Des dizaines de policiers ont débarqué dans plusieurs bars de la rue Péri le soir du 12 mars, vécue comme des perquisitions par les gérants et employés. Il s’agissait en réalité d’une grosse action menée par la police nationale.
Le Péry, le Fût et à Mesure, le Café Oz… La soirée du 12 mars 2026 a été particulièrement éprouvante pour plusieurs gérants et équipes de bars situés rue Péri, à Toulouse. Des dizaines de policiers ont simultanément investi plusieurs établissements dans ce qui a été perçu par les commerçants comme de véritables « perquisitions ». Les forces de l’ordre ont fouillé les bars de fond en comble et contrôlé les affichages obligatoires liés à l’arrêté du 17 octobre 2016 concernant la répression de l’ivresse publique, la protection des mineurs et l’interdiction de fumer. Une opération de grande ampleur était en réalité en cours.
« 25 policiers dans 30 m² »
Il était un peu plus de 23 heures lorsque la tension est montée d’un cran au bar Le Péry. « Une trentaine de policiers se sont garés devant le bar et sont entrés avec des chiens. Ils se sont mis à fouiller tout l’établissement, ce qui a effrayé les clients. Certains sont même partis sans payer », raconte Thomas, gérant du Péry.
Même constat chez François, gérant du Fût et à Mesure : « Ils sont tous entrés dans les 30 m² du bar et, pendant une heure, ils ont tout fouillé. Ils sont allés dans le stock, ont tout retourné. Mes employés ont dû arrêter de servir les clients pendant tout ce temps. Ils l’ont très mal vécu parce qu’ils se sont sentis agressés. »
Soupçons de trafic de drogue
Pour Thomas, les contrôles liés aux affichages obligatoires ne justifient pas un tel déploiement. « Il faut savoir que nous avons des formations obligatoires, organisées notamment par les syndicats professionnels. On y apprend précisément les règles concernant l’affichage obligatoire. Mais le policier, lui, se croit plus fort que tout le monde et vient nous expliquer comment faire alors qu’il n’est même pas formé à ça », s’agace-t-il.
Les gérants avancent d’autres hypothèses sur les véritables motivations de l’opération. « Peut-être pensent-ils que nos bars servent de repères à des dealers à cause de ce qui se passe dans les rues alentour », glisse François.
Des commerçants révoltés
Ce type d’intervention n’est pas inédit pour les commerçants du quartier. « En 2018, on avait déjà subi la même chose, alors que la terrasse était pleine. Qu’ils interviennent parce qu’ils soupçonnent de la drogue ou des pratiques illégales, ça peut s’entendre. Mais là, ça devient absurde. L’an dernier, j’ai encore eu un contrôle de l’Urssaf. Au final, ils m’ont même fait un chèque de 4 000 euros. Il faut arrêter ces bêtises », estime Thomas.
Quelques semaines après les faits, plusieurs gérants ont reçu des courriers strictement identiques de la préfecture, sous la forme d’avertissements administratifs.
« C’est lunaire. Quand nos employés se font menacer de mort ou agresser verbalement et qu’on appelle, personne ne vient. On nous renvoie d’Allô Toulouse à la police nationale sans solution. En 13 et 15 ans de présence ici, on n’a jamais vu la police municipale venir simplement demander si tout va bien, alors qu’on les sollicite chaque semaine », déplorent-ils. Ironie de la situation : au lendemain de notre reportage, des agents de l’ASVP et des policiers sont passés dans plusieurs établissements pour s’assurer que tout allait bien.
Une vaste opération de police
Cette soirée, jugée « traumatisante » par plusieurs commerçants, s’inscrivait en réalité dans une opération d’envergure préparée de longue date par les forces de l’ordre, qui la qualifiaient elles-mêmes de « peu fréquente par son ampleur ».
Entre 23 heures et 1 heure du matin, près d’une centaine de policiers ont investi le quartier Saint-Aubin et ses alentours. L’objectif affiché par la Direction interdépartementale de la police nationale était de renforcer la présence des forces de l’ordre autour des bars.
1/2 #Toulouse Hier soir, vaste opération de voie publique menée par la @PoliceNationale en centre-ville, secteur Saint-Aubin. Plusieurs débits de boissons ont été contrôlés ainsi que leurs clients et les personnes aux abords des établissements. Les chiffres en commentaire\ud83d\udc47 pic.twitter.com/dyNqrpgFR6
— Police Nationale 31 (@PoliceNat31) March 13, 2026
« Nous voulions vérifier que la réglementation était bien respectée, notamment l’interdiction de servir de l’alcool à des mineurs », indique une source policière. « La rue Gabriel-Péri et plusieurs rues adjacentes ont été bouclées pendant près de deux heures. 273 personnes et 21 véhicules ont été contrôlés, donnant lieu à dix interpellations », selon la police nationale.
















