En pleine vague de chaleur exceptionnelle pour un mois de mai, les météorologues et journalistes météo font face à une montée des attaques climatosceptiques en ligne. Basée en Ariège, Météo Pyrénées a choisi de suspendre les commentaires sur ses réseaux sociaux pour éviter les insultes et les menaces.
La France est traversée depuis plusieurs jours par une vague de chaleur exceptionnelle pour un mois de mai. Pour la première fois de son histoire, Météo France a déclenché une alerte canicule avant le mois de juin.
Dans le même temps, les météorologues et journalistes météo font face à une montée des critiques sur les réseaux sociaux. Certains internautes accusent les professionnels d’alimenter un discours anxiogène autour du changement climatique.
« Les journalistes météo et climat de BFMTV sont la cible d’une vague d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, venant d’internautes climatosceptiques », dénonçait la Société des journalistes de la chaîne, mardi 26 mai.
Des couleurs liées aux normales de saison
Ces critiques visent notamment les couleurs utilisées sur les cartes météo. Le rouge, très présent ces derniers jours, est considéré comme dramatique et utilisé pour effrayer la population.
En réalité, les cartes météo reposent sur un système de données. Les couleurs ne sont pas aléatoires. Elles varient selon l’écart entre les températures du jour et les normales de saison, calculées sur la base des décennies précédentes.
Lorsque le mercure dépasse fortement ces normales, les cartes prennent des teintes chaudes comme le jaune, l’orange ou le rouge. À l’inverse, quand les températures sont plus basses que la moyenne habituelle, les cartes affichent des nuances de bleu. Cette technologie n’existait pas il y a 30 ans.
Météo Pyrénées prend une mesure concrète face aux climatosceptiques
Ce mardi 26 mai, Météo Pyrénées annonçait « des températures proches ou atteignant les 40°C sur la Gascogne, 35 à 39 sur le Piémont et 27 à 29°C vers 1 500 mètres ». Sur les cartes publiées par l’association, le rouge et le violet dominaient largement.
Pour éviter une vague de haine, l’association basée en Ariège a choisi de suspendre les commentaires sur ses réseaux sociaux durant quelques jours. Et ce n’est pas la première fois. Cette pratique est mise en place à chaque épisode de canicule.
« C’est une décision que nous avons prise en 2022 », explique Christophe Dedieu, président de l’organisme. « Il y avait eu un épisode de forte chaleur dès le début de la saison estivale. Nous étions submergés par des vagues de commentaires très agressifs et très négatifs. »
La modération était devenue impossible pour une structure associative. « Lorsque les commentaires étaient encore autorisés, nous avons dû bannir 5 000 ou 6 000 comptes, en l’espace de deux mois », se souvient-il.
Qui sont les haters des météorologues ?
« Derrière ces comptes, se cachent souvent des gens qui ne sont pas francs ou qui sont parfois basés à l’étranger. Il s’agit de comptes créés pour la plupart très récemment ou, bizarrement, des comptes de personnes très âgées », raconte Christophe Dedieu.
« Ces personnes ne nous reprochent pas notre travail technique. Elles nous attaquent parce qu’elles ont des opinions politiques très arrêtées ou téléguidées par d’autres », selon le dirigeant.
Il évoque des messages « à la limite du harcèlement ». Des internautes sont allés jusqu’à l’attaquer sur ses comptes personnels. « Nous n’étions pas préparés à cela », ajoute-t-il. Quelques bénévoles de l’association ont préféré ne plus collaborer après les premières vagues. Désormais, « nous suspendons les commentaires dès les premiers dérapages ».
« Informer les gens de façon factuelle »
Christophe Dedieu estime que les critiques visant les cartes météo s’inscrivent dans une contestation plus large du consensus scientifique sur le climat. « Notre travail est de relayer l’actualité d’une façon factuelle, avec des chiffres, et en étant proscientifiques », affirme-t-il. « Les climatosceptiques le prennent comme un affront. »
« Si des médias comme BFMTV se font attaquer, c’est certainement parce que leur ligne éditoriale a évolué : ils informent désormais de manière claire et nette sur le changement climatique. Les “haters” ont la volonté de les abattre parce qu’ils contredisent leur discours politique qui refuse de voir la réalité », estime le président de Météo Pyrénées.
Malgré la suspension des commentaires, Météo Pyrénées assure vouloir continuer à diffuser ses prévisions, car « le but de notre association est d’informer les gens », rappelle Christophe Dedieu.












