Coupure d’eau, absence de quittances de loyer, interlocuteurs introuvables, crainte d’une expulsion… Les 14 ménages de la résidence Soliha de la rue de la Pitchounelle, à L’Union, disent vivre dans une grande incertitude depuis la liquidation judiciaire de l’association, prononcée en juillet. Ils demandent désormais des réponses.
À la résidence Soliha de la rue de la Pitchounelle, sur les hauteurs de L’Union, près de Toulouse, l’inquiétude a remplacé le quotidien. Depuis la liquidation judiciaire de l’association Soliha Toulouse Occitanie, prononcée en juillet, les quatorze locataires de cette ancienne ferme réhabilitée disent ne plus avoir aucun interlocuteur. Les rares informations qu’ils obtiennent leur parviennent au détour d’une conversation ou… par voie de presse.
« C’est votre article dans La Dépêche qui nous a fait réagir, parce qu’on n’était au courant de rien », raconte Bernadette Pirard. « Quand on a trouvé les bureaux fermés, la mairie de Saint-Jean a essayé de les joindre, sans succès. C’est là qu’on a appris qu’ils étaient en liquidation judiciaire. »
Depuis plusieurs mois déjà, les signaux d’alerte s’accumulaient. Les quittances de loyer n’arrivent plus régulièrement. Les changements d’interlocuteurs se sont multipliés. Puis est venue une coupure d’eau qui a fait basculer les habitants dans l’incompréhension.
« On a découvert qu’il n’y avait même pas d’abonnement d’eau »
« On nous a coupé l’eau il y a un mois. On s’est aperçus qu’il n’y avait même pas d’abonnement », raconte Neldé Macra, qui loue un studio meublé depuis 3 ans dans la résidence. La mairie est finalement intervenue pour rétablir l’alimentation, mais la situation laisse les résidents perplexes.
« Ce n’est pas une facture impayée, c’est l’abonnement qui n’avait pas été fait. On ne comprend pas comment c’est possible alors qu’on habite ici depuis des années. »
Pour le locataire, cette coupure a fait naître une autre angoisse : « Aujourd’hui, si l’électricité est coupée ou s’il y a un problème technique, on ne sait même plus qui appeler. On ne sait pas qui gère encore les bâtiments. »
Les locataires racontent avoir vu des salariés venir récupérer du matériel stocké dans les locaux du siège de l’association. « Ils sont venus discrètement vider ce qu’il y avait », affirme l’une d’elles.
La peur d’être mis devant le fait accompli
Au-delà des problèmes matériels, c’est l’avenir qui inquiète les habitants. Plusieurs savaient que les logements devaient être vendus, mais pensaient recevoir un courrier officiel.
« Je m’attendais à recevoir un préavis, quelque chose d’écrit », explique Pascal Dorard. « Finalement, on apprend tout au compte-gouttes. »
Les résidents disent avoir interrogé un régisseur rencontré sur place. « Il nous a simplement dit qu’à partir du 4 septembre, eux seraient licenciés et qu’en principe on ne pouvait pas nous mettre dehors. Mais rien d’officiel. »
À 63 ou 66 ans pour certains, l’idée d’un déménagement imposé est particulièrement anxiogène. « On a peur d’être expulsés, on ne sait pas où on va atterrir », résume Bernadette.
Les habitants s’interrogent également sur le versement des aides au logement. « Une partie du loyer est payée directement par la CAF. On voudrait savoir où va cet argent aujourd’hui », s’interroge la locataire, qui dit avoir écrit au liquidateur judiciaire et à un député toulousain, sans avoir reçu de réponse.
Silence du liquidateur
Les locataires espèrent désormais obtenir rapidement des informations sur le devenir de leur résidence et sur la poursuite de la gestion des logements.
Joint par La Dépêche, Pierre Castéras, ancien directeur de Soliha Toulouse Occitanie, actuellement sous procédure de licenciement économique comme les quelque 90 salariés de l’association, indique qu’il n’a désormais « plus la main sur le dossier ».
Dès le 20 juillet, il expliquait déjà que la liquidation relevait exclusivement du liquidateur judiciaire, notamment pour la vente du patrimoine, le licenciement des salariés et le transfert des près de 300 usagers vers d’autres structures d’accompagnement.
Sollicitée à son tour, Béatrice Amizet, liquidatrice judiciaire de la SARL Benoit et Associés, a fait savoir par l’intermédiaire de son cabinet qu’elle ne souhaitait faire aucune déclaration. Faute de réponses officielles, les habitants de la résidence de L’Union continuent d’attendre, avec une question qui revient dans toutes les conversations : qui s’occupe encore de leur immeuble ?
Soliha, une fédération tentaculaire
L’association Soliha Méditerranée, membre de la Fédération Soliha (120 organismes, 3665 salariés en France) intervenait sur l’ensemble des métiers de l’accueil, de l’hébergement, du logement, de l’habitat et des territoires dans la région. Elle bénéficiait de deux agréments spécifiques lui permettant d’œuvrer en faveur du logement des personnes défavorisées. L’association comptait près de 90 salariés et gérait 16 immeubles d’habitation avec 123 logements. Trois cent treize ménages étaient accompagnés dans leur projet de réhabilitation énergétique. L’association s’occupait aussi de 188 maintiens à domicile, de 125 dossiers de précarité énergétique et de quatre logements insalubres. Par ailleurs, 28 ménages étaient accompagnés dans le cadre de copropriétés, 407 ménages bénéficiaient d’un accompagnement social et 428 personnes étaient suivies dans le dispositif des centres d’accueil pour les migrants (CAES).













