Présentée à la galerie Place de l’Art, une toile sans titre d’Eugène Carrère intrigue par sa modernité saisissante. Réalisée en 1898, cette œuvre aux traits effacés et à la surface volontairement altérée révèle toute la singularité de l’artiste, décrit comme un « expressionniste tendre » par sa famille. Proche d’Auguste Rodin, Carrère s’impose comme un portraitiste humaniste majeur de son époque, aujourd’hui redécouvert et valorisé par le galeriste Karim Amzani, galeriste toulousain qui participe à l’émission « Affaire conclue ».
L’œuvre sans titre que nous présente Karim Amzani à la galerie Place de l’art paraît très contemporaine. Une jeune fille aux traits effacés : le peintre a en effet gratté, chiffonné la surface, dans une posture de face douce, en quasi-monochromie. Elle date pourtant de 1898, Eugène Carrière est à l’apogée de son art (il meurt en 1906), contemporain et ami de Rodin, qui demandera dans son testament que ses peintures soient exposées dans son musée. Il est vrai qu’il sculpte les visages qu’il peint. Son petit-fils le qualifie aujourd’hui d’ »expressionniste tendre », en opposition à l’expressionnisme criard d’Edvard Munch.

D’emblée, même à côté des impressionnistes, il défend son style, quatre chromes dans sa palette. C’est un grand portraitiste (les frères Goncourt ; Verlaine au musée d’Orsay) et un militant humaniste. C’est l’heure des premiers tirages photographiques et la concurrence est rude pour les peintres. Aujourd’hui, sa cote est haute et cette pièce vaut entre 50 000 et 70 000 €. « Ce qui n’indique pas forcément son prix d’achat », précise Karim Amzani, qui a un don pour les estimations. Ce n’est pas pour rien que le galeriste de 38 ans participe à l’émission de télé « Affaire conclue », sur France 2, depuis le 2 juillet 2024.
Eugène Carrière devient sociétaire du musée Eugène-Carrière à Gournay-sur-Marne, où est né le peintre. Karim Amzani leur a offert un tableau convoité par le musée, qui lui est très reconnaissant et entretient le lien de près. L’arrière-petite-fille du peintre est même devenue une amie.
De la brocante à « Affaire conclue »
« Cette œuvre, c’est un peu l’histoire de ma vie », livre ce galeriste né dans le milieu de la brocante mais ému par la peinture depuis petit et formé dans les salles des ventes. Né à Toulouse, il n’avait pas de vocation. Son oncle lui fait lever la main pour un tableau du Crédit municipal et ce premier achat est le début de sa carrière de brocanteur.

Karim Amzani ouvre sa première boutique à 21 ans à Patte-d’Oie. Sa rencontre avec un conférencier et professeur aux Beaux-Arts le soutiendra dans une direction qui se profile. Celle avec Didier Santi, avec qui il est antiquaire rue Pierre-de-Fermat depuis sept ans, sera elle aussi décisive. Le reste du temps, il vend et prospecte pour sa galerie, 62 rue de Metz, et est chroniqueur télé. « Ils cherchent des personnalités atypiques et je pense en faire partie ».










