Frédéric a 58 ans, depuis le décès de sa femme en juillet, son état ne fait que s’aggraver : malaises, chutes à répétition, perte d’appétit… En l’espace de trois mois, il a perdu 32 kg et peine à marcher. Aujourd’hui, il vit seul, sans prise en charge, dans son domicile à Launaguet au nord de Toulouse, malgré l’appel à l’aide de sa famille. Trop jeune pour aller en Ehpad, il se retrouve sans solution. Ses proches témoignent de leur parcours du combattant.
C’est la mine affaiblie et les joues creusées que Frédéric rejoint Léa et Lauryne, les deux petites-filles de sa compagne Mireille, décédée en juillet dernier. Sur la terrasse de sa maison à Launaguet, il reste assis dans son fauteuil roulant, « celui de mamie », le regard vide, perdu. « Il n’a que 58 ans », rappelle Lauryne. Pourtant, son état lui donne l’impression d’une vingtaine d’années de plus.
Depuis le décès de Mireille, c’est la descente aux enfers. « Elle était morte sur le canapé et il est resté plusieurs heures à côté pendant qu’elle recevait les soins, c’était horrible pour lui, il ne s’en souvient même plus très bien », explique la jeune femme. Conséquence instantanée, Frédéric ne s’est quasiment plus alimenté. Il souffrait auparavant d’une neuropathie des jambes, mais son état s’est rapidement empiré à la suite de cet événement. « Il a fait plusieurs malaises, chez lui, dans la voiture quand je l’emmenais au médecin, parfois on le retrouve par terre », explique Lauryne. Inquiètes, les petites-filles de Mireille ont contacté à plusieurs reprises le SAMU, qui l’a parfois redirigé aux urgences, sans grand succès. Les mots de Frédéric sont rares, mais il place un discret : « Je veux qu’on m’aide ».
« C’est du social donc ça ne les concerne pas »
Lorsqu’il était pris en charge dans deux services d’urgence privé et public à Toulouse, Frédéric ressortait toujours au bout de 24 h. « Ils considèrent que c’est du social et qu’ils ne peuvent rien faire », raconte Lauryne. Mais les jours passent, et rien ne s’améliore pour le quinquagénaire qui ne demande qu’à être pris en charge. « Il veut de l’aide, mais comme il n’a pas d’idées suicidaires, ils le renvoient chez lui », ajoute-t-elle.
Elle déplore également un manque de considération : « Personne ne l’a pesé sur place pour constater son poids critique, on l’a même laissé attendre seul dehors que quelqu’un vienne le chercher ». Il pesait plus de 70 kg avant juillet et n’en fait plus que 48 aujourd’hui. Léa, la sœur de Lauryne, interrompt : « Il faut attendre qu’il soit mort pour qu’il soit pris en charge ? ». Les deux femmes ont donc sollicité le médecin traitant de Frédéric qui a entamé des démarches pour trois maisons de repos dans la région. Un regain d’espoir pour la famille qui pensait enfin arriver à une solution. Quelques jours plus tard, c’est finalement la douche froide : « On nous informe que les trois ont refusé ».
« Trop jeune pour les Ehpad, trop en forme pour l’hôpital »
Lauryne, à bout psychologiquement, a décidé de lancer un appel à l’aide sur les réseaux sociaux. « J’étais prête à abandonner, mais quand j’ai vu l’élan de solidarité, j’ai trouvé la force de continuer à chercher une solution ». Frédéric est désormais seul à payer sa maison, sa neuropathie des jambes l’empêche de travailler, il ne dispose donc pas des ressources financières nécessaires pour le portage de repas par exemple. Il est aussi trop jeune pour les Ehpad, dont l’âge minimum est fixé à 60 ans.
« On est tellement dans l’incompréhension, ce n’est pas normal qu’il n’y ait pas d’aide ou de placement possible pour quelqu’un dans son cas », déplore Léa. Les deux femmes passent régulièrement voir Frédéric, mais l’inquiétude est là, constamment. « Je me demande tout le temps s’il n’est pas tombé, s’il va bien ». Aujourd’hui elles espèrent avant tout trouver une solution pour que le compagnon de leur grand-mère remonte la pente et vive en sécurité.












