Appelée lundi soir par une femme affirmant subir des violences de la part de son fils, la police s’est rendue quelques minutes plus tard devant un appartement de la rue Paul-Kruger. Personne n’a répondu. Mohammed L., principal suspect du triple homicide découvert moins de quarante-huit heures plus tard, se trouvait pourtant très probablement à l’intérieur.
Dans le couloir rouge du premier étage du 5, rue Paul-Kruger, le silence s’épaissit au fil des secondes. Les policiers viennent de frapper à la porte de l’appartement numéro 17. Il est 21 h 15. Quelques minutes plus tôt, ce lundi, la mère de Mohammed L. venait d’appeler les secours. Son fils la frappait. Des voisins avaient, eux aussi, signalé du tapage. Personne n’ouvre la porte aux fonctionnaires. Ils finissent par quitter les lieux. Mohammed L., 39 ans, se trouvait-il encore à l’intérieur de l’appartement ? Les enquêteurs le pensent désormais.
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Le tueur présumé laisse les cadavres sur place et retrouve son logement, dans le nord de Toulouse. Il se saisit d’un stylo. Sur dix pages, il détaille un mal-être dévorant. Il évoque aussi la haine que sa mère lui inspirait. Mohammed L. attrape un couteau, sectionne ses poignets et sa gorge. Il est retrouvé mort mardi, peu après minuit.
La nuit suivante, la porte de l’appartement de la rue Kruger est enfoncée par les sapeurs-pompiers. Des proches n’avaient plus de nouvelles des occupants. Les corps de la mère de Mohammed L., âgée de 63 ans, celui de sa demi-sœur de 29 ans et celui du fils de cette dernière, âgé de 20 mois, sont découverts. Tous présentent d’importantes blessures susceptibles d’avoir été causées par une arme blanche, notamment au niveau du cou.
Un homme seul
À proximité de la silhouette recouverte de sang de Mohammed L., les policiers découvrent des médicaments et sa lettre. L’homme était jusque-là inconnu de la justice. Ce courrier constitue désormais l’une des pièces les plus scrutées de l’enquête. Mais il ne livre aucune confession. Mohammed L. n’y décrit pas les faits. Il ne parle pas davantage du petit garçon de 20 mois.
L’homme écrit avoir le sentiment de « gâcher la vie », de se sentir isolé et rejeté par sa famille. Sa mère occupe une place centrale dans son récit. Un de ses proches l’entendait souvent se plaindre de sa famille : « S’il a tué ces gens, ce n’est pas bien. Sa mère et ses sœurs n’étaient jamais satisfaites. Il se plaignait de toujours payer pour tout, de devoir toujours faire des efforts. Cette pression, ajoutée à une déception amoureuse, ça le dévorait », confie-t-il.
La missive laisse apparaître un profond ressentiment à l’gard de cette ancienne avocate du barreau de Casablanca. Mohammed L. lui reprocherait de ne pas l’aimer, tout en accordant davantage d’attention aux hommes qui ont partagé sa vie. Cette dernière aurait eu trois maris.
Aucun mobile précis n’a encore été officiellement établi. « Personne n’est là pour nous l’expliquer », souffle une source proche de l’enquête. Ces derniers jours, Mohammed L. aurait continué à échanger avec sa mère, mais de manière limitée. « Rien de trop formel », souligne cette source.
Toutes les investigations se concentrent désormais sur cette zone d’ombre : que s’est-il passé derrière cette porte pendant et après le passage des policiers ? Les trois victimes étaient-elles encore en vie ? À quel moment ont-elles été tuées ? L’enquête pour homicide volontaire aggravé, confiée au service interdépartemental de la police judiciaire de la Haute-Garonne, doit désormais resserrer cette chronologie. Les autopsies, l’exploitation des téléphones et les constatations techniques doivent permettre de comprendre ce qui s’est joué dans ces quelques heures.















