Et si un livre de développement personnel faisait ressortir le pire de vous-même ? C’est le point de départ de “Elle a le regard qui tue”, le thriller déjanté de l’autrice toulousaine Virginie Lloyd, où humour noir, suspense et émotion font bon ménage.
« Reprenez le contrôle en éliminant méthodiquement les problèmes, un à un ». Un conseil que Lily, rédactrice de notices vouant un culte aux post-it, va appliquer un peu trop littéralement. Son patron, cette femme qui convoite la même chemise qu’elle… Personne n’échappera à son envie de faire table rase. Après tout, n’est-ce pas la clé du bonheur, avec un peu d’exercice et de musique ? C’est en tout cas ce que promet ce livre de développement personnel que Lily décide de suivre à la lettre. Elle est, en effet, bien décidée à appliquer ce mode d’emploi du bonheur, elle qui y a si peu souvent goûté. Mais tout ne va pas se passer comme prévu et elle va rapidement être rattrapée par son passé…
Un « pied-de-nez au développement personnel »
Lily est l’héroïne du thriller “Elle a le regard qui tue” de Virginie Lloyd, paru aux éditions City en mai dernier. Ce roman est une réadaptation d’un premier ouvrage auto-publié, intitulé “Quitte à tuer autant le faire dans l’ordre”. Un thriller « qui casse les codes du genre », tient à préciser son autrice toulousaine. « Ce n’est pas un thriller pur et dur ». En effet, l’humour, noir évidemment, irrigue tout le récit. « Je le déconseillerais à ceux qui n’aiment pas ça. Il vaut mieux savoir rire, avec un certain recul, de sujets parfois sensibles », estime Virginie Lloyd. Mais le roman ne se résume pas à un enchaînement de meurtres, il aborde aussi la vieillesse, le deuil, la solitude et les traumatismes. « L’idée est que les lecteurs passent un bon moment, tout en s’interrogeant sur certaines choses ».
La trame de ce roman lui est venue en écoutant un podcast consacré au développement personnel. « J’épluchais mes patates quand j’ai entendu : “Le développement personnel, c’est ce qui fait ressortir votre vraie nature”. Je me suis dit que si c’est être criminel, ça craint. J’ai alors eu envie d’écrire sur une femme qui découvre le développement personnel avec l’intention de devenir meilleure. Mais qui finit par devenir pire parce que sa volonté d’être heureuse coûte que coûte va déraper ». Avec “Elle a le regard qui tue”, Virginie Lloyd adresse un véritable « pied-de-nez au développement personnel, alors très en vogue ». « Quelle bêtise de nous faire croire qu’en appliquant une méthode détaillée dans un livre de 400 pages, on va parvenir à être heureux ».
Une héroïne qui pourrait être votre voisine
C’est précisément ce que son héroïne, au métier pour le moins atypique, va démontrer… de manière radicale. « Comme elle, j’ai été rédactrice de notices, un métier très strict et solitaire ». Un univers qui correspond parfaitement au caractère méthodique et singulier de Lily. Pour les autres protagoniste, Virginie Lloyd s’est inspirée « de personnes autour d’elle, d’articles ou de conversations ». « J’écoute beaucoup les gens. Je les laisse parler et après, je m’en inspire. La plupart du temps, je pique à droite, à gauche dans les caractères de chacun pour créer mes personnages ». Pour ce qui est des décès, tous plus insolites les uns que les autres, elle a pioché dans les Darwin Awards, des récompenses humoristiques décernées aux « morts extraordinaires, ridicules ou catastrophiques ».
Des décès qu’elle n’a donc pas inventés, tout comme plusieurs faits et anecdotes historiques disséminés dans le roman. C’est notamment le cas de celle sur Les Pêcheurs de Sable, la guinguette installée place de la Daurade, qui se trouve dans les anciens locaux de la morgue des noyés du port. Son roman a effectivement pour cadre Toulouse et son agglomération. Les Toulousains reconnaîtront facilement plusieurs lieux emblématiques où se déroule l’intrigue. « J’aime bien laisser croire aux lecteurs que Lily est peut-être leur voisine. Ce qui n’est pas très rassurant », sourit Virginie Lloyd qui a également puisé dans les histoires racontées par sa mère, qui travaillait en maison de retraite. Il faut dire que Lily entretient une profonde amitié avec trois retraités qu’elle visite régulièrement.
Une relation qui apporte une touche d’humanité à un personnage qui en manque souvent… Dès les premières pages, Lily se félicite d’avoir choisi un tee-shirt 100% coton… pendant qu’une femme se fait broyer par un escalator. « Certains lecteurs me disent qu’ils se sont reconnus en Lily, notamment dans le fait de ne pas trop aimer les gens », rapporte l’autrice avant d’ajouter : « Ils me remercient parce qu’ils se sont sentis un peu plus “normaux” à travers elle. Ce qui est assez cocasse puisque Lily est complètement hors norme ». « Si elle nous ressemble un peu, elle franchit une limite que nous ne franchissons pas. Pourtant, nous avons tous, au moins une fois par mois, une pensée meurtrière », plaisante Virginie Lloyd.
Les prochains romans de Virginie Lloyd
Journaliste reporter d’images pendant 20 ans, Virginie Lloyd est devenue autrice à temps plein en 2018. Elle s’apprête à publier en autoédition “Mon cœur, ce John Doe”. « C’est l’histoire d’un vieil arnaqueur à la petite semaine de 70 ans qui trimballe ses regrets et son mauvais caractère au PMU. Il va voir arriver dans sa vie une jeune adolescente qui vient du Japon et va apprendre le métier pour venger la mort de son père », indique-t-elle. Un roman noir, disponible à la rentrée. Virginie Lloyd sera d’ailleurs en dédicaces dans la région en septembre. Avant de revenir au roman noir avec un projet consacré aux migrants, sans pour autant délaisser la poésie qu’elle partage régulièrement sur sa page Instagram.












