Le 24 août, le jour de ses 42 ans, Josepha espérait peut-être autre chose qu’une nouvelle rupture. La police a découvert un appartement ravagé, une bouteille brisée, un couteau au sol et son ancien compagnon blessé. Déjà condamnés tous les deux, les anciens partenaires ont livré devant le tribunal deux récits opposés d’une relation toxique.
Lundi, Josepha fêtait ses 42 ans. La journée s’est achevée dans le fracas : une bouteille en verre brisée, un couteau abandonné devant la cuisine, des meubles et de la vaisselle jetés dans la rue, et deux anciens compagnons s’accusant mutuellement de violences.
Grande, les cheveux très noirs ramenés en chignon, Josepha parle d’une voix grave devant le tribunal correctionnel de Toulouse, ce jeudi. À quelques mètres d’elle, Lotfi, trapu, les cheveux eux aussi noués, répond d’une voix rauque. Ils ont traversé six années de relation, ponctuées de séparations et de retrouvailles. L’une est dans le box, l’autre comparaît libre.
Depuis six mois, ils ne se voyaient plus. Josepha et Lotfi ont, une nouvelle fois, tenté de repartir de zéro. La relation avait même repris une tournure intime. « On a eu des rapports sexuels, on pensait se remettre ensemble », explique Josepha. L’homme de 64 ans dément. « Je l’hébergeais juste… »
Ce lundi, cette relation fragile a explosé. La veille, Lotfi était parti jouer à la pétanque. Il n’est revenu qu’au petit matin. Josepha n’a rien eu pour son anniversaire. Pas un gâteau, pas de cadeau, pas de tendresse. « J’étais désespérée », livre-t-elle. Elle a noyé son chagrin dans l’alcool. Vers 17 heures, les policiers sont appelés au 2, rue Édith-Piaf, à Toulouse. À leur arrivée, Lotfi se trouve à l’extérieur du logement. Il présente une plaie saignante à la tête et une autre au flanc gauche.
« Je me sens honteuse »
Dans la rue, les policiers découvrent de la vaisselle cassée, une télévision, une machine à café et des chaises. Dans les escaliers repose une bouteille en verre fracassée. L’appartement est lui aussi sens dessus dessous. Devant la cuisine, un couteau est retrouvé. Lotfi affirme qu’il a été utilisé contre lui.
Lorsqu’ils entrent, les fonctionnaires découvrent Josepha assise, munie d’un support de pêche qu’elle brandit dans leur direction. L’un des policiers finit par la saisir par le bras et la désarmer. Au cours de l’intervention, elle crache également en direction d’un fonctionnaire et le traite de « sale bougnoule ». « Je me sens honteuse. J’ai présenté mes excuses. Je suis moi-même à moitié algérienne, je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça », reconnaît-elle à l’audience.
Lotfi affirme qu’elle aurait saisi une bouteille puis un couteau avant de le poursuivre dans les parties communes de l’immeuble. Il dit avoir reçu un coup de bouteille. Josepha reconnaît avoir lancé la bouteille, mais nie avoir utilisé le couteau. Son alcoolémie avoisinait alors les deux grammes par litre de sang. « Je ne supporte pas du tout l’alcool », admet-elle. La prévenue raconte que son ex-compagnon l’aurait tirée par les cheveux et frappée.
Leurs casiers judiciaires racontent eux aussi une histoire déjà marquée par les tribunaux. Josepha compte trois condamnations et avait notamment été condamnée en 2023 pour des faits de violences similaires. Ancienne mannequin, elle vit aujourd’hui du RSA et n’a pas travaillé depuis huit ans. Lotfi, ancien gérant de bars et de restaurants, totalise huit condamnations, notamment pour des délits routiers et des violences.
« Quand elle ne boit pas, elle est formidable… »
Pour le ministère public, l’affaire laisse pourtant peu de certitudes. « C’est un dossier compliqué au regard des éléments matériels et de la personnalité des deux mis en cause », reconnaît le procureur. « Il est difficile à la vérité judiciaire de frayer son chemin. »
Le parquet estime finalement que les violences reprochées à Lotfi ne sont pas suffisamment établies. Contre Josepha, il requiert douze mois d’emprisonnement, dont six assortis d’un sursis probatoire, avec six mois à exécuter sous bracelet électronique.
Me Clémence Doumenc, avocate de Lotfi, considère que les constatations matérielles corroborent le récit de son client. Elle décrit une femme ayant « deux visages quand elle boit trop » et estime qu’aucun élément ne permet de démontrer que son client a frappé Josepha.
Me Souad Derghal, qui défend cette dernière, replace au contraire les faits dans « six années de relation toxique ». Son anniversaire aurait cristallisé les frustrations accumulées. « Elle a toujours eu beaucoup d’amour pour lui. Elle ne lui veut pas de mal », plaide-t-elle.
Avant que les juges ne se retirent pour délibérer, Lotfi reprend une dernière fois la parole. « Quand elle ne boit pas, elle est formidable. » Il se met à pleurer.
Le tribunal condamne Josepha à douze mois de prison, dont six mois assortis d’un sursis probatoire pendant deux ans. La partie ferme pourra être exécutée sous bracelet électronique. Elle devra notamment suivre des soins, indemniser les policiers et respecter l’interdiction prononcée à son encontre. Les violences reprochées à Lotfi n’ont, elles, pas été retenues par le tribunal.















