Présenté comme une réponse aux polluants éternels et aux résidus médicamenteux présents dans l’eau potable, le projet de filtration du SEDIF ne convainc pas Plaine Commune. Les élus dénoncent son impact environnemental, son coût pour les usagers et ouvrent même le débat sur une sortie du syndicat des eaux.
C’est non pour Plaine Commune. Les élus de l’établissement public territorial ont rendu un avis défavorable au projet de Filtration membranaire haute performance (FMHP). Porté par le Syndicat des eaux d’Île-de-France (SEDIF), celui-ci consiste à l’introduction d’une nouvelle technologie dans le process de traitement de l’eau actuel de ses trois principales usines de production d’eau potable. L’objectif : « retenir un maximum de micropolluants et réduire les teneurs en calcaire et en chlore ». « Le projet vise à distribuer une eau pure, débarrassée à plus de 90 % des PFAS (polluants éternels), des résidus médicamenteux et des perturbateurs endocriniens », précise le SEDIF pour qui ce n’est « pas un simple choix technologique, mais une réponse d’urgence aux enjeux de santé environnementale ».
Pourquoi Plaine Commune a rendu un avis défavorable ?
Les élus de Plaine Commune évoquent « un objectif louable ». Pour autant, ils « ont majoritairement convenu que la « technologie proposée n’était pas pleinement satisfaisante ». Ils relèvent ainsi que « les polluants sont in fine rejetés dans leur milieu naturel ». « Le projet permet l’élimination accrue des micropolluants dans l’eau potable, dont l’exposition prolongée peut avoir des effets néfastes sur la santé. Mais ces polluants filtrés sont ensuite rejetés dans leur milieu naturel. Le sujet de la pollution de l’eau brute et des milieux aquatiques reste entier ». Le SEDIF ne le nie pas, mais précise : « Concernant les rejets en rivière, les études de modélisation montrent qu’il n’y a aucun impact sur le milieu naturel car l’usine ne crée pas de pollution mais restitue ce qu’elle a prélevé après filtration ».
Pour l’établissement public territorial, ce projet est également « un non‑sens énergétique incompatible avec les objectifs climatiques » puisqu’il « entraînerait +75 % de consommation énergétique pour l’usine de Neuilly‑sur‑Marne par rapport à 2023 ». « Cette trajectoire est incompatible avec les objectifs de sobriété énergétique fixés par le Plan climat air énergie de Plaine Commune et de la Métropole du Grand Paris ». Ce à quoi le SEDIF répond : « Si l’usine consomme davantage d’électricité sur site, le projet permet d’éviter l’émission de 100 000 à 130 000 tonnes d’équivalent CO2 par an à l’échelle du territoire grâce aux économies domestiques (énergie et produits d’entretien) ».
Enfin, les élus considèrent que « le coût du projet est reporté sur les habitants ». « Le SEDIF estime une augmentation pouvant aller jusqu’à 0,40 €/m³, soit près de 50 euros supplémentaires par an et par foyer. Les usagers paieraient le coût d’une pollution dont ils ne sont pas responsables, en contradiction avec le principe pollueur‑payeur inscrit dans le Code de l’environnement ». Le syndicat rétorque : « Si l’évolution tarifaire est estimée à 4 € HT par mois et par foyer d’ici 2032 (soit le prix de trois packs d’eau en bouteille), elle est un investissement rentable. L’eau adoucie permet une économie réelle de 50 € à 100 € par an par foyer grâce à la baisse de consommation d’énergie (moins d’entartrage) et à l’allongement de la durée de vie des équipements ménagers ».
Plaine Commune pourrait quitter le SEDIF ?
Par ailleurs, Steeve Deguigné, le conseiller municipal de la majorité de Saint-Denis en charge de la politique de l’eau, appelle à « “sortir du modèle du Sedif” pour créer une régie publique de l’eau à l’échelle de Plaine Commune, à l’image du modèle d’Est-Ensemble qui existe depuis 2022 ». Et ce, pour « permettre une gestion plus juste, plus sobre, plus transparente et plus démocratique que la délégation de service public ».
Face à cela, le Président Richard Dell’Agnola a déclaré : « Il faut être très clair : on ne quitte pas le SEDIF comme on change d’opérateur Internet. Juridiquement, Plaine Commune ne sortira pas car nous nous opposerons fermement à toute décision qui fragiliserait la solidarité entre nos 133 communes adhérentes. Le projet de régie publique qu’on nous présente aujourd’hui est un faux-semblant, un pur trompe-l’œil idéologique. Le SEDIF n’est pas un système à la carte, c’est un bouclier sanitaire et social collectif que nous défendrons sans concession ».











