EXCLUSIF. À la demande de la mère de Rosa, cette enfant de 11 ans qui a déposé plainte pour viol contre Jérôme Barella en août 2025, son avocat, Me Pierre Debuisson, annonce déposer de nouvelles plaintes visant deux magistrates des parquets d’Auch et de Toulouse, ainsi que le directeur d’enquête de la brigade de Lectoure (Gers).
Après la plainte déposée contre Gérald Darmanin, garde des Sceaux, auprès de la Cour de justice de la République, ce sont désormais des magistrates et un gendarme directeur d’enquête qui sont eux aussi visés par une nouvelle plainte pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger de la vie d’autrui ».
À la demande de la mère de Rosa, cette enfant de 11 ans qui avait dénoncé des viols présumés commis par Jérôme Barella, Me Pierre Debuisson s’attaque cette fois à ceux qui ont eu en charge le dossier de Rosa, depuis août 2025.
Cette procédure de viols, d’abord gérée par le parquet de Toulouse avant d’être dépaysée au tribunal judiciaire d’Auch, n’a abouti à aucun placement en garde à vue du suspect. Une défaillance soulignée dans le rapport d’inspection rendu le mois dernier et sur lequel s’appuie le pénaliste toulousain pour mener la fronde contre des maillons de l’institution judiciaire. Un dysfonctionnement de la chaîne pénale aux conséquences dramatiques. Le 29 mai, Lyhanna, 11 ans, disparaît à Fleurance (Gers). Son corps est retrouvé le 4 juin dans un silo à grains désaffecté, à Puycasquier. L’enfant a été violée et tuée. Jérôme Barella, jamais inquiété auparavant, malgré les signaux d’alerte et la plainte de Rosa, est mis en examen et écroué dans cette affaire.
« Trop de temps perdu »
Aujourd’hui, ces nouvelles plaintes visent nommément la vice-procureure du parquet des mineurs du tribunal judiciaire de Toulouse, ainsi que la substitut du procureur du tribunal d’Auch. Dans cette procédure d’une trentaine de pages, très étayée et que nous avons pu consulter, il est reproché à la première magistrate « de ne pas avoir signalé l’urgence de cette procédure au parquet d’Auch ». Alors que le 4 octobre, le dossier Rosa était parfaitement ficelé (examens médicaux attestant de lésions confirmant ses déclarations de viols), ce n’est que le 10 novembre, soit trente-sept jours plus tard, que « la procédure papier » arrive au tribunal d’Auch, territorialement compétent. « Cet envoi n’a pas été doublé d’un envoi électronique ».
Dans ce document, il est reproché à la substitut du procureur du tribunal d’Auch plusieurs griefs, notamment d’avoir expédié « par erreur » la procédure, le 9 janvier 2026, à la brigade de Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne), « alors même que cette unité n’était plus compétente ». Ce qui a entraîné une nouvelle perte de temps. Au final, Jérôme Barella n’a jamais été placé en garde à vue malgré des instructions données en ce sens dès janvier 2026.
Demande de dépaysement
Sur ces deux plaintes, Me Pierre Debuisson ne veut pas stigmatiser le corps de la magistrature dans son ensemble. « Indéniablement, il y a un manque de moyens humains et financiers qui contribuent à la dégradation des conditions de travail des magistrats et des enquêteurs, dont la grande majorité font très bien leur travail. Mais il ne faut pas nier que d’autres peuvent être désinvestis et commettre des erreurs. Le manque de moyens ne peut pas tout expliquer ».
Il est également reproché au directeur d’enquête de la brigade de Lectoure des « défaillances » et de ne pas avoir pris la mesure de l’urgence de la situation. Enfin, cette plainte, cette fois contre X, touche aussi plus largement « tous les enquêteurs du ressort du tribunal d’Auch et tous les magistrats, procureurs, substituts du procureur, magistrats de permanence, de Toulouse et d’Auch chargés des investigations dans le cadre de la procédure pour viols ».
Pour la mère de Rosa, qui mène désormais un combat pour la protection des enfants, « l’objectif est de susciter une prise de conscience et d’éviter que d’autres drames ne se reproduisent ».
Cette procédure complète devrait être envoyée, ce vendredi 3 juillet 2026, au parquet général de Toulouse, accompagnée d’une demande de dépaysement.













