Des députés La France insoumise d’Occitanie ont adressé le 11 mars un courrier à leurs collègues parlementaires pour proposer la création d’une commission d’enquête parlementaire sur ce qu’ils qualifient de « système Baylet », évoqué dans un documentaire du média d’investigation Off Investigation.
Figure influente du Sud-Ouest, Jean-Michel Baylet est à la fois patron de presse et responsable politique. Né à Toulouse en 1946, il est président-directeur général du groupe de presse régional La Dépêche du Midi. Ancien ministre à plusieurs reprises entre 1984 et 1993, puis dans le gouvernement de Manuel Valls entre 2016 et 2017, la personnalité a également été sénateur de Tarn-et-Garonne et maire de Valence-d’Agen. Le groupe La Dépêche du Midi, qu’il dirige, a été fondé en 1870 et constitue aujourd’hui l’un des principaux titres de presse régionale du Sud de la France, exerçant une influence importante dans la vie politique et médiatique du territoire.
C’est précisément cette position à la croisée des sphères politique, économique et médiatique que plusieurs députés La France insoumise d’Occitanie évoquent dans un courrier adressé à leurs collègues parlementaires. La démarche est portée notamment par Hadrien Clouet et François Piquemal. Les élus proposent ainsi à l’ensemble des parlementaires d’Occitanie de déposer collectivement une commission d’enquête à l’Assemblée nationale.
« La pédocriminalité est un sujet majeur en France »
Dans leur lettre, les parlementaires expliquent leur initiative en s’appuyant notamment sur les éléments évoqués dans un documentaire du média Off Investigation. Selon eux, ces révélations doivent conduire à un examen parlementaire. Ils écrivent ainsi : « La pédocriminalité est un sujet majeur en France. Chaque année, des milliers d’enfants sont victimes de cette violence suprême. »
Les signataires évoquent également les travaux parlementaires déjà engagés sur ces questions. Ils mentionnent notamment « la Commission d’enquête parlementaire sur les crimes à Betharram », tout en soulignant que ses conclusions ne seront pas examinées en séance publique. Les députés rappellent aussi que la demande d’une commission d’enquête sur « les appuis français d’Epstein » a été refusée.
Selon eux, les commissions d’enquête parlementaires peuvent permettre de mieux comprendre les défaillances institutionnelles. Dans leur courrier, ils écrivent ainsi que « de telles commissions révèlent les défaillances des enquêtes, du traitement judiciaire ou de l’accompagnement des victimes, afin de nous aider à modifier la loi ».
Un « système de pouvoir » évoqué dans la lettre
Dans leur courrier adressé aux parlementaires d’Occitanie, les députés évoquent la place occupée par Jean-Michel Baylet dans la région. Ils écrivent que « l’Occitanie a une responsabilité lourde à cet égard, puisqu’elle abrite un système de pouvoir autour de Jean-Michel Baylet, propriétaire du groupe La Dépêche du Midi, à la tête d’une immense fortune personnelle, cumulant 150 ans de mandats politiques, accusé par des reportages journalistiques de violences et complicité de violences pédocriminelles ».
Les signataires ajoutent également : « Seul le cumul du pouvoir politique, financier et médiatique semble avoir réduit au silence les témoignages et obstrué les investigations si longtemps. » Ces affirmations sont présentées comme des éléments qui justifieraient, d’après leur position, l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire.
Une commission d’enquête proposée aux parlementaires
Dans le texte, les députés appellent leurs collègues à engager une démarche commune afin d’examiner ces éléments. Ils écrivent ainsi : « Aussi nous vous proposons de contribuer à la prise de parole des victimes, partout dans le pays, en déposant collectivement une demande de commission d’enquête sur le système Baylet. »
Les élus affirment vouloir dépasser les clivages politiques pour traiter cette question. Ils écrivent : « Quel que soit notre bord politique, nous avons un même devoir de défense des enfants. » Ils indiquent également être « ouverts à toute discussion sur son cadre et son périmètre » concernant cette éventuelle commission d’enquête.
Pour être créée, une commission d’enquête doit faire l’objet d’une proposition de résolution à l’Assemblée nationale puis être adoptée par les députés. Si elle était mise en place, la commission disposerait de pouvoirs d’investigation importants, notamment la possibilité d’auditionner sous serment des responsables politiques, magistrats, journalistes ou témoins et de consulter des documents administratifs. Les députés espèrent désormais obtenir le soutien d’autres parlementaires afin de déposer officiellement cette demande lors de la reprise des travaux parlementaires.

















