Pour le 90e anniversaire de la guerre d’Espagne, l’historien toulousain François Godicheau propose un nouvel éclairage dans son livre « La guerre d’Espagne, la démocratie assassinée « . Il présente son livre en avant-première sur ICI Occitanie.
L’événement a profondément marqué notre région. En 1936, débutait la guerre d’Espagne, avec un coup d’Etat des militaires autour du général Franco. Le conflit a provoqué des milliers de morts, et l’exil des Républicains espagnols, qui sont arrivés en Occitanie par centaines de milliers après avoir passé la frontière.
90 ans après, un nouvel ouvrage sur le sujet paraît aux éditions Taillandier : « La guerre d’Espagne 1936-1939, la démocratie assassinée ». Un livre co-écrit par trois spécialistes du sujet : Mercedes Yusta, Pierre Salmon et François Godicheau. Ce dernier, historien toulousain, était l’invité d’ICI Occitanie ce vendredi.
ICI Occitanie : Quel nouvel éclairage apportez-vous ?
François Godicheau : Il consiste à remettre ces trois ans de guerre dans leur contexte chronologique, puisqu’ils ont eu tendance à être isolés par la mémoire, et puis aussi par les politiques de mémoire impulsées par le Franquisme, qui a duré 40 ans, et qui a beaucoup marqué la façon de voir ces événements.
Les remettre dans leur contexte chronologique, c’est comprendre que le coup d’État de 1936, perpétré par des généraux à l’extrême-droite et qui, parce qu’il échoue, donne lieu à la guerre civile, ce coup d’État est en fait le moment de paroxysme, d’une montée en puissance, d’une fascisation de l’espace public républicain.
C’est-à-dire qu’il y a une petite musique fasciste qui était là depuis quelques temps ?
Plus qu’une petite musique. A partir de la proclamation de la Seconde République espagnole, le 14 avril 1931, il y a immédiatement des réactions monarchistes et puis à l’extrême-droite, philo-fascistes, etc. Des réactions qui ont commencé à converger et à travailler la société et l’espace public espagnols jusqu’à provoquer ce coup d’État, et donc la guerre..
La seconde nouveauté de ce livre, c’est qu’on s’intéresse beaucoup plus qu’auparavant au camp franquiste. Le camp républicain, le camp des antifascistes, c’est celui auquel on s’est intéressé le plus ici en Occitanie, parce qu’il y a des milliers de réfugiés qui sont arrivés chez nous.
Les exilés et leurs descendants ont passé beaucoup de temps à essayer de savoir pourquoi ils avaient perdu, à qui la faute, etc. Alors qu’en réalité, on peut envisager que le véritable protagoniste de cette histoire, c’est ce camp qui anime cette fascisation, et qui ensuite prolonge la guerre pendant des années. Car la guerre ne se termine pas en 1939, il y a une quinzaine d’années de conflit.
Vous parliez de petite musique, est-ce que cette petite musique n’est pas en train de revenir, en Espagne certains commencent à dire : « finalement, Franco, c’était pas si mal » ?
En réalité, en Espagne, les politiques de mémoire du franquisme n’ont jamais disparu, elles ont toujours été très fortement ancrées et aujourd’hui, effectivement, elles sont récupérées par une droite devenue extrême et qui utilise finalement ce passé ou ces ressources de propagande pour ses combats d’aujourd’hui. Mais c’est la version espagnole d’un phénomène qui touche énormément de pays occidentaux aujourd’hui.
Est-ce que dans 20 ans, dans 30 ans, on aura encore un autre regard sur cette guerre d’Espagne ?
C’est tout à fait possible. Nous, pour écrire ce livre, on s’est appuyé sur les 20 dernières années de recherche qui ont produit énormément de nouveautés, énormément de richesses, et les recherches continuent, tout n’a pas été dit, loin de là.
Aujourd’hui, on forme des jeunes à travailler sur cet événement, à explorer des questionnements qu’on n’avait pas ouverts jusqu’à présent, et il est tout à fait raisonnable de penser que dans 20 ans, on aura une vision encore différente.
Ca veut dire qu’il y a encore des choses à découvrir ? Il reste aussi des archives non-exploitées dans les familles ?
Oui, il y a des fonds documentaires, on en a numérisé un certain nombre depuis l’université Jean-Jaurès, parce qu’il y a toujours un risque qu’ils se perdent, que des héritiers ne comprennent pas la valeur de ces papiers et puis les balancent.
Si vous avez des archives, vous pouvez m’écrire à l’université, mon mail est francois.godicheau@univ-tlse2.fr, et avec mon laboratoire de recherche on tâchera de numériser et de valoriser ces documents.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555























