À quarante-cinq kilomètres de Perpignan, au fond d’une vallée pyrénéenne que la montagne semble vouloir refermer sur elle-même, Villefranche-de-Conflent est une anomalie. Ses remparts, construits dès le XIe siècle et renforcés par Vauban sous Louis XIV, n’ont jamais été rasés ni reconstruits : ils sont là, tels qu’ils ont traversé les siècles, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour qui arrive par la route depuis Prades, la découverte est saisissante.

Une cité bâtie pour défendre un point stratégique
L’histoire commence en 1092, quand le comte Guillaume Raymond de Cerdagne fonde une ville à la confluence de la Têt et de la Cady. L’endroit n’est pas choisi au hasard : il contrôle l’unique passage entre le Roussillon côtier et la Cerdagne, ce plateau montagneux qui s’étend jusqu’à la frontière espagnole. Quiconque tient Villefranche tient la route. Les premiers remparts sont donc élevés dès la création de la ville, en même temps que ses premières maisons en marbre rose et schiste gris.
La cité change plusieurs fois de mains avant de passer à la France avec le traité des Pyrénées de 1659, qui annexe le Roussillon. C’est ce tournant qui fixe le destin des fortifications : la France se retrouve avec une frontière toute neuve à défendre, et un homme chargé de le faire.
Ce que Vauban a fait sans démolir
C’est là que Villefranche-de-Conflent se distingue de la plupart des places fortes. Quand Vauban inspecte la cité à partir de 1669, il ne part pas d’une page blanche : il s’adapte. Le site est si exigu, coincé entre la rivière et la paroi rocheuse, qu’il est impossible d’appliquer ses formules géométriques habituelles. Il fait alors quelque chose de remarquable : il double l’enceinte médiévale en superposant deux niveaux de chemins de ronde couverts, un dispositif unique dans son oeuvre.
La galerie inférieure, voûtée, prend appui sur les vieux murs médiévaux, dont plusieurs tours sont encore en place, simplement englobées dans les bastions neufs. Le chemin de ronde supérieur est coiffé d’une toiture en ardoises pour que les soldats puissent circuler par tous les temps. Marcher aujourd’hui dans ces galeries, c’est emprunter le même passage qu’une garnison du XVIIe siècle.
L’ensemble a été inscrit en 2008 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, au sein du bien en série des Fortifications de Vauban. La visite des remparts est accessible dès 5 euros par adulte, de 10h à 20h en juillet et août, avec des visites à la lanterne les lundis et mercredis soir à 21h.
Le Fort Libéria, la pièce manquante du dispositif
Vauban ne s’est pas arrêté aux remparts. En 1681, il fait construire le Fort Libéria sur les hauteurs qui dominent la cité, car une falaise surplombant les murs aurait pu offrir un point de tir idéal à un assaillant. Le fort est relié à la ville par un escalier souterrain de 734 marches taillées dans la roche, surnommé localement l’escalier des mille marches. Ceux qui préfèrent éviter l’effort peuvent monter par un sentier extérieur en trente minutes, ou opter pour la navette en haute saison.
Le Fort Libéria abrite douze salles de reconstitutions historiques, une chapelle, un four à pain, et une prison souterraine où Louis XIV fit enfermer les empoisonneuses de l’affaire des Poisons. L’entrée à pied est à partir de 8 euros.
Ce qu’il faut savoir avant d’y aller
Villefranche-de-Conflent est à moins de deux heures de Toulouse par l’A61 puis la RN116. Depuis Perpignan, le Train Jaune reste la meilleure option : il part de Villefranche-Vernet-les-Bains et grimpe jusqu’en Cerdagne sur 63 kilomètres de panoramas, avec une gare à vingt minutes à pied des remparts.
L’été est la haute saison, avec des files à prévoir en juillet et août, et les horaires sont étendus jusqu’à 20h. Ceux qui veulent profiter de la cité à leur rythme ont intérêt à venir en mai, juin ou septembre. Car une fois à l’intérieur de l’enceinte, entre les maisons de marbre rose et les venelles qui n’ont guère changé depuis le Moyen Âge, on comprend pourquoi 800 000 visiteurs font le déplacement chaque année.













