Pendant près d’un demi-siècle, il aura été l’un des hommes les plus influents de la vie politique haut-garonnaise. Pierre Izard, ancien président socialiste du Conseil général de la Haute-Garonne et figure historique du Lauragais, est mort ce lundi 1er juin à l’âge de 90 ans.
Médecin pédiatre devenu poids lourd politique régional, Pierre Izard aura marqué durablement le territoire, aussi bien à Villefranche-de-Lauragais, sa commune de toujours, qu’à la tête du Département qu’il a dirigé pendant 27 ans. Depuis l’annonce de sa disparition lundi soir, les hommages se multiplient, y compris parmi ceux qui furent longtemps ses adversaires politiques.
Une figure incontournable du Lauragais
Né le 11 juillet 1935 à Villefranche-de-Lauragais, Pierre Izard restera toute sa vie profondément attaché au Lauragais. Fils d’un médecin installé dans la commune, il suit d’abord des études de médecine avant d’exercer la pédiatrie à Toulouse. Mais très vite, la politique prend une place centrale dans son parcours.
En 1967, il est élu conseiller général du canton de Villefranche-de-Lauragais. Il n’a alors qu’une trentaine d’années. Quatre ans plus tard, en 1971, il devient maire de sa commune natale. Un mandat qu’il conservera pendant trente ans avant de rester conseiller municipal jusqu’en 2020. Pendant des décennies, il restera l’un des élus les plus solidement implantés du Lauragais.
Le visage du Département pendant près de trois décennies
C’est toutefois à la tête du Conseil général de la Haute-Garonne que Pierre Izard va réellement imposer son empreinte politique. En 1988, il succède à Léon Eeckhoutte à la présidence du Département. Il conservera cette fonction jusqu’en 2015, traversant plusieurs alternances nationales tout en maintenant son influence locale.
Sous sa présidence, la Haute-Garonne connaît une profonde transformation portée par l’explosion démographique de l’agglomération toulousaine. Pierre Izard accompagne cette évolution avec un style politique très personnel. Rigoureux, exigeant, parfois redouté, il laisse l’image d’un élu au caractère affirmé et à la connaissance très fine des dossiers locaux. Pendant près de trois décennies, il devient l’un des visages incontournables de la gauche haut-garonnaise.
« Un adversaire redoutable »
Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a réagi rapidement après l’annonce du décès de Pierre Izard. Longtemps opposants politiques au Conseil général, les deux hommes avaient entretenu des relations parfois tendues. Dans son hommage, Jean-Luc Moudenc évoque « un adversaire redoutable ». « Son caractère affirmé, son autoritarisme fort exacerbé et sa parfaite connaissance des dossiers faisaient de lui un adversaire redoutable », écrit-il.
Le maire de Toulouse explique aussi que ces confrontations politiques ont participé à sa propre « formation politique ». Après son arrivée à la mairie de Toulouse en 2004, les deux hommes avaient néanmoins appris à travailler ensemble sur plusieurs grands dossiers locaux. Jean-Luc Moudenc salue aujourd’hui « sa fidélité au service public » ainsi que « sa connaissance exceptionnelle de la Haute-Garonne ».
Autoroute A61, lycée, intercommunalité : ses grands combats locaux
À Villefranche-de-Lauragais, plusieurs grands projets resteront associés au nom de Pierre Izard. L’ancien maire aimait rappeler qu’il avait obtenu la création d’un échangeur sur l’autoroute A61 lors de la construction de l’infrastructure dans les années 1970. Autre dossier qu’il considérait comme majeur : l’arrivée d’un lycée dans la commune, finalement inauguré en 2016.
Il aura également joué un rôle important dans la structuration intercommunale du Lauragais avec la création du Sivom puis de la communauté de communes Cap Lauragais. Même après avoir quitté la mairie, Pierre Izard continuait de suivre de très près les dossiers locaux et la vie politique de son territoire.
« Les pieds dans la glaise du Lauragais »
L’actuel président du Conseil départemental, Sébastien Vincini, a salué « un grand serviteur de la République » qui aura « profondément et durablement marqué l’histoire de la Haute-Garonne ». Dans son hommage, il rappelle que Pierre Izard avait « dédié sa vie entière à la Haute-Garonne en gardant les pieds dans la glaise du Lauragais ».
La présidente de Région, Carole Delga, évoque quant à elle une relation faite de « forts tempéraments » et de « vifs échanges », mais aussi d’un engagement commun autour de « la justice sociale ». Elle raconte également avoir conservé avec lui « des relations affectueuses au fil du temps » et rappelle le soutien qu’il lui avait apporté dans plusieurs étapes importantes de sa carrière politique.
Une page politique qui se tourne
Avec la disparition de Pierre Izard, c’est aussi une certaine génération d’élus locaux qui disparaît peu à peu en Haute-Garonne. Pendant près de cinquante ans, son nom aura été associé au Département, au Lauragais et à la vie politique toulousaine. Ses soutiens louent aujourd’hui sa fidélité au territoire et son sens du service public.
Ses adversaires rappellent un homme exigeant, parfois autoritaire, mais dont personne ne conteste l’influence durable sur la Haute-Garonne. À Villefranche-de-Lauragais comme à Toulouse, Pierre Izard restera l’une des grandes figures politiques régionales de ces dernières décennies.
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