Avec Paris, Toulouse est la seule ville de France à disposer d’une cinémathèque d’intérêt national. Derrière ses murs, 60 000 copies de films, plus de 100 000 affiches et un million de photos composent un trésor cinématographique unique.
Peu de gens le savent, mais Toulouse est, avec Paris, la seule ville de France à disposer d’une cinémathèque d’intérêt national. « Nous faisons exception », estime Franck Loiret, directeur délégué de la Cinémathèque de Toulouse. Une reconnaissance accordée par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) dans les années 1970, en raison de « la richesse de ses collections ». Officiellement créée en 1964, elle fait effectivement partie des « trois archives de cinéma les plus importantes en France avec la Cinémathèque française et le CNC ». « Nous abritons un véritable trésor à Toulouse. » Contrairement à d’autres cinémathèques « qui conservent surtout des films de famille et régionaux », celle de Toulouse « rayonne sur trois dimensions » : local, national et international. « Nous avons des films de toute nationalité. Nous conservons d’ailleurs le fonds de films russes et soviétiques le plus important avec Bruxelles, en dehors de Moscou. »
Ce sont ainsi pas moins de 60 000 copies qui sont inventoriées. Et ce n’est pas tout. La Cinémathèque abrite la première collection d’affiches de cinéma en France avec plus de 100 000 documents venant du monde entier. « Nous avons aussi un million de photos, des appareils de cinéma, des costumes et énormément d’ouvrages », liste Franck Loiret. Autant d’éléments qui font de la Cinémathèque de Toulouse l’un des plus importants fonds cinématographiques d’Europe. « C’est un fonds dont nous prenons soin, en le cataloguant, en le restaurant et en le montrant », souligne le directeur délégué. La Cinémathèque a effectivement deux missions : la conservation et la diffusion. « Notre travail consiste à conserver ce patrimoine pour qu’il dure le plus longtemps possible dans le temps et puisse être transmis aux générations futures. Mais également à le faire vivre à travers des expositions ou des projections de cinéma. L’important est que ces collections soient montrées. »
La Cinémathèque pousse les murs pour ses collections
Collections qui ne cessent de s’enrichir à la faveur de dépôts, de dons ou d’achats de la Cinémathèque « pour les compléter ». « L’idée est de pouvoir tout conserver parce que nous ne savons pas très bien quelle importance sera accordée à tel ou tel film dans les années à venir. » Problème, le centre de conservation de la Cinémathèque, ouvert en 2004 à Balma, est aujourd’hui « complètement saturé ». « Actuellement, nous demandons aux déposants d’attendre que les travaux aient eu lieu pour nous remettre leurs pièces. » Un projet d’agrandissement du centre de conservation est en effet prévu. « Nous allons créer une extension de 1 000 m². Un important chantier qui va commencer à l’automne et permettre à ce centre de s’adapter à la nouvelle donne avec des surfaces de stockage plus importantes, mais aussi des espaces de travail revus et améliorés », détaille Franck Loiret.
La Cinémathèque, en elle-même, a aussi bénéficié d’une vaste rénovation. Ses locaux rue du Taur, qu’elle a investis en 1997, ont été totalement réaménagés. « En 30 ans, les espaces avaient un peu vieilli. Il fallait donc les revoir pour améliorer la qualité de l’accueil des spectateurs, créer un espace café et une troisième salle. » Après plusieurs mois de travaux, c’est ainsi une Cinémathèque transformée qui a rouvert ses portes en avril. « Nous nous sommes préparés aux 30 prochaines années en nous adaptant aux nouveaux usages du public, à une fréquentation en hausse et à une nouvelle manière d’habiter le lieu. » Un projet de dix ans, dont Franck Loiret se dit « très heureux et fier ». Plus de 60 ans après sa création, la Cinémathèque continue donc de développer le travail entrepris par Raymond Borde, son fondateur, dans les années 1950.
Toulouse, « une ville où le cinéma a toujours été important »
Avec un groupe de cinéphiles passionnés, il récupère des films avec une conviction : le patrimoine cinématographique est en danger et mérite d’être sauvé. « Ces hommes et femmes considéraient qu’il y avait eu trop d’accidents dans l’histoire du cinéma. Ils ont donc eu l’idée de créer des endroits pour conserver ce patrimoine dans de bonnes conditions. » Et si un tel lieu a vu le jour à Toulouse, cela ne tient pas au hasard. « C’est une ville où le cinéma a toujours été important. Il y avait énormément de salles de quartier et de ciné-clubs qui, après la guerre, ont formé beaucoup de gens au cinéma, au regard et à la critique. C’est ce qui a permis à Toulouse d’avoir cette culture cinéphile. Et c’est sur ce terreau là que la Cinémathèque a grandi. » Un héritage né de la passion de quelques cinéphiles et qui fait aujourd’hui de Toulouse l’une des capitales européennes du patrimoine cinématographique.










