EXCLUSIF. Un détective privé de 68 ans, ancien CRS révoqué de la police, a été incarcéré lundi 12 octobre à Toulouse. Il est soupçonné de corruption et de travail dissimulé. Un fonctionnaire de la brigade canine, qui aurait travaillé pour lui pendant un arrêt maladie et consulté des fichiers confidentiels, a également été mis en examen. L’enquête, menée par la division de la criminalité organisée et spécialisée et l’IGPN, a démarré après le contrôle de ce policier près d’une école primaire de Nice. Le détective conteste avoir employé illégalement cet homme et assure qu’il le formait.
Il a été aperçu à plusieurs reprises devant une école primaire de Nice. Là, debout, à prendre des photographies avec son téléphone. Son comportement paraît si suspect au personnel de l’établissement que celui-ci pense avoir affaire à un pervers et alerte la police nationale. Ce lundi 13 octobre, quelques jours plus tard, un policier toulousain et un détective privé viennent d’être mis en examen dans une affaire mêlant soupçons de corruption et de travail dissimulé. Le détective, déjà connu pour des faits similaires, est incarcéré provisoirement alors que » le policier est placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer », précise le parquet de Toulouse.
Une véritable carte professionnelle
Tout commence début d’octobre dans les Alpes-Maritimes. Le personnel de l’école remarque cet inconnu qui semble épier des personnes à proximité de l’établissement. Le mercredi 7 octobre, il est de nouveau sur place, cette fois équipé de son téléphone pour prendre des photographies.
Lorsque les policiers arrivent, l’homme n’a pas quitté les lieux. Il assure être l’un de leurs collègues et brandit sa carte professionnelle. Le document est authentique : cet homme est bien un fonctionnaire affecté à la brigade canine de Toulouse.
Au cours de son audition, il explique être en arrêt maladie, mais collaborer avec un ancien collègue devenu détective privé. Cette mission sur la Côte d’Azur conduit les enquêteurs jusqu’à une société installée en Haute-Garonne.
Un ancien CRS
À sa tête, un homme de 68 ans, ancien CRS, qui a quitté la police dans les années 2000 dans des conditions à éclaircir. Après sa reconversion dans l’enquête privée, le sexagénaire a conservé son réseau et continué à fréquenter des policiers toujours en activité.
Il aurait notamment fait appel au fonctionnaire de la brigade canine pour lui prêter main-forte sur certaines missions, dont celle de Nice. Les investigations, menées par la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) et l’inspection générale de la police nationale (IGPN), portent sur les conditions de cette collaboration.
Le policier est soupçonné d’avoir cumulé les indemnités liées à son arrêt maladie avec une rémunération pour ces activités privées. Un premier examen des comptes conduit les enquêteurs à privilégier l’hypothèse de paiements en espèces, non déclarés.
Travail dissimulé ou formation ? La défense conteste
Le détective aurait ainsi employé illégalement ce fonctionnaire. Une version qu’il a contestée au cours de sa garde à vue. L’ancien CRS assure qu’il formait, dans les règles, un futur salarié. Son avocat, Me Merouane Khennouche, n’a pas souhaité commenter une « instruction en cours ».
Au-delà du travail dissimulé, le fonctionnaire de la brigade canine -défendu par Me Olivier Bonhoure – se retrouve au centre d’un volet encore plus lourd portant sur des soupçons de corruption active. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir détourné son statut professionnel pour extraire des données strictement confidentielles.
Des fichiers confidentiels consultés
L’agent en arrêt maladie aurait notamment interrogé le Traitement des antécédents judiciaires (TAJ), qui rassemble des informations sur des personnes mises en cause ou victimes dans des procédures. Il aurait aussi consulté le système d’immatriculation des véhicules (SIV), permettant notamment d’identifier les titulaires des certificats d’immatriculation.
Ces accès à des fichiers professionnels font partie des faits examinés par les enquêteurs dans le cadre de ses relations avec le détective privé.
L’affaire est désormais conduites sous la direction d’un juge d’instruction.

















