SÉRIE (3/7). Il y a dix ans, en mai 2016, le canal du Midi, site emblématique de la Ville rose, devient le théâtre d’une affaire hors norme. Les membres découpés d’un même corps sont découverts à la surface des eaux. Derrière ce puzzle macabre, la jalousie exacerbée d’une femme qui avait conservé la tête de sa victime dans son jardin.
Sur les paisibles rives du canal du Midi, à Toulouse, les joggeurs tiennent la cadence.Non loin de la passerelle du bâtonnier Viala, boulevard de la Marne, personne ne ralentit ses pas. Les cyclistes filent vers le site de Rangueil et son prestigieux pôle universitaire, les badauds profitent du soleil printanier : ce mercredi 25 mai 2016, les premières heures de l’après-midi défilent vers un été prometteur.
Un passant découvre la jambe gauche au bord du canal
On en oublierait presque ce qui se trame à la surface de ces eaux douces. Car au beau milieu des reflets verdâtres surgissent les restes d’un puzzle macabre. Le début d’un scénario de l’horreur. Discrètement, des enquêteurs de la police judiciaire toulousaine repêchent un sac plastique contenant un bras gauche. Un membre humain enveloppé d’une serviette. La veille, un passant vient de découvrir, non loin de là, une jambe gauche enveloppée elle aussi dans un sac plastique. Il s’agit de la jambe d’une femme.
Puis, le jeudi 26 mai, des recherches entreprises autour du même secteur, en remontant les rives du canal du Midi, permettent la découverte d’un bras droit. Quelques heures plus tard, une valise, non loin de la gare Matabiau, dissimulée dans des broussailles, contient un tronc humain. Un peu plus tard, c’est une jambe droite qui est découverte, toujours dans un sac-poubelle, au cœur de ce site emblématique de la ville.

Jalousie professionnelle
En trois jours, les enquêteurs mettent la main sur des morceaux de corps, tous découpés à la scie mécanique. Mais pas de tête. À qui appartiennent ces membres ? C’est le début d’une mystérieuse enquête qui va livrer, au fil des jours, les contours d’une incroyable histoire qui prend racine dans une association pour personnes handicapées, sur fond de jalousie professionnelle exacerbée entre deux femmes.
Le 22 mai 2016, le signalement de la disparition de Maryline Planche parvient au commissariat de Toulouse. Il s’agit d’une femme de 53 ans, célibataire et sans enfants, employée au sein de l’Agefiph, une structure d’aide à l’emploi pour personnes handicapées. Elle est conseillère en prestations, sérieuse, discrète et bien notée par sa hiérarchie. La disparue souffre d’un déficit visuel qui l’a contrainte à une intervention chirurgicale les jours précédents.Depuis le 12 mai, Maryline Planche n’a plus donné signe de vie à ses proches. Les policiers recueillent l’ADN de cette femme sur sa brosse à dents, dans son domicile désespérément vide. Ils comparent cet échantillon avec les analyses effectuées sur les membres retrouvés dans le canal du Midi. Les expertises sont formelles : il s’agit bien d’un même profil génétique, celui d’une femme, Maryline Planche.
Des coups de bouteille sur la tête
Les enquêteurs s’orientent rapidement vers une collègue de travail de la disparue, Sophie Masala. Cette mère de famille de 52 ans, arrivée de Montpellier, souhaite réorganiser l’agence. La bonne réputation de Maryline auprès de sa hiérarchie est très mal vécue par sa nouvelle collègue. Les deux femmes entretiennent des rapports conflictuels. D’autant que Sophie Masala, au caractère beaucoup plus impulsif et bouillonnant, est soupçonnée d’avoir volé, au sein de l’agence, des tickets-restaurant.

Ce qui décuple la méfiance de Maryline Planche à son égard. Le 12 mai, Sophie Masala déboule au domicile de sa rivale, quartier Saint-Georges à Toulouse. Maryline est surprise, elle hurle, tente de fuir, mais elle est rattrapée par les cheveux sur son palier. Un voisin assiste à la scène. Dans l’appartement, Sophie Masala se saisit d’une bouteille de vin pleine et assène des coups mortels sur la tête de Maryline. Avant de partir, elle taillade les veines de la victime et dépose son corps sur le lit pour faire croire à un suicide. Elle emporte le téléphone de Maryline Planche et retourne chez elle, à Montpellier.
La tête enfouie dans un jardinet
Puis, elle revient sur les lieux du crime quelques jours plus tard pour faire disparaître le corps. Le 17 mai, dotée d’une scie mécanique qu’elle vient d’acheter, elle se livre, durant une partie de la nuit, à la découpe du corps de sa collègue. Les quatre membres sont déposés dans des sacs plastiques. Elle récupère une valise à roulettes de la victime pour cacher le tronc. La tête de Maryline est enfouie dans son sac à dos. Au cœur de la nuit, Sophie Masala quitte le quartier Saint-Georges avec ses funestes bagages pour s’en débarrasser dans les eaux du canal.

L’enquête détermine que son téléphone et celui de Maryline Planche bornent, ensemble, sur le trajet Toulouse-Montpellier et sur le retour. Sophie Masala est arrêtée. Elle reconnaît avoir tué sa collègue lors de cette dispute. Quant au corps, il fallait s’en débarrasser pour supprimer toute trace. Après son interrogatoire devant le juge, elle guide les enquêteurs chez elle, dans un petit appartement du quartier Guilheméry, à Toulouse. Dans son jardinet, ils découvrent la tête de Maryline, qu’elle avait enterrée devant son balcon. Sophie Masala a été condamnée le 24 octobre 2019 à 27 ans de réclusion pour meurtre sur personne vulnérable et pour le dépeçage de Maryline Planche. Lieu de vie et de passage, le canal du Midi, théâtre, à son insu, de ce terrible drame, a vite tourné la page de cette affaire. Dix ans après, joggeurs et cyclistes filent à la même allure.












