Le 5 mai dernier, un avion aux couleurs de la République du Sénégal s’est posé directement sur le tarmac de l’aéroport d’Auch, dans le Gers, après un vol sans escale depuis Dakar. Une image qui aurait encore été impossible il y a quelques semaines. Derrière ce premier atterrissage international, il y a un changement de statut majeur, discret mais lourd de conséquences pour le département.
Le Gers obtient son point de passage frontalier
L’aéroport d’Auch a officiellement décroché le statut de point de passage frontalier (PPF), une qualification accordée par l’Aviation civile qui lui ouvre concrètement les portes du trafic international. Ce que cela change en pratique ? Les pilotes d’appareils en provenance de l’étranger n’ont plus l’obligation de faire une escale à Toulouse-Blagnac ou à Tarbes pour accomplir les formalités douanières et le contrôle des documents à l’entrée sur le territoire français. Une contrainte administrative qui, jusqu’ici, décourageait nombre de clients étrangers de venir directement sur la plateforme auscitaine.
“Il fallait faire un atterrissage sur un aéroport international pour faire tout ce qui est formalités de dédouanement, de contrôle de papiers. Désormais, cela nous évite ce côté fastidieux où les clients ne viendraient pas, en fait”, explique Sébastien Kubler, directeur général de JCB Aéro, l’entreprise de maintenance aéronautique implantée sur la plateforme.
JCB Aéro, premier bénéficiaire d’une ouverture attendue
L’Airbus A319 sénégalais n’avait pas embarqué de passagers ni de fret : il venait directement rejoindre les ateliers de JCB Aéro pour des opérations de maintenance. Cette société gersoise, qui emploie 200 salariés, travaille pour des clients de premier plan comme Airbus, Dassault ou Safran, mais aussi pour des propriétaires d’appareils privés venus d’États européens et, désormais, du monde entier.
Les activités proposées combinent vérifications mécaniques conformes aux normes constructeurs et aménagements cabine réalisés dans les ateliers. Des prestations à forte valeur ajoutée, qui nécessitent des immobilisations d’avions sur plusieurs semaines. “Aujourd’hui on a à peu près tous nos slots de maintenance qui sont occupés jusqu’au mois de juin. On parle de trois avions en parallèle et des semaines d’activité“, précise Sébastien Kubler. Une cadence qui devrait encore s’accélérer avec l’afflux attendu de nouveaux clients internationaux, et des recrutements supplémentaires annoncés avant la fin de l’année.
Des chiffres qui confirment une montée en puissance
Ce nouveau statut ne tombe pas du ciel. Entre 2024 et 2025, le nombre de mouvements d’avions non commerciaux a bondi de plus de 40 % sur l’aéroport d’Auch. Une progression qui traduit déjà un repositionnement de la plateforme, bien au-delà du simple aérodrome de province. L’Aviation civile a par ailleurs autorisé l’accueil d’appareils de type Airbus, Boeing et de gros avions militaires, ce qui élargit encore le spectre des opérations possibles sur le site.
La connexion avec la métropole toulousaine, pôle aéronautique mondial, jouera également un rôle central dans le développement à venir. “Toulouse va encore se rapprocher avec une 2×2 voies d’ici un an”, souligne Rémi Branet, président de la CCI du Gers et du syndicat mixte qui gère l’aéroport. Un désenclavement routier qui viendra renforcer l’attractivité du Gers auprès des acteurs de la filière.
Un hôtel d’entreprises pour ancrer l’aviation verte dans le Gers
La dynamique dépasse largement la seule question du statut frontalier. Le projet le plus structurant à court terme est la construction d’un hôtel d’entreprises bord de piste, conçu pour accueillir des sociétés spécialisées dans l’aviation verte. Une réflexion menée en lien étroit avec Aerospace Valley, le pôle de compétitivité aéronautique toulousain, qui voit dans la plateforme gersoise un site complémentaire idéal.
“Le projet majeur à court terme de l’aéroport est la construction d’un hôtel d’entreprises pour développer une activité industrielle bord de piste ici, orientée plutôt vers l’aviation verte”, confirme Rémi Branet. Pour le syndicat mixte qui associe Grand Auch Cœur de Gascogne, le Conseil départemental du Gers et la Chambre de commerce et d’industrie, l’enjeu est de transformer un atout technique en véritable levier économique pour le département.
Avec sa piste de 1 900 mètres, son balisage nocturne parmi les plus récents de la région, et désormais son ouverture au trafic international, l’aéroport d’Auch ambitionne clairement de s’inscrire dans la carte aéronautique du grand Sud-Ouest. Loin dans l’ombre de Toulouse-Blagnac, certes, mais avec une identité propre et des ambitions qui ne demandent qu’à décoller.

















