Nichée dans la haute vallée du Vicdessos, au-dessus du village de Sem, la mine de fer de Rancié est l’un des patrimoines industriels les plus fascinants des Pyrénées. Ses galeries murées et ses flancs rougeâtres racontent près de deux millénaires d’extraction, dont un dernier siècle particulièrement intense, avant un arrêt brutal en 1931. Un vestige à ciel ouvert que les curieux peuvent encore parcourir aujourd’hui.

La plus grande mine de fer des Pyrénées
Perchée à plus de 1 500 mètres d’altitude sur les flancs du pic de Ganchette, la mine de Rancié n’est pas une mine ordinaire. Longtemps considérée comme la plus importante exploitation de fer des Pyrénées françaises, elle alimentait à son apogée une cinquantaine de forges, du Couserans jusqu’au Pays de Sault. Son minerai, une hématite brune et rouge naturellement enrichie en oxyde de manganèse, permettait d’obtenir des aciers réputés pour leur résistance à la corrosion. Une qualité si particulière qu’un minéral découvert dans ses entrailles a même reçu son propre nom scientifique : la ranciéite.
L’exploitation, mentionnée dans les textes dès 1294, s’est organisée de manière originale. En 1833, la mine est concédée aux huit communes de la vallée, qui la gèrent collectivement. Au XIXe siècle, jusqu’à 400 mineurs descendent chaque matin dans les galeries creusées à flanc de montagne, pour en extraire jusqu’à 7 800 tonnes de minerai par an. Le réseau souterrain s’étend sur plusieurs niveaux, tous reliés entre eux : l’Auriette, Sainte-Barbe, le Pountz, la Caougne, la Bacquey.
L’essor industriel et le tournant du XXe siècle
À la fin du XIXe siècle, la Société Métallurgique de l’Ariège rachète les droits d’exploitation et modernise l’ensemble de la chaîne. En 1896, malgré l’opposition des mineurs qui y voient une menace directe sur leurs emplois, la société finance la construction d’un câble transporteur reliant la galerie de la République à la route départementale Vicdessos-Tarascon. Les muletiers, qui assuraient depuis des générations la descente du minerai à dos de bêtes sur des chemins empierrés, sont mis sur la touche du jour au lendemain.
Le minerai rejoint alors les hauts-fourneaux de Tarascon-sur-Ariège, où il est fondu et transformé. La mine tourne à plein régime. Mais les conditions de travail restent extrêmement dangereuses. Les éboulements sont fréquents dans ces galeries creusées à la main sur des siècles, et les accidents jalonnent l’histoire du site.
Un drame met fin à tout
Le 18 décembre 1928, un important éboulement fait trois morts et de nombreux blessés dans les galeries. La catastrophe donne au Service des Mines le prétexte qu’il attendait. Par arrêté préfectoral du 15 décembre 1929, l’exploitation est officiellement interdite. Une tentative de remise en route est bien engagée en mai 1930 par la Société Commentry-Fourcambault-Decazeville, qui avait repris les hauts-fourneaux de Tarascon, mais la crise économique de 1929 aura raison de ce dernier espoir. La mine ferme définitivement en 1931, alors même que ses réserves de minerai ne sont pas épuisées.
Pour le village de Sem, le coup est brutal. La communauté ouvrière qui s’était construite autour de la mine se délite rapidement. Le village se vide. Aujourd’hui, une vingtaine d’habitants seulement y réside à l’année, et la plupart des maisons qui s’animent l’été appartiennent à des descendants de mineurs.
Un sentier pour remonter le temps
Les galeries sont désormais murées, leur accès étant trop dangereux. Mais les traces de l’activité minière restent visibles à flanc de montagne, avec leurs effondrements rougeâtres caractéristiques. Un sentier balisé d’environ 400 mètres de dénivelé permet aujourd’hui de remonter le temps le long des anciens carriaux, en empruntant le véritable chemin empierré qu’utilisaient autrefois les mineurs et les muletiers.
Des panneaux pédagogiques jalonnent le parcours et abordent les techniques d’extraction, les métiers disparus, l’histoire du paysage et le commerce du minerai. Pour aller plus loin, une exposition permanente installée dans la mairie de Sem propose outils d’époque, lampes à huile, gravures et photographies anciennes. La Maison des Patrimoines à Auzat, le Barri, complète la visite avec un espace dédié à l’histoire minière de la vallée du Val-de-Sos, commune née en 2019 de la fusion de Sem, Vicdessos, Goulier et Suc-et-Sentenac.













