Mario, jeune Toulousain d’origine roumaine de 19 ans, sans casier judiciaire et inconnu des services de police, a été condamné mardi 20 octobre, en comparution immédiate, à trois mois de prison ferme pour le vol d’une doudoune dans une boutique pillée, au centre-ville de Toulouse, samedi 17 octobre. Son avocate, Johana Abraham, s’indigne contre une décision qu’elle estime « purement politique ».
La Dépêche du Midi : Quel est le profil de votre client ?
Me Johana Abraham : Il n’avait jamais connu de garde à vue. Il vit chez son oncle et sa tante et se trouve sans emploi. Il a fait toute sa scolarité en France et s’est occupé d’une association roumaine pour enfants. Il a obtenu un diplôme de premiers secours et son brevet des collèges. Il est parfaitement inséré. Samedi 17 octobre, il a été interpellé vers 22 h 30, après le vol d’une doudoune dans la boutique Snipes, rue d’Alsace-Lorraine, à Toulouse.
Pour quelles raisons est-il entré dans ce magasin pillé ?
Il est venu manifester et au moment de rentrer il a dit au tribunal que le métro était fermé. Finalement, il se retrouve devant ce magasin de vêtements, Snipes. Cette boutique était ouverte et cassée. Et sans trop réfléchir, il finit par se rendre à l’intérieur pour prendre cette doudoune. Sans trop savoir pourquoi et sans trop mesurer, en fait, surtout toutes les conséquences et sans avoir jamais commis les dégradations. Il n’a rien cassé. Il a été interpellé très rapidement. Tout cela s’est fait par opportunité, il n’a pas de revenus, c’est sa famille qui l’aide un peu. Il n’a pas non plus pris tout un tas de vêtements pour les revendre. C’était vraiment une veste par nécessité.
Mardi, il a été condamné à trois mois de prison ferme…
Il comparaissait libre à l’audience car auparavant, le juge des libertés et de la détention n’a pas prononcé de placement en détention avant son procès. Le procureur a requis six mois de sursis probatoire, avec une obligation de travail, et 140 heures de travail d’intérêt général, et une obligation d’indemnisation. Quelque chose qui avait du sens. Mais le tribunal a été bien au-delà de ces réquisitions.
Comment expliquez-vous cette lourde peine ?
Ce dossier était le premier de la liste. Les réquisitions du ministère public avaient du sens, surtout après les appels à la fermeté lancés par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Et quand j’ai quitté la salle d’audience, je n’étais pas bien, j’avais les larmes aux yeux. Mon client a servi d’exemple. C’est une décision purement politique. Et elle n’a aucun sens. La loi exige que le mandat de dépôt soit décerné uniquement si on ne peut pas aménager la peine. Or, il a un domicile et l’aménagement était largement possible. Vous vous rendez compte qu’il part en prison pour un vol ! Il est condamné pour « vol en réunion », il n’y a pas de bande organisée. Le tribunal l’a condamné au regard du contexte. J’ai le sentiment que l’on n’a pas jugé Mario, auteur d’un vol de doudoune, mais le pilleur, sans identité. On est très loin du principe de la personnalisation de la peine, puisqu’en réalité on se rend compte que tous les autres prévenus ont pris 3 à 4 mois de prison dans la même journée.
Pourtant, il aurait été vu avec plusieurs vêtements dans les mains…
C’est faux et il le conteste. Sur les images du magasin, on le voit en train de se saisir d’un seul vêtement. Il est identifié parce qu’il a des inscriptions fluorescentes sur son pantalon et sa veste. En partant, il a été confondu avec un autre individu qui lui avait plusieurs vêtements.
Face à ces pillages et ces violences, a-t-il conscience qu’il a quand même pris part à des scènes qui ont indigné la France entière ?
Il a parfaitement conscience de la gravité, mais le fait de prendre une peine aussi lourde, il ne comprend pas. Pourquoi la prison ? Il ne se sent pas concerné par la casse. Quand on voit le monde actuel et ce qui peut se passer, c’est quand même dur d’aller lui dire « Monsieur, ce que vous avez fait, c’est très grave ». Il n’a pas à supporter le poids de tout ce qui s’est passé, ce samedi 17 octobre, sur ses épaules du haut de ses 19 ans et de son casier vierge. Et là, moi, j’ai vraiment l’impression qu’il a porté sur ses épaules le poids des dérives de toutes les manifestations. Sur ce pillage de magasin, ils en ont interpellé une dizaine. Au final, ils en ont identifié trois. L’un a bénéficié d’un déferrement pour un plaider-coupable. Il a écopé de 6 mois de sursis simple. Le deuxième, à sa sortie de garde à vue, on lui a remis une convocation pour comparaître à une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), le 3 novembre 2026. Et le dernier, qui est mon client, a été déféré pour passer en comparution immédiate. Et il prend trois mois de détention. Donc en fonction des juges, il y a une vraie différence de traitement !
On vous sent révoltée…
Oui, parce qu’il a servi d’exemple ! Ces juges sont censés être la barrière contre l’arbitraire de l’État. Leur rôle, c’est justement ça, c’est de juger, de personnaliser les peines pour justement faire front. Et en fait, aujourd’hui, ils deviennent eux-mêmes cet arbitraire-là. Et finalement, ceux qui sont censés protéger nos clients, ils se retrouvent comme étant leur bourreau. L’incarcération à la barre, il faut la vivre ! C’est d’une violence inouïe. Quand les policiers viennent, devant votre famille, vous mettre les menottes à la barre, alors que vous vous présentez à l’audience juste après avoir pointé et respecté le contrôle judiciaire… oui c’est très violent. Je suis avocate depuis 2021, et je suis sortie de cette salle en larmes.














