Face à une épidémie de grippe responsable de milliers de décès en France, la Haute Autorité de santé recommande une vaccination annuelle obligatoire pour les soignants travaillant auprès des personnes âgées. En Occitanie, les infirmiers sont partagés entre protection des patients fragiles et nécessité de préserver le dialogue.
L’obligation de la vaccination contre la grippe pour certains professionnels de santé pourrait bientôt devenir une réalité. Après une saison 2025-2026 particulièrement sévère, marquée par 12 700 décès liés à l’épidémie en France, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande désormais d’imposer une vaccination annuelle aux soignants en contact avec les personnes âgées et les patients les plus vulnérables. Une proposition qui doit encore être étudiée par le gouvernement, mais qui fait déjà réagir les professionnels sur le terrain en Occitanie.
L’avis de la HAS prévoit une mise en œuvre progressive de cette obligation. Les Ehpad et les unités de soins de longue durée seraient concernés en premier lieu, avant une extension vers les établissements hospitaliers puis les structures libérales. L’objectif affiché est de limiter la circulation du virus auprès de personnes particulièrement exposées aux complications de la grippe.
Mais derrière cette question de santé publique se pose aussi celle de l’adhésion des soignants. Alors que plusieurs organisations professionnelles défendent une mesure destinée à renforcer la sécurité des patients, d’autres alertent sur les tensions qu’elle pourrait provoquer dans un secteur déjà éprouvé sur ces questions.
Pour l’URPS Infirmiers Occitanie, la vaccination relève d’une responsabilité professionnelle
En Occitanie, le président de l’URPS Infirmiers, Jean-François Bouscarain, soutient le principe d’une obligation vaccinale pour les soignants. Pour lui, la question dépasse le simple choix individuel et s’inscrit dans la mission de protection inhérente aux métiers du soin. « Être soignant, c’est assumer une responsabilité particulière envers les patients les plus vulnérables », rappelle-t-il. Au quotidien, l’infirmier libéral dit intervenir auprès de personnes âgées, immunodéprimées ou atteintes de pathologies multiples, pour lesquelles une infection évitable peut avoir des conséquences importantes.
Dans cette logique, il estime que les professionnels de santé doivent adopter une démarche cohérente avec les messages de prévention qu’ils transmettent aux patients. « Je suis convaincu que la vaccination des professionnels de santé ne relève pas d’un choix individuel, mais d’un devoir professionnel », explique-t-il.
Au-delà de la seule question de l’obligation, Jean-François Bouscarain insiste également sur la nécessité d’améliorer les politiques de prévention. Il préconise notamment un meilleur suivi des taux de vaccination et des actions ciblées vers les populations les plus fragiles, en particulier dans les territoires où l’accès aux soins demeure difficile.
Convergence Infirmière demande du temps et du dialogue
Cette position n’est toutefois pas partagée par l’ensemble des représentants de la profession. Pour Convergence Infirmière Occitanie, la vaccination reste un enjeu essentiel de protection des patients, mais une obligation ne pourrait être envisagée sans un échange approfondi avec les professionnels concernés.
Le syndicat estime que l’adhésion des soignants passe d’abord par la confiance et la concertation. « La confiance ne se décrète pas, elle se construit », rappelle l’organisation, qui considère que l’expérience de la crise sanitaire liée au Covid-19 continue de peser dans les relations entre les professionnels de santé et les institutions.
Convergence Infirmière souligne également les difficultés auxquelles sont confrontés les infirmiers libéraux dans leur exercice quotidien, alors même qu’ils poursuivent leurs interventions. « Nous n’avons toujours pas bénéficié des revalorisations du Ségur de la santé, nous continuons, y compris en pleine canicule, d’assurer les tournées auprès des patients les plus fragiles », précise le syndicat régional, qui demande ainsi qu’un débat associant les représentants de terrain soit engagé avant toute évolution réglementaire.
Pour l’heure, la recommandation de la HAS n’a pas encore valeur d’obligation juridique. Le gouvernement doit désormais déterminer les modalités d’une éventuelle mise en œuvre.

















