C’est la dernière ligne droite avant l’échéance politique tant attendue des Municipales. À Toulouse, 10 listes ont été déposées en préfecture actant la candidature de 10 prétendants au Capitole. Parmi eux, le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, qui entend bien garder son écharpe. À dix jours du premier tour, dans un entretien accordé au Journal Toulousain, il défend son bilan, revendique son indépendance politique, écorche ses adversaires et annonce qu’il s’agira de son dernier mandat s’il est réélu. Interview.
Jean-Luc Moudenc, la campagne électorale entame son dernier virage, quel regard portez-vous sur cette dernière ?Sur le terrain, on est plutôt bien reçus, on a beaucoup d’appréciations favorables sur le bilan de notre action. Pour nous, c’est un encouragement important pour aller plus loin dans notre démarche. Comme je l’explique souvent, notre bilan est un socle, non un motif d’autosatisfaction.Durant cette campagne, nous nous sommes employés à présenter une liste qui est la seule à incarner à la fois l’expérience et le renouvellement. 43% de mes coéquipiers n’étaient pas sur ma liste de 2020. C’est un vrai changement, et c’est important que les Toulousains voient que leur maire, même s’il s’agit d’un maire sortant, est capable d’accueillir de nouveaux talents, de s’ouvrir, de ne pas se recroqueviller, se rabougrir, et ainsi capter les nouvelles attentes dans une ville qui bouge beaucoup, où il y a un très fort renouvellement de population, et où forcément les attentes des Toulousains ne cessent de se renouveler.
« 50% des candidats que je présente n’appartiennent à aucune formation politique »
Ce renouvellement résulte-t-il d’une volonté de votre part ou d’une contrainte avec laquelle vous avez dû composer ?Ce n’est pas une contrainte, c’est une volonté, au contraire. Ce qui était important, c’était d’avoir un projet. Certes, avoir un bilan, c’est un point de départ, mais le plus important, c’est la perspective d’avenir. Elle se bâtit avec l’expérience, qui donne de la crédibilité au projet, mais aussi avec des regards nouveaux, des talents nouveaux, des parcours différents. De plus, plus de 50% des candidats que je présente n’appartiennent à aucune formation politique. C’est une vraie originalité, à la fois à Toulouse, vis-à-vis des autres listes, et en comparaison avec les autres plus grandes villes françaises où, en général, les partis politiques accaparent la quasi-totalité des postes de candidats.
L’indépendance en étendard
Au-delà de l’originalité, est-ce que vous présenter sans étiquette est un atout ?Je suis sans étiquette depuis 2022, soit le moment où j’ai quitté les Républicains. Et je n’ai rejoint aucune autre formation politique parce que je suis, au fond, assez insatisfait de l’offre politique nationale. Je suis plutôt écœuré par la vie politique nationale, pour ne rien vous cacher. Et donc, cela me permet d’être totalement indépendant : mes convictions avant tout ! Comme moi, beaucoup de Toulousains, beaucoup de citoyens, sont sceptiques vis-à-vis des partis politiques. Et justement, les Municipales ont la faculté de rassembler des gens de sensibilité très différente, parce que l’objet de l’élection, c’est le quotidien, l’avenir d’une ville et pas la vie politique nationale. Pour cette dernière, des échéances sont prévues l’année prochaine. Ma conception du rôle du maire ? Il doit être un rassembleur, au service de tous les Toulousains. Pendant tous mes mandats, j’ai travaillé avec tout le monde et pour tout le monde.Quand quelqu’un me demandait quelque chose, quand quelqu’un me donnait une idée, quand quelqu’un émettait une critique, je ne lui ai pas demandé quelle était son étiquette politique ni sa tendance. J’ai toujours travaillé de la même manière. Et ce rôle de rassembleur, il se traduit concrètement dans des réalisations, dans l’action municipale… Ce que j’ai déjà prouvé. Aucun de mes adversaires ne peut s’en prévaloir. C’est ma grande différence avec eux.
« Je suis, au fond, assez insatisfait de l’offre politique nationale »
Votre positionnement vous permet de ne pas être comptable des actions et agissements des politiques nationales, contrairement à vos principaux concurrents dans ces élections municipales. Pensez-vous que cela peut jouer en votre faveur ?C’est une différence importante, parce que c’est la vérité de l’élection. C’est une élection municipale. Et il se trouve qu’elle a lieu un an avant l’élection présidentielle. Et j’ai bien compris que les listes de mes adversaires concevaient l’élection municipale comme une sorte d’étape vers la Présidentielle. Et si tel ou tel d’entre eux gagnait, je suis sûr qu’ils mettraient leur victoire tout de suite au service d’une stratégie présidentielle. Moi, ça ne sera pas le cas ! Si les Toulousains me font confiance à nouveau, nous mettrons le mandat qu’ils nous auront donné au service des Toulousains, et d’un projet pour Toulouse.
Marine Tondelier, Boris Vallaud et Benoît Hamon sont venus à Toulouse pour appuyer la candidature de François Briançon, Jean-Luc Mélenchon celle de François Piquemal, Julien Leonardelli affiche Marine Le Pen et Jordan Bardella sur ses tracts… En vous désolidarisant des partis politiques, vous vous coupez aussi de soutiens nationaux importants. Cela peut-il vous desservir ?C’est une différence, effectivement. Mais, je ne sais pas si c’est une chance. Nous, on est Toulousains, on est une équipe toulousaine, avec un projet toulousain, pour les Toulousains. Sans tête d’affiche, j’ai réussi à réunir, le 24 janvier dernier, pour une galette des rois-meeting, 1 800 personnes, autour des sujets de préoccupation des Toulousains. Si on mélange enjeux nationaux et enjeux locaux, on est à côté de la plaque. Parce qu’à la fin, l’équipe municipale qui sera désignée ne va pas s’occuper de diriger le pays, elle va traiter les affaires de la cité.
Un bilan, des projets
En tant que maire sortant, vous affichez un bilan. Est-ce un atout ou un point faible ?Mon bilan est un atout, d’abord parce qu’il est considérable dans un tas de domaines. En matière de sécurité, d’investissement pour se déplacer, d’aménagement de quartiers, de transition écologique et de verdissement de la ville… Il est beaucoup plus fort que celui de n’importe quelle municipalité auparavant, à Toulouse. C’est ce qui crédibilise notre projet. C’est une différence avec nos adversaires, qui eux, promettent beaucoup, tout en n’ayant rien prouvé. Et je crains que les Toulousains qui les suivent ne soient abusés. Parce que nous vivons des temps difficiles, où les contraintes qui pèsent sur les collectivités locales sont considérables, et où, si on veut être honnête avec nos concitoyens quand on est candidat devant eux, on doit présenter des projets que l’on sait pouvoir réaliser. C’est la raison pour laquelle, dans cette campagne, je ne me balade avec aucune promesse de gratuité, contrairement à mes adversaires. Parce que je sais que les temps budgétaires qui viennent vont être contraints. Je préfère donc proposer des projets.
Justement, nombre de vos adversaires estiment que vous n’avez pas avancé de propositions fortes dans votre programme, qu’il ne s’agit que du prolongement de délibérations déjà votées en conseil municipal…Quand je propose une caméra pour couvrir toutes les rues de Toulouse, j’ai l’impression que c’est une proposition forte, au contraire. Parce que la sécurité est la première préoccupation de mes concitoyens. Quand je propose, après avoir planté 100 000 arbres, d’aller vers 200 000 arbres, c’est une proposition forte. Lorsque je propose de doubler la capacité de la ligne B du métro, parce que je sais que la mise en service de la ligne C, que tous mes adversaires ont combattue et critiquée farouchement pendant des années et des années, va générer un besoin de trafic supplémentaire, c’est une proposition qui n’est pas secondaire. En matière de santé, nous avons encouragé et permis la création de 19 maisons pluriprofessionnelles de santé. Je propose qu’on en double leur nombre pour en mettre dans chaque quartier. Quand on sait l’importance de la santé dans la vie des gens, s’ils considèrent que ce n’est pas une proposition forte, alors ils sont à côté de la plaque.
« Le projet que nous présentons repose sur trois piliers : l’ordre, le progrès et l’identité toulousaine »
Des projets que l’on retrouve donc dans votre programme. Pourriez-vous en donner les grandes lignes ?Le projet que nous présentons repose sur trois piliers : l’ordre, le progrès et l’identité toulousaine. Sans ordre, rien n’est possible. Et ma conviction est que, si mes adversaires arrivaient aux responsabilités, ce serait le désordre. Une majorité municipale éclatée en plusieurs tendances, avec des positions divergentes sur les problèmes de fond, et une perspective de dépense qui mettrait le désordre dans les comptes. Dans le désordre, le progrès n’existe pas. Le “progrès” signifie “aller plus loin”, en faveur des transports en commun, en matière de logement, de sécurité, d’écologie, de transformation durable de la ville. Quant à l’identité toulousaine, j’y suis extrêmement attaché, parce que je pense que, si la ville de Toulouse grandit, rayonne de plus en plus, elle ne doit pas perdre son identité pour autant. Nous avons beaucoup fait pour la mise en valeur, la restauration du patrimoine, parce que c’est notre propriété commune, celle de tous les Toulousains. Je compte continuer dans cette voie, approfondir cette perspective en mettant en valeur, cette fois-ci, le patrimoine dans les quartiers. De la même manière, je considère que la culture et le sport sont deux éléments identitaires forts de Toulouse. Lors d’un grand événement culturel ou sportif, les Toulousains se reconnaissent, se rassemblent dans leur très grande diversité. Et je pense que mon indépendance politique me permet de rester fidèle à cette identité municipale toulousaine que je veux préserver. J’ai l’impression, parfois, que mes adversaires servent des discours idéologiques et qu’au fond, ils présentent un programme aux Toulousains qui pourrait être adaptable à n’importe quelle autre ville française.
Un scrutin serré
En parlant de vos concurrents… Quel est, selon vous, votre principal adversaire dans cette élection municipale ?Mon principal adversaire, c’est François (au pluriel, NDLR), qui a deux visages, celui de la radicalité, de l’extrémisme, de la polémique permanente, du mensonge, de l’exagération et celui de l’ambiguïté, de l’esquive, de la non-réponse, de la mise en place d’une coalition hétéroclite. Est-ce que ces deux visages se réuniront au second tour ? Je commence à penser que oui, parce qu’ils l’ont toujours fait. Ils l’ont fait aux Municipales en 2020, ils l’ont fait aux Législatives en 2022 et en 2024. Et quid alors de sujets comme la LGV ? L’un présente une liste où il n’y a que des opposants à la LGV, l’autre présente une liste où la moitié des membres sont contre. À l’inverse, je propose une équipe municipale unie, sur tout. Notre liste est une garantie d’unité et de stabilité : ça ne sera pas la pagaille à la mairie.
« L’élection n’est pas acquise. Toute voix comptera »
Selon le dernier sondage publié par La Dépêche du Midi en février dernier, vous arriveriez en tête du premier tour avec 33% des voix, mais au second tour, si les listes de François Briançon et François Piquemal s’allient, vous seriez battu. Que pensez-vous de ce scénario ?Je crois que l’élection municipale est très ouverte. Ça fait longtemps que je sais que ça sera très serré, comme c’est toujours le cas à Toulouse. Alors, je dis à tous les Toulousains qui approuvent l’action municipale et qui, il y a quelques semaines encore n’étaient pas vraiment dans l’élection : « Réveillez-vous ! Ça ne va pas se faire comme ça ! » L’élection n’est pas acquise. Toute voix comptera car, si j’en crois ce dernier sondage, la mobilisation serait insuffisante de mon côté. J’appelle donc mes électeurs potentiels à se mobiliser.
Effectivement, vos réserves de voix pour le second tour sont plutôt faibles. Sur lesquelles capitalisez-vous ? Celles du Rassemblement national (RN) ou celles des déçus d’une éventuelle alliance à gauche ?À la vérité, les deux à la fois ! En 2020, au second tour, j’ai reçu des voix de sensibilité extrêmement variées. Les Toulousains en question, qui sont venus sur mon nom, appartenaient à des familles politiques différentes de ma propre orientation – parce que même si je n’ai plus de carte de parti, j’ai gardé mes idées – et se situaient soit plus à droite, soit plus à gauche que moi. Parce qu’ils avaient compris que j’étais le plus rassembleur. Et je crois que les Toulousains peuvent à nouveau se rassembler sur ma candidature d’ici quelques semaines, tout en appartenant eux-mêmes à des sensibilités extrêmement variées.
Les électeurs ont la main
Le RN justement, crédité par ce même sondage de 7% des voix au premier tour… Sont-ils pour vous d’éventuels alliés ou des ennemis identifiés ?Alors d’abord, pour que ce soit clair, je ne suis l’ennemi d’aucun Toulousain. Un Toulousain qui vote RN, un Toulousain qui vote à LFI, je suis à son service, comme à celui de tous les Toulousains. C’est ma ligne de conduite, et je crois que les Toulousains le savent. De plus, j’ai une particularité : le bulletin de vote que je présente au premier tour sera identique à celui du second tour. Je vais même être plus précis : commande des bulletins est déjà passée à l’imprimeur, pour les deux tours. Car, je crois que je peux me qualifier au second tour. Je suis clair, contrairement à d’autres dont on ne sait pas s’ils vont s’allier, s’ils vont donc changer le bulletin, s’ils vont éjecter au second tour des candidats dont ils disent pourtant le plus grand bien au premier tour. Moi, je ne suis pas dans ces combines. Je serai dans l’honnêteté, jusqu’au bout ! Je considère que les alliances municipales se font dans les urnes. Ce sont les électeurs qui les choisissent eux-mêmes.
« Une tentative de sape de mon image »
A votre « honnêteté », vos adversaires opposent les différentes affaires judiciaires qui ont émaillé votre mandat : les accusations de viols à l’encontre de l’ancien élu aux Festivités, Frédéric Brasilès, la condamnation en première instance puis en appel pour dénonciation calomnieuse de l’ancienne adjointe aux Sports, Laurence Arribagé, ou encore la plainte d’Anticor à votre encontre pour détournement de fonds publics. Pèseront-elles dans la balance ?Je suis d’une très grande sérénité à cet égard, parce que j’ai toujours respecté les lois et les règlements de la République. Ce que je peux vous dire, c’est que les Toulousains que je rencontre ne me parlent jamais de tout ça. Et ceux qui m’en parlent, ont bien compris qu’il ne s’agissait que d’une tentative de sape de mon image. Si on veut contester les conditions du scrutin de 2020, il valait mieux déposer des recours juste après l’élection, plutôt que, comme par hasard, quelques mois avant le début de la campagne municipale de 2026, soit six ans plus tard…. Tout ça est assez gros, et je pense qu’il n’y a pas grand monde qui est dupe. Les Toulousains me connaissent depuis longtemps. En revanche, je suis très lucide sur les instigateurs de ces attaques, et ce pour quoi elles arrivent maintenant. Et en même temps, je suis très serein et très confiant dans le jugement des Toulousains. C’est le seul qui m’importe !
Dernier tour
Ils vous ont déjà accordé leur confiance deux fois. Vous briguez un troisième mandat dans quelques jours. Ce sera le dernier ?Oui, effectivement, je n’ai pas l’intention d’être candidat à la prochaine élection municipale qui est prévue pour 2032, voire même 2033. Je préfère le dire, par honnêteté et par transparence, si je suis réélu maire de Toulouse, ce sera mon dernier mandat. C’est un choix de vie, en accord avec mon épouse. De grandes figures que je respecte et que j’ai bien connues, qui sont Pierre Izard et Martin Malvy, sont restés jusqu’à 80 ans. Ce sont des personnes extrêmement respectables et qui ont apporté beaucoup, mais ce n’est pas mon modèle. Ce sera donc un mandat au cours duquel il me faudra penser à la suite. Et si je ne peux vous en dire plus pour l’instant, je peux vous affirmer qu’il y aura un saut générationnel.























