En quelques mois, huit des treize agents du musée de la Résistance et de la Déportation de Toulouse ont quitté l’établissement. Associations mémorielles, syndicat et anciens salariés dénoncent une profonde dégradation du climat de travail, tandis que la direction justifie ces départs par des procédures disciplinaires visant des « fautes graves ».
« Le personnel a disparu du jour au lendemain. » Que se passe-t-il au musée de la Résistance et de la Déportation de Toulouse ? Huit des treize salariés ont quitté leur poste en quelques mois. Procédures disciplinaires, arrêts maladie et départs successifs ont fini par alerter les associations mémorielles, qui ont saisi le président du conseil départemental le 2 février dernier.
« Il n’y a plus du tout les mêmes liens. On avait des repères, des gens de confiance, et du jour au lendemain tout le monde est parti », témoigne le président de deux associations souhaitant rester anonyme.
« Avant, il y avait une équipe très soudée. Les gens prenaient le temps de discuter, d’expliquer. Puis tout a changé. On sentait bien que les salariés n’allaient pas bien. Cela a fini par créer un climat délétère », ajoute Alain Verdier, petit-fils du résistant François Verdier.
« Une perte immense »
Même inquiétude chez la psychologue Yvette Golberger. Après plusieurs donations au musée, elle tente de reprendre contact avec l’équipe. « J’ai eu la stupéfaction d’apprendre que pratiquement toute cette équipe était en arrêt maladie. » Son courrier adressé à la direction en décembre est resté sans réponse. « Pour moi, c’est dramatique qu’un musée de la Résistance traverse une telle crise. Cela représente une perte immense. » Les inquiétudes ne viennent pas seulement du monde mémoriel.
Début juillet, la CFDT, qui dénonce une « chasse aux sorcières », distribuait un tract devant le musée pour dénoncer une dégradation des conditions de travail.
« Il y a eu six directeurs en six ans. Les agents étaient fatigués, découragés. On leur a reproché de tricher sur leurs horaires ou de mal faire leur travail. J’ai accompagné plusieurs agents lors de procédures disciplinaires. Certains avaient même laissé une machine à coudre pour les ateliers destinés aux enfants. Ils étaient investis bien au-delà de leur fiche de poste », assure Hugues Bernard, représentant CFDT.
Sollicité sur ces inquiétudes, le conseil départemental affirme avoir pris au sérieux les alertes. Il dit maintenir un dialogue avec les associations, suivre attentivement les conditions de travail au musée et avoir renforcé les effectifs avec six recrutements, dont un en cours, « afin d’améliorer le climat de travail et de permettre aux équipes de se consacrer à leurs missions ».
Des ex-salariés dénoncent un management devenu toxique
Selon plusieurs témoignages recueillis par La Dépêche, le climat de travail justement s’est progressivement dégradé avant de connaître un tournant avec l’arrivée d’une nouvelle directrice en mars 2025.
Une historienne, qui souhaite conserver l’anonymat, raconte : « J’ai eu le sentiment que le management était devenu toxique, avec des ordres et contre-ordres, des vexations et une perte totale de confiance. On m’a supprimé mon téléphone professionnel, mes textes étaient constamment remis en question. Après trente ans de travail sur l’histoire de la Résistance, je me suis retrouvée presque sans moyens. Cela m’a menée à la dépression. »
Elle estime avoir été victime de harcèlement moral et affirme que la direction a constitué des dossiers disciplinaires « pour des prétextes futiles : ne pas dire bonjour, ne pas répondre assez vite à un message ».
Ancien chargé des collections pendant près de dix ans, Lionel dresse un constat similaire. « Les conseils de discipline se sont multipliés. Avec le badgeage, on nous a accusés de fraude sur nos horaires alors que tout était enregistré. Cinq agents, dont moi, ont été convoqués. Tout s’est joué sur des témoignages, jamais sur des preuves. »
Selon lui, certaines demandes de sanction allaient jusqu’à deux ans d’exclusion. « Nous avons tous été placés en arrêt maladie par nos médecins, la pression était devenue trop forte. »
Des procédures disciplinaires
Interrogée sur cette situation, la direction du musée de la Résistance et de la Déportation affirme que « des dysfonctionnements concernant des agents du musée ont été constatés au printemps 2025 », ce qui coïncide avec l’arrivée de la nouvelle direction.
« Il s’agit de fautes et de manquements graves aux obligations professionnelles de la fonction publique territoriale », assure la direction. « Des procédures disciplinaires ont été engagées à l’encontre de six agents du musée pour fraude au temps de travail, non-respect des consignes hiérarchiques et, pour l’un d’entre eux, pour des propos relevant de la discrimination raciale, des agissements inacceptables dans un établissement porteur de valeurs universelles. » Les deux autres agents ayant quitté le musée ont, pour l’un, démissionné et, pour l’autre, conclu une rupture conventionnelle.
Les agents interrogés par La Dépêche contestent la version de la direction.
Le conseil départemental souligne aussi que le musée poursuit ses missions, mettant en avant sa programmation actuelle et plusieurs projets d’avenir : de nouvelles expositions, l’obtention du label « Musée de France », la valorisation des collections, le développement de la médiation et le renforcement des partenariats avec les associations mémorielles.









