Créée par Éric Anguenot il y a seize ans, l’entreprise familiale Collcycle collecte chaque mois des dizaines de tonnes d’huile de friture usagée en Haute-Garonne et au-delà pour approvisionner la filière des biocarburants. Cette ruée vers l’or jaune pousse aussi les deux entrepreneurs à rester vigilants face aux fraudeurs du dimanche qui cherchent à contourner la flambée des prix du carburant. La Dépêche est allée à leur rencontre.
Dans leur dépôt de 420 m², l’odeur de friture ne trompe pas à l’ouverture des bidons. C’est ici que transitent chaque mois 30 à 40 tonnes d’huile souillée, collectées auprès de restaurateurs de la région, ou même de clubs de rugby ! À la barre de Collcycle : Éric Anguenot, le fondateur surnommé à ses débuts « le bagnard » pour sa manie de charger des bidons de 60 kilos à la force des bras, et son fils Brice, un vieux de la vieille de la restauration.
Leur cœur de métier ? Récupérer l’huile usagée auprès des chefs, de la métropole jusqu’aux zones rurales. L’entreprise revend ensuite le produit aux gros raffineurs. Mais elle diversifie ses services : elle vend aussi de l’huile – propre cette fois – aux restaurateurs, collecte le plastique, le carton, les biodéchets, et bientôt du verre. « À la fin, il ne leur reste plus grand-chose dans la benne », explique Brice Anguenot.
De la friteuse à la pompe à essence
Une fois collectée, l’huile est envoyée chez les grands raffineurs comme Total ou Repsol. Là-bas, la matière subit un nettoyage drastique : bouillie, déshydratée et filtrée au micron près pour en retirer la moindre particule. Sur une tonne d’huile souillée, l’usine parvient à tirer jusqu’à 700 litres de matière première pure. Ce taux de conversion varie selon la provenance, la conservation et la qualité. Ce jus raffiné est ensuite incorporé aux carburants que l’on trouve à la pompe. Pour le diesel B7 par exemple, jusqu’à 7 % y est incorporé.
« Peut-être qu’un jour, on le fera nous-mêmes », plaisante Brice Anguenot. À moitié seulement. Le fils espère bien que Collcycle deviendra le collecteur numéro un de tout le Sud-Ouest, à terme.
« File-moi un peu d’huile ! »
Mais sur le terrain, les collecteurs font face à un phénomène récurrent : les sollicitations de particuliers téméraires. « On nous demande tout le temps de l’huile pour dépanner des moteurs, surtout à la campagne ! Il y a aussi certains qui pensent pouvoir voler un bidon », s’amuse Brice. « On nous appelle aussi pour nous dire : ‘File-moi un peu d’huile !' ».
Le père se rappelle ce restaurateur qui donnait son huile à un voisin pour son tracteur, avant de supplier Collcycle de lui fournir des justificatifs officiels lors d’un contrôle administratif. Refusé.
D’autres, depuis la flambée des carburants, tentent le coup en vidant directement des bouteilles achetées en grande surface sur les parkings, remplissant leur réservoir d’huile à 60 %.
Une pratique strictement interdite et risquée
Pourtant, rouler à l’huile de friture reste illégal pour les particuliers en France. D’abord pour des raisons fiscales, mais aussi mécaniques : non raffinée, l’huile fige à froid et bousille les injecteurs modernes. Sans compter l’odeur de friterie à l’échappement qui trahit les fraudeurs à des kilomètres face aux policiers !
À Collcycle, la traçabilité est totale : chaque litre est répertorié du bac jusqu’à l’usine. Mais pour le duo père-fils, la France a encore du chemin à faire par rapport à ses voisins européens comme la Suède ou l’Italie en matière de culture du recyclage. « Là-bas, ils transforment tout, du verre consigné aux textiles. Chez nous, la prise de conscience arrive, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire. On en est loin », conclut Brice.
Une preuve concrète que la transition écologique peut s’écrire au quotidien, au plus près des territoires et de ceux qui les font vivre.
















