Le ministre de l’Économie Roland Lescure estime que l’offre de reprise de Fibre Excellence « n’est pas au niveau » et juge insuffisant l’engagement financier du repreneur. Des déclarations vivement contestées par la CGT, qui dénonce des propos « mensongers ».
Elle « n’est pas au niveau ». C’est ce qu’a déclaré Roland Lescure, ministre de l’économie, au sujet de l’offre de reprise de Fibre Excellence lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale ce mardi 21 juillet. Pour rappel, l’entreprise de production de pâte à papier, qui exploite une usine à Saint-Gaudens et une autre à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône, a été placée en redressement judiciaire le 27 avril dernier.
Depuis, une offre de reprise a été déposée par Combat Holding, le groupe du financier Matthieu Pigasse, avec le soutien de deux fonds d’investissement portés par les Régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le tribunal de commerce doit rendre sa décision à ce sujet le 27 juillet prochain.
« Cinq misérables millions », selon le ministre de l’économie
Si le ministre de l’économie a ainsi qualifié cette offre, c’est parce qu’elle « s’accompagne d’une aide supplémentaire de l’État, sans doute de plus de 100 millions d’euros, qui s’ajouteraient aux 100 millions que nous sommes prêts à débloquer et aux 90 millions déjà apportés à cette entreprise » entre 2021 et 2025. Et ce, « en échange d’un engagement de l’investisseur en question de cinq misérables millions ». « C’est beaucoup d’argent, je ne dis pas le contraire, mais comparés aux 300 millions d’euros apportés en soutien par l’État, ce n’est pas grand-chose. Cela me fait penser au shérif de Nottingham qui mène des actions avec l’argent des autres », considère-t-il.
Ainsi, Roland Lescure « souhaite que le repreneur soit sérieux, qu’il s’investisse dans l’entreprise, en se fondant sur un plan d’affaires fiable et un engagement réel au côté de l’État ». « En l’espèce, le compte n’y est pas encore », juge le ministre qui « espère que l’investisseur en question comprendra que pour reprendre une entreprise, il faut s’y investir au sens monétaire et personnel ». « Je comprends bien que les élus locaux aient envie d’y croire. Nous voudrions bien être animés du même enthousiasme, mais encore faut-il que les repreneurs acceptent de mettre un peu d’argent », conclut-il.
« Propos polémiques et mensongers » sur le projet de reprise de Fibre Excellence
Les propos du ministre n’ont pas été au goût de Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT. « Ces calculs politiciens sont indignes quand des milliers d’emplois sont en jeu. Total soutien aux salariés qui occupent leur usine », a-t-elle écrit sur le réseau social X.
De son côté, la CGT au niveau local dénonce des « propos polémiques et mensongers » et veut « rétablir la vérité ». « L’État ou indirectement apporte 28,5 millions d’euros la première année dont 20 millions de prêts remboursables. L’amélioration du contrat de rachat de l’électricité (CRE) est la seule mesure ayant un effet direct sur l’équilibre économique. Les quotas carbone (ETS) ne sont pas comptabilisés comme une aide de l’État, puisqu’il s’agit du rétablissement d’un droit dont l’entreprise bénéficiait auparavant via une nouvelle formule de calcul », détaille-t-elle. Ainsi, la CGT se demande : « où sont les 300 millions de l’Etat pour la relance de fibre Excellence ? Même en rajoutant les 75 millions d’euros de garanties d’Etat pour un prêt sur un investissement potentiel dans plusieurs années le compte n’y est pas ».
« Le financement de la reprise repose d’abord sur la mobilisation des investisseurs privés, des partenaires financiers et des collectivités », affirme le syndicat qui évoque ainsi des investissements d’un montant d’environ 91 millions d’euros. « Les interventions de l’État ne compensent que partiellement le surcoût annuel du bois estimé à plus de 25 millions d’euros pour lequel c’est pourtant l’Etat qui est responsable ». Pour la CGT, il « crée le problème, puis s’en lave les mains en demandant aux investisseurs privés d’en assumer les conséquences ». Le syndicat en appelle ainsi à « l’arbitrage d’Emmanuel Macron ».












