Alors que dans un rapport publié récemment, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) alerte sur une hausse préoccupante de l’exposition des Français au cadmium, la chercheuse Camille Dumat, professeure à Toulouse INP-Agro et experte du groupe de travail de l’agence sanitaire, décrypte les mécanismes de contamination, les risques pour la santé et les enjeux agricoles derrière ce métal lourd omniprésent dans l’alimentation.
Le rapport de l’Anses alerte sur l’imprégnation des Français au cadmium. Pourquoi ce sujet devient-il aujourd’hui une priorité sanitaire ?
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols, mais dont les concentrations ont été renforcées par certaines activités humaines, notamment l’utilisation d’engrais phosphatés dans le cadre de l’agriculture conventionnelle.

En Occitanie, ces engrais sont largement utilisés en grandes cultures. Or, en France, une partie des roches phosphatées importées, notamment du Maroc, est particulièrement riche en cadmium, substance classée cancérogène, avec aussi des effets ostéoporotiques et rénaux, possiblement jusqu’à trente ans après l’exposition.
Comment le cadmium se retrouve-t-il ensuite dans notre quotidien ?
Le cadmium passe des sols aux plantes, puis à l’alimentation. On le retrouve dans des aliments du quotidien comme les céréales, le pain ou les pommes de terre. Certaines denrées concentrent davantage ce contaminant, comme le chocolat, les algues ou les bulots. C’est cette exposition au cadmium de la population française par l’alimentation qui a conduit l’Anses à s’autosaisir du sujet.
Que montrent aujourd’hui les travaux de l’Anses ?
La France a la chance de disposer de grandes enquêtes sur la qualité des denrées alimentaires et sur l’imprégnation de la population, qui permettent de connaître la situation et de pouvoir réagir si besoin.
Nous nous sommes appuyés sur ces données robustes pour établir un état des lieux précis des différentes sources d’exposition. Les dernières études montrent une augmentation de l’imprégnation de la population française, probablement liée aux engrais phosphatés. Selon l’Anses, près d’un adulte sur deux présente aujourd’hui un niveau d’exposition jugé préoccupant.
Faut-il s’inquiéter particulièrement en Occitanie ?
Il faut rester mesuré. On ne peut pas dire qu’il existe un risque spécifique à l’Occitanie. En revanche, le cadmium peut entrer dans la chaîne alimentaire via certains végétaux, ce qui explique la mobilisation des autorités sanitaires. L’Occitanie conserve malgré tout des sols globalement de meilleure qualité que dans d’autres régions françaises très industrialisées.
Le tabac apparaît aussi comme un facteur aggravant ?
Oui, très clairement. Pour les fumeurs, l’option d’action la plus efficace pour limiter l’exposition au cadmium reste la suppression du tabac, avec un accompagnement adapté. La plante de tabac accumule facilement le cadmium présent dans les sols.
Les agriculteurs sont-ils conscients de cette problématique ?
Oui, de plus en plus. Pendant longtemps, la question du cadmium n’était pas abordée, comme d’ailleurs le risque lié à de nombreuses substances chimiques toxiques. Depuis une vingtaine d’années, la réglementation européenne santé-environnement s’est fortement renforcée pour réduire l’exposition humaine aux polluants.
Aujourd’hui, il y a une vraie réflexion sur la qualité des intrants agricoles, les alternatives et les pratiques agroécologiques telles que les engrais verts. Certaines exploitations développent aussi l’usage de matières organiques ou de couverts végétaux afin de limiter le recours aux engrais phosphatés importés.
Faut-il craindre une crise sanitaire majeure ?
Il faut prendre le sujet au sérieux sans tomber dans l’alarmisme. Une bonne hygiène de vie permet déjà de limiter certaines expositions. Aujourd’hui, il faut aussi garder une vision globale de la santé publique : d’autres enjeux, comme l’obésité infantile ou la surexposition aux écrans, ont également des conséquences sanitaires majeures chez les enfants.
Mais le cadmium reste un contaminant silencieux qu’il faut surveiller sur le long terme, avec vigilance et en mettant en œuvre les leviers d’action complémentaires décrits précédemment.













