trop méconnu. Et pourtant, plus de 900 000 personnes en France sont concernées par des troubles des conduites alimentaires (TCA), dont la Journée mondiale est organisée ce mardi 2 juin. Oihana Bachelet était l’une d’elles. Pendant huit ans, de 12 à 20 ans, elle s’est battue contre l’anorexie mentale. Un combat qu’elle raconte dans son livre “Des larmes et des os”, publié le 19 mars dernier, aux éditions Max Milo. « Je voulais pouvoir aider les personnes qui souffrent d’anorexie ainsi que leurs proches », confie la tatoueuse toulousaine de 25 ans. Lorsqu’elle était malade, elle a lu de nombreux ouvrages et témoignages sur l’anorexie « pour se sentir moins seule. »
« C’était un appui. Grâce à eux, je pouvais aussi montrer à mes parents que d’autres personnes souffraient des mêmes troubles, qu’il s’agisse de troubles des conduites alimentaires ou de troubles obsessionnels compulsifs (TOC). » Son livre s’adresse également à ceux qui ne connaissent pas l’anorexie et qui « pensent même que ce n’est pas une maladie ». « Je voulais, par mon témoignage, que ceux qui estiment que c’est un caprice comprennent que ce n’est pas le cas », souligne-t-elle avant d’ajouter : « Il y a beaucoup de stigmatisation autour de cette maladie. Nous sommes souvent considérées comme des menteuses ou des capricieuses. » Écrire ce livre a aussi été une manière de clôturer ce chapitre de sa vie : « Je voulais le ranger dans ma bibliothèque et tourner la page. »
Sous l’emprise d’une voix tyrannique
Alors qu’elle commençait « un peu à oublier ce que c’était qu’être anorexique », cinq ans après sa guérison, elle s’est appuyée sur ses écrits de l’époque, ses souvenirs et ceux de ses proches pour raconter ces années passées sous le contrôle de cette voix. Celle-ci fait, petit à petit, son apparition lorsqu’Oihana Bachelet a 12 ans et souhaite « progresser en sport et se sentir plus jolie ». D’abord perçue comme sa « meilleure amie », cette voix lui impose rapidement « une rigueur militaire ». Devoirs, alimentation, activité physique, relations amicales… Tout est régi par cette voix qui lui impose de ne consommer que 1 000 calories par jour et de suivre toujours plus de rituels : sauter 200 fois à la corde avant de manger, répéter trois fois la même formule avant de dormir, allumer et éteindre sept fois la lumière… Son emprise est totale.
Et lorsque la voix lui octroie le droit de manger un pain aux raisins par semaine, Oihana Bachelet doit le photographier et le répertorier dans un tableau avec son poids au gramme près, son prix, la date ou encore son propre poids du moment. Des « archives » qu’elle a conservées. « Je dois bien avoir plus de 200 photos de pains aux raisins. » La voix lui interdit également de s’asseoir pendant la journée, soit près de 12 heures d’affilée. Une contrainte qu’elle subira pendant plusieurs mois. « Maintenant que j’en suis guérie, cela me paraît dingue. D’autant qu’aujourd’hui, avec mon métier, je passe beaucoup de temps assise. » En plus de cela, cette voix accapare son individualité et elle se retrouve « partagée entre sa personnalité et ce truc dans sa tête ».
Hospitalisée à 12 ans durant quatre mois
« C’était une lutte permanente », témoigne la jeune femme, qui a finalement remporté ce combat. Mais après avoir vécu des années sous son emprise, s’en détacher n’a pas été aisé. « Elle me coupait complètement de mes émotions et m’apportait un cadre rassurant. Tout était tellement millimétré avec cette voix, qu’à une époque, elle m’a manqué », confie la jeune femme, qui parvenait toutefois « à se ressaisir » dans ces moments-là. « Je savais qu’elle n’apportait rien de bon. » La voix la conduira d’ailleurs à être hospitalisée en pédiatrie en février 2013. Alors âgée de 12 ans, Oihana Bachelet ne pèse plus que 38,4 kilos pour 1,65 mètre, soit une perte de 18 kilos en six mois. Jusqu’alors dans le déni, elle réalise qu’elle est atteinte d’anorexie mentale.
Transférée ensuite dans un hôpital psychiatrique, elle rentre chez elle au mois de juin. Quatre mois durant lesquels elle aura subi « la méchanceté des infirmiers, l’enfermement dans les chambres, les assiettes surchargées et la pesanteur constante de la vie partagée avec des personnes très abîmées ». Son retour dans sa maison d’enfance, auprès de ses parents et de ses deux frères, ne sera pas simple après ces épreuves. Mais Oihana Bachelet va s’accrocher pour ne « pas rechuter » et aller au bout de ses études. Elle les suivra à distance, de la moitié de la classe de quatrième jusqu’au baccalauréat, avant d’intégrer une école des arts et industries graphiques à Paris.
Donner espoir aux personnes touchées par l’anorexie
Si elle n’est pas épargnée par les exigences de la voix, la jeune femme tient bon. C’est à Toulouse, après avoir dû faire face à d’autres troubles alimentaires, notamment des crises de boulimie, qu’elle parvient à se libérer de ses troubles des conduites alimentaires. « Plus les années passent, moins j’ai de montagnes russes. J’ai l’impression que tout s’apaise », estime-t-elle. Et si elle a « du mal à se dire qu’elle est guérie », elle va aujourd’hui beaucoup mieux et cela « ne l’handicape plus au quotidien ». C’est pourquoi elle souhaite « donner de l’espoir » aux personnes actuellement touchées par l’anorexie, tout en leur recommandant de « se faire accompagner ». « Je veux leur dire qu’un jour, elles pourront retrouver une forme de normalité et même se surprendre à être bien dans leur peau, jusqu’à oublier, pendant quelque temps, qu’elles en ont souffert. »
Elle en veut pour preuve son « histoire qui se finit bien ». « J’ai une vie très heureuse. Je suis très entourée par mes amis et ma famille. » Des proches qui eux ont aussi lutté contre la maladie à ses côtés. « L’anorexie touche tous les membres de la famille. » Dans son livre, elle a d’ailleurs donné la parole à ses parents qui « ont continué de la protéger et n’ont pas choisi la confrontation pendant la maladie, même si c’était parfois tendu ». « J’avais envie que les proches de personnes anorexiques puissent lire quelques mots de mes parents. » Et ce, alors que la majorité des messages qu’elle reçoit depuis la publication de son livre proviennent de familles ou d’amis.














