Quelques ombres se dessinent sur la dalle de béton. Elles hésitent, tournent sur elles-mêmes, cherchent un abri qui n’existe pas, puis filent, dégoulinantes, attirées par un murmure qui commence à grandir. Il est 17 heures, ce samedi 27 juin, sur le parvis du Stade de France. La finale du Top 14 entre Toulouse et Montpellier a lieu dans quatre heures et des silhouettes de supporters surgissent çà et là. Il fait 37 °C à l’ombre, mais sur ce désert de ciment livré au soleil, la température grimpe bien plus haut.
« J’espère qu’il y aura bien des fontaines à eau comme ils nous l’ont indiqué par mail, souffle Sébastien, quadragénaire bordelais venu avec son fils Julian pour soutenir Toulouse. Sur le parvis, il n’y a rien. Et si on va dans les boutiques, la moindre bouteille d’eau coûte quatre euros. »
Alcool interdit
Le père de famille s’est décidé la veille. Il a pris un train le matin même avec son fils, puis le métro pour atteindre son but. « Nous sommes des habitués, explique-t-il. Quand on est supporter de Toulouse, c’est plus facile. J’ai trouvé deux places sur le site sécurisé de revente du Stade de France. On a laissé le reste de la famille et on a eu de la chance. Le TGV devant le nôtre au départ de Bordeaux a été supprimé. Nous avons fait un tour rue Princesse (VIe arrondissement), le QG des supporters toulousains, mais il n’y avait personne. Dans le métro ensuite non plus. Je crois qu’avec cette chaleur, les gens arriveront au dernier moment. »

Le duo a prévu d’entrer dans le stade une heure plus tard, mais avant de profiter des rares animations un peu plus loin, encore faut-il trouver à boire.
De l’autre côté de cette enceinte qui aspire désormais par petites touches bien plus de maillots rouges (Toulouse) que de bleus (Montpellier), Virginie et Nicolas reprennent leur souffle sous un platane. « C’est fatigant, lâche la quinquagénaire, supportrice toulousaine. Notre train, hier, est tombé en panne de climatisation. Il est resté arrêté une heure et demie. On a pris une chambre d’hôtel puis nous sommes venus en métro, mais c’était un four. »
Les messages de la Ligue nationale ont été entendus. L’événement, l’un des rares maintenus dans la région, a dû s’adapter à l’alerte rouge canicule : ouverture des portes à 17h15 pour lisser l’arrivée des spectateurs et éviter les longues files d’attente et l’affluence dans les transports, des fontaines à eau multipliées à l’intérieur du stade, des gourdes autorisées, la vente d’alcool interdite…
En attendant l’orage ?
Le flux du public transpirant s’écoule sans pression. Les forces de l’ordre se font discrètes. La finale des Cadets, prévue en lever de rideau, a été annulée malgré la demande de dérogation envoyée par la Fédération française de rugby et refusée en raison d’une température ressentie pouvant atteindre 48 °C au moment du coup d’envoi.
On n’en est pas loin en effet. « Je ne sais pas comment ils auraient fait, s’interroge Léo, étudiant venu de Montpellier avec sa bande de copains qui clapotent sous les jets d’eau surgissant des guitounes pour arroser les volontaires. Nous, on a commencé à faire la fête hier soir, et là, on est déjà cuits. »

Jérémy, lui, soutient également le club de l’Hérault. Mais il est arrivé depuis Chambéry avec sa compagne Élodie et leur fils Théo, supporter du PSG. « Ils annoncent de l’orage au moment du match, dit-il. J’espère qu’on ne va prendre la douche, car nous sommes placés en bas. »
Le coup d’envoi approche. Quelques nuages aussi. Le mercure faiblit doucement, autour de 32 °C à 21 heures. Les tribunes se sont garnies. Les éventails battent l’air sur les visages. Puis les drapeaux. Le rouge domine le bleu. Un rouge feu.











