La start-up Osmos X s’installe à Toulouse pour développer Thorus, son futur véhicule orbital à propulsion plasma. Une sorte de « station-service de l’espace » capable de déplacer, ravitailler ou désorbiter des satellites.
À Toulouse, la conquête spatiale ne se contemple pas seulement depuis la Cité de l’espace. Elle se construit aussi dans les bureaux d’études, les laboratoires et les start-up. Dernière arrivée dans cet écosystème : Osmos X, une jeune pousse française qui veut développer, depuis la Ville rose, un véhicule orbital capable d’intervenir là où les fusées s’arrêtent.
Aujourd’hui, envoyer un satellite en orbite ne suffit plus toujours. Une fois libéré par un lanceur, l’engin doit parfois encore rejoindre sa position finale, corriger sa trajectoire ou économiser son carburant pour prolonger sa mission. Dans l’espace, chaque manœuvre compte. Et chaque réserve utilisée peut raccourcir la durée de vie d’un satellite pourtant encore parfaitement opérationnel. C’est précisément ce verrou que veut lever Osmos X. Fondée en 2022 près de Rennes, la start-up développe Thorus, un véhicule de transport orbital multi-missions. Son rôle : prendre le relais après le lancement pour accompagner les satellites dans leur vie en orbite. « L’idée est d’agir une fois que le satellite est sorti du lanceur », explique Arnaud Masson, CEO d’Osmos X.
Concrètement, Thorus pourrait transférer un satellite vers son orbite finale, le repositionner, l’inspecter, le ravitailler ou l’accompagner en fin de mission pour éviter qu’il ne devienne un nouveau débris spatial. Une sorte de station-service, de remorqueur et de dépanneuse à la fois. Mais à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes.
Toulouse, nouveau point d’ancrage d’Osmos X
Pour accélérer son développement, Osmos X a choisi Toulouse. Un choix stratégique pour cette entreprise positionnée sur l’un des marchés les plus prometteurs du New Space : les services en orbite. La Ville rose concentre une grande partie du spatial français et européen. Industriels, ingénieurs, laboratoires, agences, écoles, sous-traitants, start-up : tout un écosystème y gravite déjà. Pour Osmos X, cette implantation permet de se rapprocher des talents, des partenaires et des futurs clients. « Toulouse est une antenne majeure pour nous », résume Arnaud Masson, CEO de l’entreprise.
La société conserve son ancrage breton, notamment pour ses travaux de recherche et développement autour de la propulsion. Mais Toulouse doit devenir un pôle clé pour les services orbitaux, les opérations et la préparation des futures missions de Thorus. Accompagnée par AD’OCC, l’agence de développement économique d’Occitanie, et Toulouse Team, l’agence d’attractivité de Toulouse Métropole, Osmos X s’installe au Village by CA Toulouse 31. Cette arrivée s’accompagne d’une levée de fonds de 5 millions d’euros et d’un plan de recrutement. L’entreprise vise la création d’une dizaine d’emplois qualifiés à Toulouse d’ici la fin de l’année 2026. Il s’agit de construire une base opérationnelle au cœur d’un territoire qui connaît déjà les codes du spatial.
Pourquoi les satellites pourraient avoir besoin d’une station-service
Le grand public imagine souvent le lancement comme l’étape décisive. Une fusée décolle, le satellite est placé en orbite, la mission commence. En réalité, les choses sont souvent plus complexes. Un satellite n’est pas toujours déposé exactement là où il doit travailler. Il peut devoir rejoindre une orbite plus haute, changer de position ou ajuster sa trajectoire. Pour cela, il puise dans ses propres réserves de carburant. Or ces réserves sont limitées dès le départ.
C’est là que le problème commence. Un satellite peut encore fonctionner parfaitement, mais devenir inutilisable parce qu’il n’a plus assez de carburant pour rester au bon endroit. Résultat : un équipement qui coûte parfois plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millions d’euros, peut arriver en fin de vie non pas parce qu’il est cassé, mais parce qu’il ne peut plus se déplacer. Osmos X veut répondre à cette impasse. Avec Thorus, l’entreprise souhaite prendre en charge une partie de ces manœuvres. Le satellite pourrait ainsi économiser son carburant et prolonger sa mission. « Dans l’espace, la quantité de carburant détermine directement le nombre de missions que l’on peut réaliser », souligne Arnaud Masson.
Une propulsion plasma pour aller plus loin
La promesse d’Osmos X repose sur une technologie centrale : la propulsion plasma. Son propulseur, baptisé MIST, doit équiper le véhicule Thorus. Contrairement aux moteurs chimiques qui permettent aux fusées de décoller, la propulsion plasma n’a pas vocation à produire une poussée brutale. Elle fonctionne autrement. Sa force, c’est l’endurance. Elle pousse moins fort, mais beaucoup plus longtemps, avec une consommation réduite. Le principe peut se résumer simplement. Le moteur utilise de l’électricité pour transformer un gaz, comme le xénon, en plasma. Les particules sont ensuite accélérées pour produire une poussée. Ce type de propulsion est particulièrement adapté aux déplacements dans l’espace, où il n’est pas nécessaire de lutter contre l’atmosphère terrestre.
Ce n’est donc pas un sprint, c’est un marathon orbital. Moins de carburant consommé, plus de manœuvres possibles, davantage de missions enchaînées. Osmos X annonce pour son propulseur MIST une poussée de 600 millinewtons et une impulsion spécifique de 5 000 secondes. Derrière ces chiffres très techniques, la start-up met en avant une promesse forte : réaliser jusqu’à trois fois plus de missions que les solutions concurrentes, avec des coûts opérationnels divisés par trois. Sur un marché encore jeune, mais déjà très convoité, cet argument peut peser lourd.
Nettoyer l’espace avant qu’il ne soit trop tard
La « station-service de l’espace » d’Osmos X ne servirait pas seulement à prolonger la vie des satellites. Elle pourrait aussi répondre à un autre défi : les débris spatiaux. Avec la multiplication des lancements, l’orbite terrestre se remplit. Satellites hors service, étages de fusées, fragments issus de collisions : des milliers d’objets circulent déjà autour de la Terre. Même un petit débris peut provoquer de gros dégâts lorsqu’il se déplace à très grande vitesse. Thorus pourrait donc intervenir en fin de mission pour accompagner certains engins vers une orbite plus sûre ou faciliter leur désorbitation. Autrement dit, éviter qu’un satellite mort ne devienne une menace pour les autres.
L’enjeu est écologique, économique et stratégique. Plus l’espace est utilisé, plus il doit être géré. Il ne suffit plus d’envoyer des objets en orbite. Il faut aussi savoir les surveiller, les déplacer, les réparer ou les retirer. C’est ce nouveau marché qu’Osmos X veut conquérir. La start-up vise un premier vol de démonstration dès 2027 pour tester sa propulsion plasma. À plus long terme, elle prévoit de déployer une flotte d’une vingtaine de véhicules entre 2030 et 2040. Depuis Toulouse, Osmos X veut donc participer à une nouvelle étape de l’aventure spatiale. Après la conquête, la maintenance. Après les fusées, les services. Après le décollage, la vie en orbite.










