Jugé à Toulouse pour avoir poignardé un riverain à la suite d’une dispute nocturne, un homme de 30 ans comparaissait ce mercredi après une longue fuite. L’agression, d’une violence extrême, avait laissé la victime entre la vie et la mort avec de lourdes séquelles. Alors qu’un complice avait d’abord tenté de le couvrir, le véritable auteur, au profil marqué par les addictions et une récidive ancrée, a finalement été interpellé ivre sur un banc. Face à ce dossier qui rassemble tous les ingrédients d’un drame sanglant, le ministère public a requis six ans de prison ferme.
« Je n’ai soudoyé personne. Oui, c’est moi qui ai frappé la victime. J’ai pris peur et j’ai fui. » La voix est saccadée, le ton défensif. Dans le box du tribunal correctionnel de Toulouse, l’homme de 30 ans a du mal à contenir la colère qui le ronge. Un colosse au regard fuyant, dont la trajectoire s’est une nouvelle fois fracassée contre la réalité judiciaire.
Une nuit de carnage
Les faits remontent au 7 mai 2023. Il est 4 h 15 du matin à Toulouse lorsqu’un vacarme assourdissant tire les riverains d’une résidence paisible de leur sommeil. Deux individus font du chahut dans la rue. Exaspéré, un habitant s’avance sur son balcon. L’un des perturbateurs attrape le couvercle d’un barbecue et le projette en direction du riverain. Le ton monte. L’habitant descend pour en découdre.
« La suite est dramatique », résume la présidente de l’audience ce mercredi. L’habitant frappe l’un des intrus, mais la réplique est immédiate et sanglante : une pluie de coups de couteau s’abat sur lui.
Organes vitaux touchés
Le bilan médical est glaçant. Le ventre de la victime est littéralement ouvert, une partie de ses organes expulsée sous la violence de l’impact. L’homme frôle la mort de quelques millimètres.
« Il a été plongé dans le coma et porte aujourd’hui de lourdes séquelles. Il n’ose plus sortir de chez lui, alors qu’un psychiatre le suit tous les jours », déplore Me Jonathan Bomstain, l’avocat de la partie civile.
Le sacrifice du faux coupable
Dans les heures qui suivent le drame, les forces de l’ordre interpellent un suspect. En garde à vue, ce dernier avoue être le probable auteur du massacre, tout en restant évasif. « Nous étions très alcoolisés. Trop pour avoir des souvenirs », glisse-t-il aux enquêteurs.
Mais le scénario s’effrite. Les témoignages et l’exploitation minutieuse des images de vidéoprotection révèlent une tout autre vérité : le véritable agresseur est en fuite. Son surnom circule dans le quartier : « Yeux Verts ». Le premier suspect avait simplement tenté d’endosser la responsabilité pour protéger son complice.
Une cavale terminée dans l’ivresse
Une traque de plus de deux ans s’engage. Une zone d’ombre judiciaire qui prend fin il y a quelques semaines, de manière presque dérisoire. Le fugitif est appréhendé complètement ivre, allongé sur un banc dans un parc toulousain.
« Je savais que j’étais recherché », admet le client de Me Pierre Alfort devant ses juges. « J’ai eu peur. Je suis vraiment content qu’il ne soit pas mort. C’était n’importe quoi entre le cannabis et l’alcool. »
La violence en héritage
Au cœur des débats, les addictions dévorantes du prévenu, au profil atypique et au passé judiciaire déjà lourd, marqué par trois agressions à l’arme blanche en récidive. L’homme reconnaît fumer du cannabis jusque dans sa cellule. « Vous savez que c’est interdit ? », recadre sèchement la présidente. « Oui, mais c’est la vie. En prison, on est violent. Tout t’oblige à l’être. On fait avec », rétorque le trentenaire, fataliste. Il est incarcéré pour une autre affaire.
Une violence qui ressemble à une malédiction familiale. Son frère jumeau est lui aussi derrière les barreaux pour une agression identique au couteau. « Ils ont eu une vie compliquée, abandonnés par leur père, avec une mère en proie à de lourds troubles psychiatriques », plaide Me Alfort pour humaniser son client.
Face à une attitude jugée inappropriée et un passage à l’acte qui aurait pu s’avérer mortel, le procureur de la République a souligné qu’on frôlait les assises. Il a requis six ans de prison ferme à l’encontre de « Yeux Verts », avant que le tribunal ne parte délibérer. Il est finalement condamné à 5 ans de prison dont deux avec sursis ainsi qu’une obligation de se soigner.













