Annoncé pour novembre 2026, le concert de Patrick Bruel au Zénith de Toulouse suscite des réactions dans le milieu féministe toulousain et national. Dans un contexte marqué par dix-neuf accusations de violences sexistes et sexuelles et deux enquêtes judiciaires en cours, plusieurs associations réclament l’annulation de la tournée. D’autres, plus nuancées, invoquent la présomption d’innocence.
Alors que la tournée « Alors regarde 35 » de Patrick Bruel doit passer par le Zénith de Toulouse le 4 novembre 2026, l’association féministe toulousaine La Petite se positionne clairement.
« Protéger les équipes »
Sa directrice Anne-Lise Vinciguerra pointe d’abord une inégalité de traitement : « Le fait de visibiliser le mis en cause et de lui donner une tribune due à sa notoriété que n’ont pas les victimes va créer une inégalité entre les victimes et le mis en cause. » Elle rappelle également les obligations légales des organisateurs : « Les employeurs et les co-employeurs ont une responsabilité de santé et de sécurité dans le cadre du droit du travail qui demande à protéger les équipes. »

Pour elle, déprogrammer, c’est aussi « laisser la justice faire son travail de manière sereine et équilibrée ». Selon Anne-Lise Vinciguerra, ce temps judiciaire constitue le « respect de la présomption d’innocence ». Elle interpelle directement l’industrie : « Les salles, les productions ont une responsabilité sociétale. Elles peuvent faire le choix de participer à une transformation sociale, ou faire fi de cette problématique et privilégier leurs intérêts immédiats. » Elle ajoute : « En tant que structure engagée sur les VHSS (les violences et le harcèlement sexistes et sexuels dans la culture), nous trouverions préférable qu’une prise de responsabilité éthique collective des pros de l’industrie musicale conduise à ne pas programmer un artiste accusé par 19 femmes et sous le coup de trois procédures judiciaires en cours. » En revanche, en tant que structure culturelle, l’association La Petite pense qu’il n’est pas « souhaitable que les maires interviennent dans les programmations. » Une demande d’annulation, en somme, mesurée.
À l’échelle nationale, l’Association des familles de victimes de féminicides (AFVF), dont la délégation régionale se positionnerait de la même façon que le niveau national selon son président Noël Agossa, demande elle aussi l’annulation du concert à Toulouse et de toute la tournée. Agossa a, par ailleurs, affirmé avoir signé la pétition du collectif Salon Féministe.
Une pétition lancée pour annuler la tournée de Patrick Bruel
Cette pétition, annoncée par nos confrères de RTL le mardi 21 avril, a été mise en ligne le mercredi 22 avril et a recueilli plus de 8 000 signatures. Parmi les signataires figurent des personnalités comme Corinne Masiero ou Anna Mouglalis, ainsi que des dizaines d’associations, dont Nous Toutes.
Marie-Julie, issue du pôle médias de l’association à échelle nationale, qui s’est exprimée au nom du mouvement, refuse de « différencier l’artiste de l’homme ». Elle affirme : « Quand un artiste a un comportement problématique, on ne le soutient plus par l’argent. L’argent, c’est politique. » L’association MeToo Média, signataire de la pétition d’annulation, pointe quant à elle la responsabilité des organisateurs au titre du droit du travail : « Ce n’est pas une question de cancel culture, c’est une question de protection des victimes. »
Un collectif toulousain appelle à la prudence
Un collectif féministe toulousain qui souhaite rester anonyme adopte une position plus mesurée. S’il comprend la demande d’annulation parce que le maintien serait un « bras d’honneur aux victimes », il ne la partage pas, estimant que « la présomption d’innocence est fondamentale ». Il plaide plutôt pour la mise en place d’une cellule d’écoute et de prévention lors des concerts, et prévient qu’une annulation pourrait « porter préjudice » à d’autres personnes liées à la tournée.

















