EXCLUSIF. Une policière a-t-elle divulgué des informations sensibles en échange d’argent ? Cette fonctionnaire a été placée en garde à vue à Toulouse le 1er juillet 2026, soupçonnée de corruption. Elle est présentée au parquet le vendredi 3 juillet 2026 pour une mise en examen. Elle est soupçonnée d’avoir détourné des données confidentielles au profit de réseaux criminels et de trafiquants de stupéfiants basés en Haute-Garonne.
Une fonctionnaire de police de 27 ans a été placée en garde à vue à Toulouse, soupçonnée d’avoir détourné des milliers de données confidentielles au profit du milieu criminel. Présentée au parquet ce vendredi 3 juillet 2026 en vue d’une mise en examen, cette ancienne policière auxiliaire aurait monnayé la diffusion de fichiers protégés (TAJ, SIV) auprès de connaissances du quartier du Mirail. L’enquête, menée par l’IGPN de Bordeaux, met en lumière des flux financiers suspects de plusieurs dizaines de milliers d’euros ainsi qu’une fraude parallèle à l’assurance maladie.
Du rêve de l’uniforme à la dérive clandestine
L’affaire prend sa source en 2019. À l’époque, une jeune femme originaire du quartier du Mirail rêve de porter l’uniforme. Ses souhaits sont, en partie, exaucés lorsqu’elle devient policière auxiliaire. Pendant des mois, elle multiplie les missions en compagnie des policiers nationaux. « Elle était affectée à un service et occupait des fonctions similaires à celles des fonctionnaires titulaires », confie une source. Les mois passent et l’auxiliaire prend goût au terrain. Cette première expérience la pousse à passer les examens. En 2021, elle entre à l’école de police avant d’être affectée en 2022 en région parisienne.
Une frénésie de consultations sous l’œil de l’IGPN
Depuis les faits, cette femme de 27 ans travaillait dans un commissariat d’Île-de-France. Elle a fini par attirer l’attention des forces de l’ordre qui ont constaté une suractivité inhabituelle. La jeune Toulousaine avait pris l’habitude de consulter de manière frénétique le traitement des antécédents judiciaires (TAJ). Ce fichier de police est utilisé lors d’enquêtes judiciaires ou administratives. Il contient des informations sur des personnes mises en cause, victimes ou recherchées. Entre 2019 et 2026, elle aurait utilisé ce logiciel pour 1 400 fichiers. Dans le même laps de temps, elle aurait aussi regardé le Système d’immatriculation des véhicules (SIV). Ce logiciel sert à la gestion des certificats d’immatriculation (cartes grises) et des autres documents administratifs liés aux véhicules en circulation. Ce fichier permet notamment d’identifier les propriétaires de véhicules ou de lever des mesures d’immobilisation administrative. Le nombre de connexions au SIV dépasserait les 2 600 clics.
En comparaison, les collègues de sa promotion consultent, en moyenne, ces logiciels une à trois fois par an. Très vite, l’Inspection générale de la police nationale a soupçonné la Haut-Garonnaise de vendre ces informations. Leur hypothèse s’est confirmée avec l’étude de ses comptes. Des dizaines de milliers d’euros ont transité de manière incompréhensible avant de disparaître via des retraits ou des virements.
Des secrets de police tarifés entre 50 et 600 euros
Lors de ses auditions, elle a fini par reconnaître avoir été approchée par des connaissances du quartier pour donner des informations. Contre des sommes comprises entre 50 et 600 euros, la policière pouvait indiquer à ses clients s’ils étaient recherchés ou les aider pour une voiture immobilisée. Toutes les prestations n’auraient pas été payées, mais cette activité illicite aurait généré plusieurs dizaines de milliers d’euros en espèces.
En arrêt de travail, elle avait aussi une activité « au black »
Les enquêteurs la soupçonnent également d’avoir exercé une activité dissimulée d’agent de sécurité au cours d’un congé de maladie. Rémunérée par l’assurance maladie, elle aurait ainsi cumulé deux revenus, l’un par virement, l’autre sous forme de liasses de billets. Les investigations vont probablement conduire à l’étude de son patrimoine pour retrouver la trace de cet argent potentiellement gagné illégalement.
Défendue par Mes Alexandre Parra-Bruguière et Camélia Dilmi, qui refusent de s’exprimer sur un dossier en cours, cette femme aurait indiqué avoir dépensé une partie des gains pour aider des proches dont l’état de santé nécessitait des soins non remboursés et coûteux. Là encore, l’instruction permettra de vérifier sa version des faits. Elle aurait aussi pris l’habitude de jouer au casino très régulièrement.
D’ici la fin de l’enquête, cette femme devrait, en toute logique, être suspendue de ses fonctions. Une procédure interne est également en cours, elle risque la radiation.
En parallèle, l’IGPN a aussi appréhendé un de ses complices, qui aurait profité de ses services. Cet homme, représenté par Pierre Lebonjour, est aussi mis en examen.











