Au lendemain de l’assassinat d’un homme de 22 ans sur la place Micoulaud, aux Izards, le quartier a repris son cours. En apparence seulement.
Devant la Maison de la justice et du droit, une large tache rouge marque encore le bitume. C’est là, au pied du bâtiment, qu’un homme de 22 ans a été abattu samedi soir, peu avant 23 heures, en plein cœur des Izards. Quelques heures plus tard, la place Micoulaud a déjà repris son visage habituel. Des habitants passent sans s’arrêter, d’autres descendent au tabac ou à la boulangerie. Rien, ou presque, ne trahit la scène qui s’est jouée là.
Au tabac du coin, on en parle à voix basse. « Comme beaucoup, on a vu l’article de La Dépêche. Mais les gens n’en parlent pas particulièrement », glisse un employé derrière son comptoir. « C’est fou, parce que c’est quand même assez calme ici en ce moment. »
C’est ce mot qui revient le plus souvent, ce dimanche matin : calme. Un calme presque déroutant, au regard de ce qui s’est joué quelques heures plus tôt, en plein cœur du quartier. Beaucoup de riverains disent d’ailleurs avoir découvert les faits en se réveillant. Comme si, aux Izards, un homme pouvait tomber sous les balles au pied des immeubles sans vraiment troubler le lendemain.

« On sait que tout peut survenir »
À la boulangerie, juste en face du lieu du drame, on a appris la nouvelle par les clients. « Ils m’ont dit de faire attention, que quand les mecs tirent, on peut tous prendre une balle », souffle une vendeuse. Elle parle d’un quartier « qui craint », et dit se souvenir d’un homme « à qui on a tranché la gorge juste devant » elle.
Sur la place, une riveraine s’emporte : « Les dealers ? Ils sont là, tout le temps ! » Puis nuance, presque aussitôt : « Mais le quartier reste assez calme. » La contradiction dit beaucoup du lieu. Ici, la violence n’est pas permanente. Elle est latente.
« On ne se sent pas en insécurité », assure une mère de famille. « Mais on sait que tout peut survenir à tout moment, que ça peut recommencer. » Elle interdit à ses enfants de venir seuls sur la place.
Lucie, installée ici depuis un an, résume ce mélange de résignation et de lucidité : « Quand il se passe un drame ici, on devine très vite que c’est lié au stup. »
« Il y en aura d’autres, c’est certain »
Aux Izards, le trafic n’occupe plus tout l’espace comme avant. Les gros points de deal ont perdu de leur superbe, les réseaux se sont déplacés, les figures historiques sont tombées. Mais le soupçon, lui, est resté.
« Ce drame ne me surprend pas. Il y en aura d’autres, c’est certain », lâche une habitante sans détour.
Un homme, né ici, regrette un quartier qu’il dit méconnaissable. « Avant, les gens se respectaient. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi. »

















