Les récentes déclarations du ministre de l’Économie Rolland Lescure à propos du potentiel repreneur de Fibre Excellence, Matthieu Pigasse, ont provoqué une onde de choc auprès des syndicats. De leur côté, les employés de l’usine de pâte à papier entament leur quatrième jour d’occupation devant les portes de l’usine.
Depuis ce mardi 21 juillet, entre 80 et 100 personnes se relaient jour et nuit pour tenir le siège devant l’usine Fibre Excellence, à Saint-Gaudens. Elles sont rassemblées autour de la même volonté : préserver leur outil de travail et se faire entendre de l’État. Un gouvernement qui s’est encore exprimé ce jeudi sur l’avenir de l’entreprise commingeoise, à travers la voix de son ministre de l’Économie. « Je pense tous les jours à ces salariés, quand on réfléchit à comment les aider avec Sébastien Martin, le ministre de l’Industrie », a-t-il assuré ce jeudi dans la matinée au micro de France Info. Avant de tacler Matthieu Pigasse, porteur d’un projet de reprise qui manquerait de crédibilité selon Roland Lescure.
« Aujourd’hui, [Matthieu Pigasse, NDR] nous demandons 100 millions de plus, donc ça veut dire que l’État aurait mis au total 300 millions d’euros, quand lui envisage d’investir 5 millions d’euros. Je dis que le compte n’y est pas. […] Le risque, aujourd’hui, c’est qu’il en profite pour faire de la politique. On ne peut pas faire de la politique sur le dos des salariés de Fibre Excellence, moi je n’en fais pas en tout cas », a lâché le membre du gouvernement à l’antenne de la radio.
« On est pris pour des dindons »
Anthony Farré, contremaître, présent sur le site ce jeudi, a été consterné par ces propos : « [Le ministre] crache sur le seul investisseur qu’on a et l’État, au final, ne donne strictement rien ». Un climat de méfiance partagé par Clément Taillebresse, élu CGT de l’usine. « Ça montre la façon dont on est dénigré par l’État », s’énerve-t-il, scandalisé par ces dernières prises de position.
David Duthier, un autre salarié qui occupe l’usine, ne comprend pas de son côté pourquoi la situation demeure bloquée. « Entre les investissements privés et les millions cités par [Roland] Lescure, on aurait largement assez pour reprendre l’activité », estime-t-il. En colère contre l’inaction du gouvernement, il lui reproche de n’avoir rien déboursé pour sauver l’entreprise jusqu’à présent.
Favorables au projet de reprise porté par Matthieu Pigasse, les employés n’attendent qu’une chose : retourner au travail. C’est avec lassitude qu’ils suivent cette actualité qui parfois les dépasse. « On nous mène en bateau depuis novembre, y’en a ras la casquette, s’indigne Anthony Farré. Et en attendant, c’est nous qui galérons ». Avant de conclure : « On est pris pour des dindons ».
Garder le moral jusqu’au 27 juillet
Sur place, une ambiance conviviale règne malgré le couperet qui doit tomber lundi prochain. Sous les chapiteaux de la CGT, une télévision diffuse la 18e étape du Tour de France, tandis que quelques employés préparent des crêpes pour tout le monde. « Il faut garder le moral et ne pas s’épuiser. On a une semaine à tenir ». Le siège durera a minima jusqu’à l’audience devant le tribunal de commerce de Toulouse le lundi 27 juillet. Clément Taillebresse relativise : « Beaucoup de salariés qui ne se voyaient pas sont contents de se retrouver pour défendre notre gagne-pain. On est déterminés. » Pour l’élu CGT, tout le monde n’a pas la même appréhension du combat au sein des salariés. « Certains sont très inquiets et restent en retrait du combat, mais la majorité y croit ».

Élus et syndicats en appellent à Macron
Ils peuvent compter sur le soutien des collectivités locales et des organisations syndicales. Ce mercredi, ils ont cosigné un document afin d’interpeller Emmanuel Macron. « Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est ni un investisseur, ni un projet industriel. Ce qui manque, c’est que l’État assume les conséquences des politiques qu’il a lui-même mises en œuvre », assurent-ils à l’adresse du Président de la République.
Dans ce courrier, il rappelle que si l’entreprise de pâte à papier est liquidée, ce seront 660 salariés qui seront sur le carreau. De Carole Delga, présidente de la région Occitanie, à Sophie Binet, patronne de la CGT en passant par Sébastien Vincini, le président du Département de la Haute-Garonne, tous demandent au Chef de l’État « en urgence, une vraie table ronde avec le ministre de l’Industrie, votre cabinet, les salariés, les élus locaux, la filière bois et l’investisseur. »












