Le week-end du 8-Mai a ravivé les tensions autour de l’occupation de l’espace public à Mende, en Lozère. Entre collages féministes en hommage à des résistantes et campagne d’affichage menée par le groupuscule identitaire Jeunesse mendoise, la municipalité a décidé de réagir fermement.
Depuis plusieurs mois, les murs, panneaux et équipements urbains de Mende voient apparaître des affiches et autocollants militants aux messages radicalement opposés. Mais ces derniers jours, la situation a pris une nouvelle ampleur, poussant la Ville à annoncer le dépôt d’une plainte.
Tout a commencé dans la nuit du 7 au 8 mai. Des militantes féministes du collectif des Colleuses ont réalisé plusieurs affichages dans la ville à l’occasion des commémorations de l’Armistice. Leur objectif : rendre hommage à des femmes résistantes liées à l’histoire de la Lozère, notamment à travers le camp d’internement de Rieucros, situé près de Mende. Les affiches mentionnaient plusieurs figures féminines engagées contre le nazisme, certaines étrangères ayant participé aux réseaux de résistance durant la Seconde Guerre mondiale.
Une campagne menée par Jeunesse mendoise
Le lendemain, un tout autre type de messages est apparu dans les rues mendoises. Le collectif identitaire Jeunesse mendoise a mené une campagne de stickers pour promouvoir le Comité du 9-Mai, rassemblement parisien historiquement associé à différentes mouvances nationalistes et d’ultra-droite.
L’organisation est déjà connue localement pour plusieurs actions militantes menées ces derniers mois dans le département. En septembre dernier, des inscriptions anti-immigration avaient notamment été découvertes à Mende. D’autres affichages avaient également visé des lieux associatifs de Lozère. Le groupe utilise régulièrement des slogans identitaires et anti-immigration, ainsi qu’un visuel inspiré de Saint Privat, figure chrétienne liée à l’histoire locale, ce qui avait déjà conduit le diocèse à prendre ses distances publiquement.
La mairie dénonce des « messages à caractère haineux »
Face à cette multiplication de collages et de stickers, la municipalité a publié un communiqué dénonçant des dégradations répétées de l’espace public. La Ville de Mende « condamne avec la plus grande fermeté les dégradations récemment constatées sur l’espace public, notamment la multiplication de stickers apposés sur le mobilier urbain ainsi que la présence de messages à caractère haineux ».
Dans ce même communiqué, la municipalité estime que « ces agissements, revendiqués par certains groupuscules dont Jeunesse Mendoise, portent atteinte à la qualité de vie des Mendois, à l’image de la ville, ainsi qu’au respect dû aux biens publics ». La mairie rappelle également que « l’espace public constitue un bien commun précieux. Il doit être respecté par tous et ne saurait faire l’objet de dégradations ou d’appropriations illégitimes à des fins militantes ou idéologiques ».
Une plainte déposée
Face à la répétition des opérations d’affichage sauvage, la collectivité a annoncé vouloir saisir la justice afin d’identifier les auteurs. La Ville indique ainsi avoir décidé de déposer plainte « afin que les auteurs soient identifiés et sanctionnés à la hauteur des actes commis ». L’élu délégué à la propreté, Christophe Lacas, pointe également les conséquences concrètes pour les services municipaux. Les agents doivent régulièrement intervenir pour retirer autocollants et affiches collés sur le mobilier urbain, les panneaux ou certains équipements publics.
« Aucune tolérance ne sera accordée face à ces comportements. Au-delà des dégradations, il s’agit d’un manque de respect inacceptable envers nos agents municipaux, qui doivent mobiliser leur temps pour retirer ces stickers au détriment de leurs missions quotidiennes au service des habitants », ajoute-t-il.
Une tension militante qui s’installe
Cette nouvelle séquence illustre un climat militant de plus en plus visible dans cette ville de Lozère. D’un côté, des collectifs féministes investissent l’espace public pour porter des messages mémoriels ou sociétaux. De l’autre, des groupes identitaires multiplient les opérations de communication et les slogans politiques.
Si les messages et les objectifs diffèrent profondément, la municipalité insiste sur un même principe : l’espace public ne peut devenir un terrain d’affrontement permanent entre groupes militants. La maire de Mende, Patricia Saint-Léger, a d’ailleurs prévenu : « On ne tolère plus ce genre de tags et de slogans à Mende. Nous prendrons des mesures à chaque fois. »















