Le gouvernement a annoncé mercredi 3 juin la dissolution de Patria Albiges, un groupuscule identitaire implanté à Albi. Cette décision intervient quelques semaines après la condamnation de plusieurs militants proches du mouvement pour une expédition punitive menée dans le centre-ville albigeois.
C’est une décision rare qui vise l’un des groupes les plus controversés du Tarn. Réuni en Conseil des ministres ce mercredi 3 juin, le gouvernement a annoncé la dissolution de Patria Albiges, un mouvement identitaire d’extrême droite implanté à Albi. La mesure intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre militants d’extrême droite et antifascistes dans la préfecture tarnaise, mais aussi quelques semaines après plusieurs condamnations prononcées par la justice. L’annonce a été faite à l’issue du Conseil des ministres.
Une dissolution annoncée par le gouvernement
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a indiqué que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait proposé au président de la République « la dissolution de deux groupements », l’un relevant de l’ultradroite, Patria Albiges, et l’autre de l’ultragauche, Front de Rue. La préfecture du Tarn a ensuite confirmé la décision.
Selon les autorités, la dissolution est fondée sur les activités du groupement qui « provoquent ou contribuent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes » et qui peuvent également conduire à « des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens ». Cette mesure est prise dans le cadre de l’article L.212-1 du Code de la sécurité intérieure.
Un groupe très présent à Albi
Patria Albiges se présente comme un mouvement de jeunesse identitaire albigeois. Sur ses réseaux sociaux, le collectif affirme vouloir être un « acteur politique » sur des sujets comme « l’immigration », « l’insécurité », « le wokisme » ou encore « l’islamisme ».
Depuis plusieurs années, ses actions et prises de position alimentent de vives polémiques dans le Tarn. Le groupe est régulièrement accusé par ses opposants de participer à un climat de tensions entre militants d’extrême droite et militants antifascistes dans la ville.
Une expédition punitive au cœur du dossier
La dissolution intervient quelques semaines après un procès particulièrement suivi devant le tribunal judiciaire d’Albi. En avril dernier, onze militants proches de Patria Albiges ont été condamnés à des peines allant de quatre à huit mois de prison. Dix d’entre eux ont écopé de peines assorties du sursis. Les faits remontent à la nuit du 25 avril 2025. Une vingtaine d’individus s’étaient rendus dans le centre-ville d’Albi afin de retrouver un militant antifasciste. Selon les éléments retenus par la justice, plusieurs participants étaient cagoulés et munis notamment de matraques télescopiques et de poings américains.
La cible de cette expédition avait trouvé refuge dans la cave d’un bar tandis que plusieurs clients tentaient de s’interposer. Une femme avait notamment été blessée lors des violences. Au cours du procès, les magistrats avaient évoqué une opération menée avec une « attitude menaçante et revancharde ».
Le porte-parole de Patria Albiges avait déjà été condamné en 2023 à huit mois de prison avec sursis pour des violences commises sur deux jeunes Tarnais. Ces différents dossiers ont contribué à alimenter les demandes de dissolution formulées depuis plusieurs mois par plusieurs organisations et collectifs.
Une réponse nationale aux groupes violents
La décision s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement. En février dernier, après la mort du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque, Emmanuel Macron avait réuni plusieurs responsables gouvernementaux afin d’évoquer la lutte contre les « groupes violents ultras ou extrêmes ».
Dans ce contexte, plusieurs organisations avaient été placées sous surveillance par le ministère de l’Intérieur. Le gouvernement affirme agir « sans distinction entre les groupements d’ultragauche et d’ultradroite ». En parallèle de Patria Albiges, Front de Rue, un groupe antifasciste implanté notamment à Lille, fait lui aussi l’objet d’une dissolution.
Une cinquantaine de groupes dissous depuis 2017
Depuis 2017, près d’une cinquantaine d’organisations ont fait l’objet d’un décret de dissolution en Conseil des ministres. Certaines de ces décisions ont ensuite été contestées devant le Conseil d’État, avec parfois des annulations.
Patria Albiges dispose désormais de la possibilité d’engager à son tour un recours devant la justice administrative. En attendant, cette dissolution marque un tournant majeur pour ce mouvement devenu au fil des années l’un des groupes identitaires les plus visibles du Tarn et de la région albigeoise.













