ENTRETIEN. La Halle des mobilités marque un tournant pour les transports toulousains. Les travaux débutent le mois prochain, pour une ouverture prévue fin 2028. Un chantier colossal au cœur de la gare Matabiau porté par la région Occitanie. La présidente de la collectivité, Carole Delga, explique comment les travaux vont s’articuler, mais aussi ce que ce nouveau bâtiment va apporter, en complément de la gare Matabiau.
C’est un des projets emblématiques qui doit voir le jour près de la gare Matabiau. Alors que la convention d’occupation temporaire vient tout juste d’être signée, les travaux de la Halle des Mobilités débuteront le mois prochain, annonce Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie, qui porte le projet. Cette dernière répond à nos questions sur ce vaste projet.

La signature, la semaine dernière, de la convention d’occupation temporaire marque le coup d’envoi officiel des travaux de la Halle des Mobilités. C’est le plus gros chantier de Toulouse depuis le lancement de la ligne C du métro : quel est le principal défi logistique de ce chantier et le calendrier pour les mois à venir ?
La construction de la Halle des Mobilités est lancée ! Ce projet exceptionnel, porté par la Région Occitanie, se situe au cœur d’un secteur en pleine transformation. Nous allons bâtir cet ensemble tout en maintenant le fonctionnement d’infrastructures essentielles : les voies ferrées, la ligne A du métro et le chantier de la ligne C. Ce défi logistique, nous l’avons pleinement anticipé avec la SNCF et Tisséo. Les premiers travaux débuteront le mois prochain et notre feuille de route est claire : ouvrir fin 2028.

À quoi doivent s’attendre les riverains dans les prochains mois ? Les premières entreprises s’installent dès cette semaine pour les travaux préparatoires, avez-vous prévu des mesures pour minimiser l’impact sur les riverains et pour garantir l’accès à la gare Matabiau déjà difficile ?
Tout est fait pour limiter au maximum les impacts. Nous avons anticipé chaque étape avec nos partenaires en mutualisant les installations et les accès pour optimiser l’occupation de l’espace public. Nous veillerons à ce que les entreprises respectent les règles très strictes en matière de nuisances sonores, de poussières, de conséquences sur la circulation pour préserver le cadre de vie des riverains. Et je veux aussi rassurer les voyageurs : l’accès à la gare Matabiau et au métro sera toujours possible tout au long des travaux de la Halle.
Avec 150 000 voyageurs quotidiens attendus à terme, la Halle va connecter les trains, la ligne A de métro et la future ligne C, les bus et une vélostation géante. Concrètement, comment ce hub va-t-il améliorer le quotidien d’un usager qui alterne entre TER et mobilités douces ?
Je veux simplifier la vie des gens. Aujourd’hui, changer de train, de métro, de bus ou récupérer son vélo peut vite devenir un vrai parcours du combattant. Demain, tout sera réuni dans un même lieu, avec des correspondances simples et rapides. Le quotidien des voyageurs va devenir plus facile ! L’objectif fixé est clair : faire gagner du temps, du confort et encourager le choix des transports en commun.
La livraison de la Halle est prévue pour fin 2028, mais l’arrivée de la LGV se fera un peu plus tard. Comment ce bâtiment est-il calibré et dimensionné dès aujourd’hui pour absorber ces futurs flux ? Et comment s’articule-t-il avec la gare Matabiau ?
La politique, comme l’aménagement territorial, c’est de l’anticipation. Quand je lance un projet comme celui-ci, nous le faisons pour les décennies à venir afin de doter notre territoire d’infrastructures dont il aura besoin. La Halle a été dimensionnée dès aujourd’hui pour accompagner l’arrivée de la LGV et l’augmentation du nombre de voyageurs. Elle ne remplacera pas la gare Matabiau, elle la complètera, elle bonifiera l’ensemble. Les deux formeront l’un des plus grands et beaux espaces d’échanges multimodaux d’Europe, modernes, plus performants et à la hauteur des ambitions que je porte pour Toulouse, 3e ville de France, et pour l’Occitanie.

La Région Occitanie finance la quasi-totalité de ce projet d’envergure. Pourquoi était-il capital pour la Région de porter un tel effort financier sur un projet implanté au cœur de la métropole toulousaine ?
C’est un choix politique fort assumé par la Région, avec 78 M€ investis sur les 114 M€ du projet, avec le soutien complémentaire de l’État et de Toulouse Métropole. Il est indispensable de mieux lutter contre la congestion routière dans et autour de la métropole. C’est un enjeu de qualité de l’air et de qualité de vie. Pour cela, il faut à la fois répondre aux besoins croissants de déplacement, avec des usagers qui n’habitent pas ou plus Toulouse et viennent y travailler, tout en accélérant la transition écologique. C’est également le sens du projet de RER métropolitain (SERM) pour lequel je me bats. La Région porte aussi cet effort parce que je considère Matabiau comme une porte d’entrée essentielle de l’Occitanie, région la plus attractive de France. Il faut en donner la meilleure image.
Au-delà des transports, la Halle va accueillir des bureaux régionaux, mais aussi des commerces. De quel type de commerces s’agit-il et comment imaginez-vous l’intégration de ce lieu dans le quotidien des habitants du quartier Marengo, au-delà du simple public de passage ?
J’ai souhaité que cette Halle soit bien plus qu’un lieu de passage. Une gare, ce n’est pas seulement un endroit où l’on arrive ou d’où l’on repart : c’est un formidable lieu de vie. Les enseignes qui s’installeront dans le bâtiment sont à l’étude, mais notre volonté est de proposer des services et des commerces utiles pour les voyageurs comme pour les habitants de Marengo, et faire de cette Halle un véritable morceau de vie et de ville. C’est le sens de la concertation que nous menons avec l’ensemble des acteurs depuis plusieurs années.

L’architecture en « canopée de bois et de verre » conçue par le cabinet de Bjarke Ingels se veut exemplaire sur le plan écologique. Comment comptez-vous concilier ces ambitions de bâtiment durable (matériaux biosourcés, photovoltaïque) avec les réalités économiques et les risques de surcoûts liés aux matériaux de construction actuels ?
Notre responsabilité est de relever deux défis : l’ambition écologique et la maîtrise des finances publiques. Première région française à porter un tel projet, nous avons voulu, dès le départ, concevoir un bâtiment exemplaire : une structure bois, des matériaux biosourcés, une toiture en tuiles photovoltaïques et une très haute performance énergétique. Engagement tenu : les marchés ont été attribués dans l’enveloppe prévue. J’ai une autre conviction : la puissance publique a aussi le devoir de faire du beau. Auguste Renoir disait : « Je n’ai qu’un principe : il faut embellir ». Les habitants ont droit à des équipements utiles et durables, mais aussi à une architecture qui embellit leur cadre de vie et qui fasse la fierté d’un territoire. La Halle en sera la parfaite illustration.
La livraison de la Halle est programmée pour la fin de l’année 2028, de manière synchrone avec la mise en service de la ligne C du métro. Si le chantier du métro subit de nouveaux retards, la Halle des Mobilités pourra-t-elle tout de même ouvrir ses portes de façon autonome ?
Son calendrier n’est pas conditionné à la mise en service de la ligne C. L’enjeu était la libération des emprises nécessaires au chantier du métro, dont le démarrage a été confirmé pour octobre par Tisséo. Les travaux de la Halle vont donc se poursuivre de manière autonome. Dès son ouverture, elle sera opérationnelle, connectée à la gare et à la ligne A. La ligne C renforcera ensuite ce pôle.
La Région annonce le lancement d’une concertation pour choisir le nom du futur bâtiment. Pourquoi avoir fait le choix d’associer les habitants à cette étape symbolique ?
À la rentrée, nous lancerons une grande concertation citoyenne pour choisir le nom du futur bâtiment. La Halle des Mobilités est aujourd’hui le nom du projet, mais cet équipement va devenir un lieu emblématique. Il est donc naturel, pour moi, de donner la parole aux Toulousains pour écrire cette histoire avec nous.

















