La nouvelle école de Villemur-sur-Tarn, en Haute-Garonne, doit porter le nom de Marcelle Fraysse, reconnue Juste parmi les Nations pour avoir protégé une famille juive pendant la Seconde Guerre mondiale. Un hommage auquel s’opposent trois de ses petits-fils, qui invoquent de douloureux souvenirs familiaux. Les trois filles de Marcelle Fraysse soutiennent, elles, le projet. Malgré la controverse, le maire maintient son choix.
Sur le papier, le choix avait tout d’un hommage consensuel : donner à la nouvelle école de Villemur-sur-Tarn le nom d’une Juste parmi les Nations. Mais derrière cette figure de l’histoire locale subsiste une histoire familiale autrement plus douloureuse.
Reconnue Juste parmi les Nations en 1999, Marcelle Fraysse, décédée en 2011, avait accueilli et protégé à Villemur une famille juive, les Goffmann, pendant la Seconde Guerre mondiale. L’une de ses trois filles raconte notamment que sa mère avait continué à héberger gratuitement la mère et sa petite fille pendant un an après la fuite du père, recherché par les gendarmes.
Lorsque deux élus viennent lui proposer de donner le nom de Marcelle Fraysse à la nouvelle école, sa fille raconte avoir été « très émue ». Elle consulte immédiatement ses deux sœurs. Toutes trois acceptent et donnent leur accord écrit à la municipalité.
« Sur une école, ce n’était pas possible »
Mais tous les descendants n’ont pas été associés à la démarche. François*, l’un des petits-fils, affirme avoir découvert le projet sur Facebook au mois de mai. Avec ses deux frères, il demande depuis à la municipalité de renoncer à ce nom.
Au cœur de leur opposition se trouve leur propre histoire familiale. Les trois frères disent avoir subi, enfants, des violences de la part de leur père, aujourd’hui décédé. François affirme que sa grand-mère en avait connaissance et ne les aurait pas protégés. « Par rapport à la violence qu’on a eue, on ne peut pas admettre que sur une école, il y ait ce nom-là », explique-t-il.
Le symbole de l’école est essentiel à leurs yeux. Selon François, donner le nom de sa grand-mère à une rue ou à un autre bâtiment n’aurait pas suscité la même réaction : « Cette personne ne nous a jamais protégés. »
Une version fermement contestée par l’une des filles de Marcelle Fraysse. Elle assure n’avoir « jamais vu » les violences décrites par ses neveux et réfute l’idée que sa mère ait pu les cautionner. Elle précise également ne plus avoir vu les trois frères depuis environ 30 ans.
Le maire maintient le nom
Après avoir découvert le projet, les petits-fils ont saisi la préfecture. Celle-ci leur a répondu que la légalité de la délibération municipale ne pouvait être remise en cause, notamment en l’absence de disposition imposant de consulter la famille ou de recueillir son autorisation. Leur signalement a néanmoins été transmis au maire, Serge Moulet.
Ce dernier assure avoir approfondi le dossier après avoir été alerté par François, qu’il a reçu en mairie. Il dit notamment avoir repris contact avec les trois filles de Marcelle Fraysse et échangé avec différents acteurs locaux. Le maire rappelle également que le choix du nom a été adopté à l’unanimité du conseil municipal, opposition comprise.
« Ce n’est pas la position de grand-mère qu’on met, c’est la position de Juste parmi les Nations », justifie Serge Moulet. L’élu reconnaît néanmoins que cette affaire peut « raviver peut-être des douleurs » chez les petits-fils.
La municipalité n’entend toutefois pas revenir sur sa décision. Malgré l’opposition d’une partie de la famille, la nouvelle école conservera le nom de Marcelle Fraysse.
















