Le syndic toulousain MN Gestion a perdu sa garantie financière et le droit de gérer des copropriétés en décembre dernier. Pourtant, il continue à s’afficher sous ce nom sur son site Internet et a contourné son interdiction d’exercer le métier en créant une nouvelle structure, la Solpatrim, qui fonctionne en parfaite illégalité. Des anomalies dénoncées par des membres du conseil syndical d’une des quelque 130 résidences gérées par ce syndic. Des propriétaires qui pointent aussi des flux financiers suspects. À part une procédure devant le tribunal de commerce, la justice n’a pas encore réagi.
Après l’affaire du cabinet L’Immeuble, est-ce un nouveau scandale annoncé dans le monde de l’immobilier toulousain ? Des copropriétaires, membres de conseils syndicaux, ont en tout cas levé un sacré lièvre, en découvrant les gros problèmes financiers rencontrés par leur syndic, MN Gestion, dirigé par Frédéric Fonta, dont les nouveaux bureaux sont installés rue Saint-Rome, à deux pas du Capitole. En décembre dernier, ce syndic a perdu sa garantie financière accordée par l’assureur Galian SMABTP, qui avait constaté des carences dans les remboursements de certaines des 130 copropriétés gérées par MN Gestion.Les copropriétaires ont appris la nouvelle en février par le biais d’une annonce légale publiée dans la presse, sans que le syndic, qui a aussi perdu sa carte professionnelle et son droit d’exercer, ne communique sur la situation. Sinon par l’envoi d’un mail indiquant un simple changement de nom de société. Car Frédéric Fonta s’est empressé de créer une nouvelle entité, la Solpatrim, pour contourner l’interdiction qui lui a été faite, via un contrat de location-gérance. « Ce que je trouve scandaleux, c’est qu’un dirigeant pris la main dans le pot de confiture puisse contourner la loi en recréant une structure parallèle », s’indigne un propriétaire, en pointant un bel imbroglio bancaire.
Imbroglio bancaire et 536 000 euros envolés…
« Les comptes de toutes les copropriétés gérées par MN Gestion sont bloqués par le Crédit mutuel, la Société générale et la Banque Palatine, mais de nouveaux comptes ont été ouverts auprès du Crédit lyonnais par la Solpatrim au nom de notre copropriété, alors que nous ne sommes plus gérés par MN Gestion et n’avons pas élu la Solpatrim en assemblée générale, explique-t-il. MN Gestion ne peut plus exercer que l’activité de transaction sans détention de fonds et sans garantie financière. En prime, faire gérer les copropriétés détenues par MN Gestion par le biais de Solpatrim est illégal. Ce contrat est interdit dans l’activité de syndic, la relation entre un syndic et son client devant être intuitu personae. Ceci est confirmé par la jurisprudence de la Cour de cassation. »Plus inquiétant, derrière ce tour de passe-passe se cache un gros trou financier. Le rapport de l’assureur Galian, à l’origine des tracas de Frédéric Fonta, fait état d’une somme de 536 000 euros qui s’est évaporée des comptes des copropriétés. Un système de cavalerie ? « En analysant les relevés de notre copropriété, j’ai identifié un virement de 15 000 euros vers une société, STEA FIT, satellite de MN Gestion, qui a pour fonction de gérer des baux commerciaux pour des résidences services, note le propriétaire donneur d’alerte. Il n’y a donc aucun rapport avec notre copropriété et aucune facture de ce montant n’existe dans les comptes de la copropriété… Autre irrégularité détectée, le livret destiné à recueillir les fonds Alur n’est pas alimenté, alors même que nous versons ces sommes en réglant nos charges. »
Une plainte pour diffamation, mais pas d’explications du syndic…
De son côté, Frédéric Fonta, que nous avons contacté, rejette toutes ces accusations en bloc. « Des allégations sans aucun élément objectif, indique-t-il dans un mail. L’ensemble des grands livres comptables est disponible sur l’espace client de la copropriété et a également été communiqué aux copropriétaires qui en ont fait la demande. À ce jour, rien ne permet d’établir de quelconques malversations financières ou d’irrégularités pénales. » Mais quand il s’agit d’évoquer les raisons de la perte de ses garanties financières, le patron de MN Gestion est moins loquace. Pour lui, il s’agit simplement d’une cessation de contrat, en se gardant bien d’évoquer en détail le rapport accablant de l’assureur Galian. « Concernant ce rapport, il s’avère que l’ensemble des éléments justificatifs demandés ainsi que les régularisations sollicitées ont été réalisés », souligne Frédéric Fonta, en produisant un courriel sibyllin du 3 juillet 2025 confirmant qu’au vu « des éléments comptables communiqués, la décision de retrait des garanties est maintenant levée ».Et comme la meilleure défense, c’est l’attaque, Frédéric Fonta brandit une plainte pénale pour diffamation contre le conseil syndical de copropriété qui le met en cause. Elle a été déposée en visio auprès des services de police. « Compte tenu du caractère particulièrement grave des accusations et de leurs conséquences potentielles sur l’activité de notre société », précise-t-il. Alors que nous étions convenus d’un rendez-vous téléphonique, Frédéric Fonta a finalement décliné la proposition. Dans un nouveau mail, il nous a signifié « qu’il ne souhaitait pas poursuivre d’échanges directs sur ce dossier sur les conseils de son avocat ». Enfin, autre sujet de préoccupation pour lui : l’un de ses associés, le gérant de FIT Gestion, qui l’accuse de détournements de fonds, l’a attaqué devant le tribunal de commerce de Toulouse. Frédéric Fonta a eu gain de cause en première instance, mais l’audience en appel est programmée le 23 juin. À suivre…










