Des bars aux petites salles de concert, les acteurs des musiques actuelles alertent sur les difficultés croissantes pour maintenir une scène culturelle vivante au centre-ville de Toulouse. Entre contraintes acoustiques, normes de sécurité, plaintes de riverains et pression administrative, plusieurs lieux emblématiques ont dû réduire leurs activités ou renoncer à certains événements.
La bulle de jazz trouvée par Nougaro dans les tripes de Toulouse aurait-elle éclaté ? Une question que se posent les organisateurs de la jam (séance d’improvisation) de The George & Dragon, le pub de la place du Peyrou, rendez-vous hebdomadaire vieux d’une décennie, officiellement court-circuité. « La pression policière s’est intensifiée. La jam a dû rendre les armes », soupire Guirec, co-organisateur.
Plus loin, le Winger (QG des soutiens de LFI) a lui aussi dû annuler des concerts. Dans la foulée des élections municipales, son patron a reçu « une mise en demeure pour des faits vieux d’un an ». Légalement responsable des nuisances sur le domaine public attenant à sa terrasse, même provoquées par des non-clients, il dit être verbalisé aussi pour les cris dans la rue, inhérents au quartier de la gare. « Je ne sais jamais quand la police municipale vient, elle peut verbaliser sans qu’on le sache », témoigne-t-il. Impossible de préciser si la manœuvre découle d’un hasard de calendrier ou d’un coup de pression post-élection.

Reste que nombre de bars et associations relatent un dialogue parfois compliqué avec les élus. « L’application AlloToulouse, c’est magique comme outil ! Comme c’est anonyme, tu ne sais pas qui a appelé ni pourquoi », ironise un gérant de bar.
Un problème de place
L’association « Le Passage », pourvoyeuse de rap, porte bien son nom. Un temps accueillie au Old School, elle a ensuite échoué de bar en bar jusqu’au Flashback Café, sous le poids des normes et des pressions. « On est l’une des seules salles de taille moyenne en ville, nous recevons énormément de demandes, explique le patron du Flashback, Rémi Sanchez. Le lieu s’appelait auparavant l’Écluse et avait fermé pour défaut d’insonorisation. « Les voisins se plaignent du son, difficile d’organiser des concerts amplifiés pour l’instant. » La salle est sous limiteur, hantise des musiciens et des DJ, en attendant la fin d’un procès déterminant qui a commis le défaut de conception.
À l’Astronef, des travaux ont été entrepris dans la douleur. « Tu empruntes 100 000 euros sur huit ans, la commission de sécurité demande d’en remettre 100 000. De quoi mettre la clé sous la porte si on n’a pas les reins solides », raconte William Guyard.
« Le problème, c’est qu’il n’y a pas de salle de 50 à 300 places pour que les artistes émergents fassent leurs premiers concerts », déplore Daoud, jazzman toulousain. Bigflo & Oli ont débuté à la Dynamo ou au Connexion. Auraient-ils percé aujourd’hui ?
Et si la solution, c’était de sortir du centre-ville ?
Nicole Yardeni, adjointe au maire chargée de la culture, assure connaître ces problématiques et soutenir les initiatives respectant les normes. « Les coûts explosent, le modèle économique d’une salle de spectacle devient un cauchemar, mais nous restons aux côtés des acteurs qui ont une vision pérenne. »
Le silence serait-il en train de gagner les soirées toulousaines ? « 57 % des événements demandés se situent dans l’octogone, à l’intérieur des boulevards. Nous aimerions que la culture soit décloisonnée du centre, où les riverains se plaignent de la récurrence du bruit », détaille l’élue, qui dit travailler à une nouvelle stratégie pour les musiques actuelles.













