Avec les démolitions de bâtiments rue du Faubourg-Bonnefoy, le quartier de la gare Matabiau, à Toulouse, entre dans une phase visible de la métamorphose entreprise en vue de l’arrivée de la LGV. D’ici à 2035, 3 000 logements seront construits. Une page se tourne dans les rues du quartier des cheminots.
C’est en lisière de la gare Matabiau, en prévision de l’arrivée de la ligne C du métro et de la LGV, que se prépare la Toulouse de demain. Comme dans d’autres grandes villes, l’ancien quartier de la gare, qui avait en partie survécu, va disparaître au profit de constructions neuves, logements, commerces, services, équipements publics conçus dans le cadre du projet Grand Matabiau Quai d’Oc (1). Au pied de Bonnefoy, l’avenue de Lyon, rebaptisée Olivier-Guichard, a perdu ses bâtiments vétustes de briques rouges il y a quelques années. Dans ce secteur, entre 2020 et 2024, quarante-quatre immeubles, qu’avait rachetés l’établissement foncier de la Métropole, sont tombés. Aujourd’hui, c’est de l’autre côté des voies ferrées, rue du Faubourg-Bonnefoy, une fois passé sous le pont, que se poursuivent les démolitions. Dix sont sur la liste dans l’îlot formé par la rue des Cheminots et la rue Saint-Laurent.
Depuis dix jours, une pelleteuse s’est attaquée au vaste bâtiment du début de la rue du Faubourg, fermé depuis des années, et qui avait un temps logé un magasin Speedy au rez-de-chaussée. Fin juillet, il ne restera rien de ces deux étages qui étaient hier complètement éventrés.

Né rue des Cheminots et toujours habitant de Bonnefoy, Jean-Claude, 66 ans, garde un souvenir précis de ces murs. Ils abritaient, jusque dans les années 1960 a priori, le magasin alimentaire Mona où travaillait sa mère jusqu’à ce que cette enseigne déménage avenue Jean-Rieux. « À 6 h 30 le matin, en partant travailler, elle nous laissait avec mon frère devant l’école des garçons », l’élémentaire Bonnefoy aujourd’hui.
S’il reste attaché à son quartier, ce piéton de Toulouse – il se rend à la piscine Castex à pied – n’est pas nostalgique. Certes, ça lui « fait drôle » de voir ces murs disparaître mais il n’est pas contre, « au contraire ». « C’est pour du mieux j’espère. » Le seul point noir, juge-t-il, est la portion congrue faite, ici comme ailleurs, aux piétons.
3 000 logements à terme
Habitante d’une barre du boulevard des Minimes, au bord du canal, Françoise (le prénom a été changé), 87 ans, elle non plus ne voit pas le changement de façon négative. Surtout s’il y a « des plantations ». Elle fait ses courses faubourg Bonnefoy et s’inquiète plutôt « des petits commerces qui ferment » mais aussi du « point de deal » du secteur de la rue des Jumeaux.
Il y a deux ans, Jérémie a ouvert Casa Nostra, un « concept store, streetwear et relooking », au 5, rue du Faubourg-Bonnefoy, en face du bâtiment en cours de destruction. Un vrai choix effectué « après une étude de marché », qui repose sur un loyer moindre qu’ailleurs, la proximité avec son logement à Borderouge, et sur la certitude que le renouveau du quartier « va nous avantager ».
Habitante de Bonnefoy depuis deux ans, Laurie, qui a créé un collectif pour favoriser le lien dans le quartier, ne se prononce pas sur les constructions mais espère « qu’elles ne feront pas trop monter le prix de l’immobilier » et qu’il y aura toujours « des espaces pour se retrouver » comme le jardin Michelet. Thomas redoute, lui, plus clairement « une gentrification » du quartier.
À l’horizon 2035, le Grand Matabiau, qui s’étire du Raisin, autour de la future station de métro, à Marengo, avec la Tour Occitanie, prévoit la construction de 3 000 logements, 30 000 m² de commerces, 200 000 m² de bureaux, quatre hectares d’espaces verts, une crèche, une école et un gymnase.











