Le temps est désormais compté et les salariés du site Fibre Excellence de Saint-Gaudens sont toujours dans l’attente. Le fabricant de pâte à papier menace en effet de fermer l’usine haut-garonnaise, qui emploie 270 personnes, ainsi que celle de Tarascon (Bouches-du-Rhône), à l’effectif équivalent.
En cause, un prix du bois qui a flambé depuis le début de la guerre en Ukraine et un prix de rachat insuffisant pour l’électricité produite sur les sites. Pour bien comprendre la problématique, il faut savoir que sur ces sites, où est extraite la cellulose du bois pour fabriquer de la pâte à papier écrue ou blanche destinée à produire des cartons ou différents types de papier, Fibre Excellence utilise un résidu du bois, la lignine, pour produire de la chaleur.
Celle-ci permet la création de vapeur d’eau venant alimenter une turbine qui crée de l’électricité. « Nous avons fait des investissements dans les turbines pour suivre la volonté de l’État de produire de l’électricité à partir de biomasse », explique un porte-parole de Fibre Excellence. Cela devait en contrepartie générer des compléments de revenus mais cela n’est pas le cas. « Le prix de l’électricité que nous produisons est indexé sur les prix de l’éolien ou du solaire, sans tenir compte du prix du bois… Il est racheté entre 105 et 120 euros du mégawattheure, là où son coût de production est compris entre 160 et 180 euros. »
Et pourtant l’activité pâte à papier est à l’équilibre
Une perte évaluée par le groupe à 35 millions d’euros en 2025 alors que Fibre Excellence assure que l’activité pâte à papier est à l’équilibre grâce à 150 millions d’investissement en cinq ans. L’objectif est donc, pour Fibre Excellence, de convaincre l’État d’intégrer le prix de la biomasse dans l’équation énergétique, car l’activité pâte à papier et la production électrique ne sont pas indépendantes.
« Les discussions sont toujours en cours et sont plutôt positives », assure-t-on du côté de Fibre Excellence, ce qui a poussé le groupe à remettre 9 millions d’euros de trésorerie pour se donner un peu plus de temps, jusqu’à la mi-mars. « Nous souhaitons à tout prix maintenir l’activité car il y a un marché », estime Fibre Excellence.
En attendant d’avoir des garanties, élus locaux et syndicats demeurent mobilisés. « C’est maintenant au gouvernement de prendre ses responsabilités en rehaussant le prix de rachat de l’électricité produite », réclamait ainsi Carole Delga, présidente de la région Occitanie sur X il y a quelques jours.
Des milliers d’emplois indirects souffriraient d’une fermeture
Du côté de la CGT, on veut toujours y croire, comme le confie le délégué syndical Sébastien Oustric, qui demande désormais au gouvernement « d’aller vite ». « Il semble d’accord pour revoir le prix mais évoque du moyen terme. Or, on n’a pas le temps », rappelle-t-il, alors qu’une manifestation est prévue ce samedi à Saint-Gaudens.
Au moins 2 000 personnes sont attendues. « La population est mobilisée, consciente de l’enjeu que cela représente pour le territoire », juge le syndicaliste. Outre les 270 salariés de Fibre Excellence, il faut en effet aussi compter les 80 salariés de la Société d’exploitation des bois du Sud-Ouest (SEBSO). Près de 5 000 emplois indirects seraient concernés dans le Comminges. Sébastien Oustric espère que si l’État accède aux demandes de Fibre Excellence, le groupe s’engagera à proposer « un produit fini qu’on vendra sur le marché européen pour ne plus souffrir de la parité avec le dollar sur le marché de la pâte à papier ». Un business plan doit être présenté à Matignon la semaine prochaine.





















